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LIMINAIRE
Les lignes de désir


Aller dans un endroit banal, n’importe quelle ville de banlieue fera l’affaire, y aller sans raison précise, au hasard c’est idéal, on peut prendre une carte, fermer les yeux et pointer le doigt n’importe où dessus. C’est là que je vais aller et s’y rendre sans se presser. Cette ville la visiter comme un touriste qui aurait perdu son précieux guide, prendre le risque de rater l’unique curiosité locale, voir le lieu avec un regard neuf, jusqu’à ce qu’il nous apparaisse exotique. Chacun, chacun comme nous regarde et tend et s’étonne. Tout être porte sur son dos la lumière. En bas, en écho, ce que l’on en tire de pensée, de réflexion, de signes. Cette circulation, ce souffle, se trouve dans un dialogue avec le texte. Chercher le détail qui attire l’œil, l’insignifiant détail que plus personne ne remarque sur place. Attirer l’attention par cette attention portée aux choses qui nous entourent, intriguer le passant ordinaire. La réussite ne se produit que dans le mouvement, dans la dynamique.

Photographie de Cherry Styles

 

 

 

 

 

 

 

Les choses se font et se défont. Elles ne sont pas un vide à remplir, mais une substance à démêler pour se rendre mobile. C’est moi, c’est vous et les heures. Le ciel, la rue et le vent. Il ne faut jamais dire : peu importe. Tout s’est arrêté. Le temps n’est plus. En pleine lumière aussi ce rouge d’un reflet. Il disait s’effacer, n’être rien, ou à cause d’elle. Le jour vient. Quelqu’un tire la mauvaise carte. Il disait aussi : seul dans l’absence, la beauté du monde c’est le masque. Il disait suivre la trace qui vient. Un chien aboie. L’orage s’approche. On se dit que sûrement il est là. Elle ne s’ouvre pas. C’est pourquoi les bruits du jour penchent vers le soir. Il disait se tourner vers le mur. Il disait non. Il ne disait pas ce qu’il regardait, c’était le noir. Que disait-il d’autre ? C’était l’aube, il faudrait marcher dans le soleil. On regarde le ciel derrière la vitre. On cherche des indices, des signes. Elle ne vient pas. Les gouttent tombent. Invisible est le travail du temps.

Photo : A Sound Dame

 

 

 

 

 

 

 

Les lignes de désir est un projet de fiction, qui se compose d’une suite de monologues qui se font échos parfois dialoguent ou s’interrompent, écriture mosaïque, micros-fictions, ressassement de mots en mouvement dans le sens d’une marche en avant, dans le bruissement, la rumeur de la ville, son quotidien, non pas le spectaculaire de l’actualité mais ce qu’on ne voit pas puisqu’on y est immergé.

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Invisible est le travail du temps
Publié le 13 janvier 2011
- Dans la rubrique DÉRIVES
Lumière Temps Ville Écho Corps Ciel Couleur Absence Cartes Histoire Les lignes de désir






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