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Tokyotosaka (2e étape)


Le lieu de rendez-vous avait été fixé devant notre maison, dans un quartier résidentiel très calme, entre les jardins du Palais Impérial de Kyoto et la Teramachi Dori. Notre guide était venu nous chercher et nous attendait dans la ruelle, juste devant chez nous. Nous sommes remontés avec lui jusqu’à la rivière Kamo.

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Maruta-Machi Dori, à Kyoto

Au Budo-Center qu’il nous fait découvrir plusieurs clubs se partagent les plages horaires (divers arts martiaux sont confondus), et du coup nous ne savons si à cette heure-ci il y aura une activité et de quelle nature elle sera. C’est finalement à la fin d’une séance de naginatajutsu à laquelle nous assistons après avoir ôté nos chaussures. L’entraînement d’un groupe de femmes à la retraite.

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Budo-Center, à Kyoto

Le canal Okazaki forme une charnière de l’est de Kyoto. Non contente de faire se rejoindre la rivière Kamo avec le canal Biwa par le biais de la fameuse Keage Incline, elle forme un pont entre Daimonji (au nord) et Higashiyama (au sud) et leurs attractions respectives.

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Heian Shrine, Kyoto

Heian Shrine, Kyoto. Le sanctuaire Heian, avec son immense torii vermillon de 25 mètres de haut situé, vient s’inscrire dans le paysage du parc. Situé au bord du canal Okazaki, il accueille également l’arrivée des processions historiques du Jidai-matsuri, chaque année le 22 octobre.

Le Jidai Gyoretsu (la reconstitution historique) est le principal événement de ce festival : un mikoshi (sanctuaire portatif) et une procession de 2 000 personnes habillées de costumes représentant les 1 200 ans d’histoire de Kyoto défilent à travers la ville.

Heian Jingu s’ouvre sur une immense esplanade jonchée de cailloux, mettant en scène son bâtiment principal très étiré. Pour la petite anecdote, Heian Jingu est le sanctuaire que le personnage de Scarlett Johansson va visiter dans Lost in Translation, celui où elle sautille de pierre en pierre pour traverser l’étang.



En sortant du parc d’Okazaki, les cris des supporteurs des équipes de base-ball en plein match attirent note attention. À tour de rôle elles soutiennent leur équipe en criant et en battant leur batte gonflée dans un bruit sourd.
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La porte du temple Chion-in, à Kyoto

Nous montons en laissant sur notre droite les marches qui montent vers le temple de Shoren-in. Perché dans les hauteurs du quartier d’Higashiyama, le temple Chion-in aux multiples facettes réserve quelques surprises.

La porte du temple a été construite en 1619 et demeure la plus grande structure de ce genre existant encore au Japon

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Maison abandonnée sur les les hauteurs du quartier d’Higashiyama à Kyoto

Nous escaladons la montagne. Une maison abandonnée sur les hauteurs du quartier d’Higashiyama à Kyoto. Il y a de nombreux cas de lieux abandonnés au Japon.

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Sous-bois dans la montagne de l’Est, à Kyoto

Je te suis. Je suis (derrière) toi. Tu nous montres le chemin sans vraiment le désigner, le dessinant tout en marchant à nos côtés. Dans ce mouvement déambulatoire. L’esprit connaît cette disponibilité propice à la création. Je suis avec toi, à tes côtés. Je me laisse transporter, accepte d’être ravi.

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La ville de Kyoto depuis la montagne de l’Est

Nichée entre les arbres centenaires de la montagne Higashiyama, à 220 mètres au-dessus du niveau de la mer, la maison de thé offre un point de vue incomparable et met en lumière la beauté de la flore environnante.

Réalisé par l’artiste Tokujin Yoshioka, ce projet a mis cinq ans à aboutir et a d’abord été présenté à la biennale d’art contemporain de Venise en 2011. L’artiste a mis au centre de son œuvre la nature et la perception des énergies, il offre ainsi une interprétation personnelle de la philosophie zen, qui respecte la tradition ancestrale de la cérémonie du thé au Japon. Ainsi, en communiant avec la nature, les visiteurs de la maison de thé se trouvent au fondement même de la culture nippone.

Ce magnifique salon de thé, unique en son genre, a été a nommé Hikarian et sera visible pendant encore un an environ.

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Jardinier du temple de Shōren-in, Kyoto

Les espaces extérieurs du jardin du Shōren-in recèlent de minuscules étangs et d’élégantes fontaines, côtoyant un jardin sec et un jardin de mousses à l’étrange solennité. Au moment de notre promenade les jardiniers s’affairent en silence.

En descendant de la montagne, surprise de passer juste devant le ryokan où, il a quatre ans, nous avions dormi à Kyoto, dans le magnifique parc Maruyama.

Dans la petite rue parallèle à la Shijo Dori, du quartier de Gion, fils électriques emmêlés su fond de ciel bleu, immeubles aux formes étonnantes, insolites. D’étranges bâtiments se glissent entre les immeubles plus traditionnels de la rue, en forme d’une fusée près au décollage ou affublé de statues de femmes nues à l’inspiration baroque évocateur d’un goût douteux.

Nous allons déjeuner dans le restaurant Issen Yoshoku. Teppanyaki, okonomiyaki et takoyaki sont des plats appréciés des Japonais qui sont cuits sur une plaque de cuisson de fer. À l’entrée du restaurant l’équipe en cuisine s’affaire sous les yeux des passants.

À chaque table, un mannequin vêtu d’un kimono est installé comme un convive avec qui partager son repas, pour vous tenir compagnie si vous êtes seuls. Dans le quartier de Gion on trouve de nombreux bars à hôtesses relativement chers où les jeunes filles accompagnent les clients masculins pendant qu’ils boivent en les incitant à boire plus au passage. Issen Yoshoku est un restaurant populaire aux prix très abordables, les hôtesses ne sont que des mannequins !

Sur les murs, les ema, ces petites plaques achetés pour former un vœu ou une prière, suspendues dans les sanctuaires shintoïstes pour recevoir la bénédiction des dieux, portent tous ici sur un même thème, le sexe.

Je m’autorise enfin à photographier les visages des personnes que je croise, leur beauté me saute aux yeux. Le visage de ce poissonnier qui se cache derrière son journal après le travail et n’en lève pas les yeux pour nous signifier que son labeur est achevé. Le visage de profil de ce couple, en haut de l’immeuble de la gare centrale d’Osaka, regardant dans la même direction, dans la lumière et la sérénité de leur posture, ils ne semblent faire qu’un. Le visage de cet homme, sa silhouette élégante, il est campé en plein milieu de la rue et consulte ses messages sur son téléphone portable, avec une nécessité mais pas d’urgence, qui le pose là avec assurance, pas de voiture dans cette rue, mais sûr qu’elle s’arrêterait pour respecter sa concentration déterminée tout à fait respectable. Les visage de ce couple timide souriant aux éclats dans la chaleur de la lumière d’une fin de journée. Le visage de ces gens lisant assis sur un banc du parc.

Nous prenons la JR Line pour nous rendre jusqu’à la gare d’Arashiyama.

Dans la tradition japonaise, l’âme des enfants qui n’ont pas vécu assez longtemps pour accumuler le mérite de traverser le fleuve mythique de Sanzu jusqu’aux cieux, et ont involontairement causé du chagrin à leurs parents (par leur mort prématurée). Jizo vient en aide à l’âme de ces enfants en les cachant dans les manches de ses robes, les protégeant ainsi des démons prédateurs et les guidant jusqu’au salut.

Chaque pierre sculptée en poupée mizuko et placée aux pieds de Jizo représente donc un enfant mort avant ses parents - y compris les mort-nés, les fausses couches et les avortés. Les traits enfantins de Jizo sont sensés emprunter ceux des enfants qu’il protège.

Les accumulations de pierres de ce temple, tout près de la gare, ressemblent au cairns, ces amas artificiels de pierres placés à dessein pour marquer un lieu particulier, pour indiquer un chemin ou pour rappeler un événement important.

Une cinquante de maisons aux toits de chaume sont réunies dans ce charmant hameau créé autour du torii. Ce quartier à l’atmosphère tranquille compte parmi les quatre sites traditionnels de Kyoto. Dans ces sites, il n’est pas permis de construire ou démolir les bâtiments sans autorisation afin de conserver le paysage.

À quelques mètres de l’imposant torii, devant un temple au croisement de deux routes qui grimpent dans la montagne, un restaurant taditionnel.

Nous montons à vélo jusqu’au Temple d’Otagi Nenbutsu-ji à l’intérieur duquel se trouvent plus de 1 200 statues en pierre Rakan qui représentant les disciples de Bouddha (lors du décès du fondateur du bouddhisme, 500 disciples sont venus pour les funérailles et un an après, 700 disciples ont assisté à la cérémonie du premier anniversaire de sa mort). Ces statues sont humoristiques Les sculptures ont été données en 1981 en l’honneur de la rénovation du temple. Le nom des artisans de ces statues est gravé au dos des statues. Les Japonais croient qu’elles protègent les habitants et les voyageurs qui visitent le temple. Les Rakan rient à gorge déployée.

On ne doit pas fixer ce qui a été improvisé, c’est trop mortifère.

Le Daikaku-ji est un temple bouddhique Shingon situé dans la banlieue ouest de Kyoto. Le lac artificiel du temple, l’étang d’Osawa, est un des plus anciens étangs de jardin japonais de l’époque de Heian encore existants.

Pédaler sur ces chemins de campagne, laisser glisser l’air du vent caresser notre visage alors que le vélo se met à prendre de la vitesse dans la descente, la route sillonnant entre les champs de culture. La ville se profile au loin.

Ce qu’il te raconte, qui vient se juxtaposer à ce que tu vois, ressens au fil du chemin, entre parfois en conflit avec ce que tu perçois, contredisant tes impressions comme tes propres pensées se mêlent parfois indistinctement en toi.

Ce moment de balancement passager où, entre chien et loup, ainsi le nomme-t-on avec justesse, la pratique de la photographie n’est plus envisageable, par manque de lumière, où nous devons nous projeter en mode nuit, est déstabilisant, nous continuons à observer l’environnement qui nous entoure avec un détachement suspect, un regard absent, période de transition qui nous perturbe comme nous imaginons le passage entre la vie et la mort. Ces empilements de cailloux dans le temple de Kyoto, qui sont élaborés par les croyants pour permettre aux enfants qui sont morts de grimper jusqu’au paradis, car il n’est réservé qu’à ceux qui ont réalisé de bonnes actions, et leur existence ayant été trop courte et ne le leur ayant pas permis d’en réaliser, ils atterrissent directement dans les limbes, forment un pont, une transition eux aussi, à la manière de ce passage d’une lumière à l’autre.

Le soir même, pourtant fatigué par les heures de marche, la circulation dans des endroits de la ville si différents, tu refais mentalement le chemin parcouru, à chaque étape que tu te remémores, les anecdotes du guide te reviennent en mémoire avec une troublante précision. Tu es persuadé que tu ne pourras rien oublier de son récit décousu, tantôt historique ou sociologique, culturel ou religieux, à la manière avec lesquels les lieux de mémoire agissent sur nous. Les jours passent et bien entendu, peu à peu, les souvenirs s’estompent. Et comme pour nos rêves, quand on tarde à en fixer le récit, qu’on en repousse l’expression ou la prise de notes, ceux-ci s’évanouissent où se métamorphosent.

Quand tu commences à dresser la forme du parcours, le temps passé à retrouver le nom des temples, des sanctuaires, des quartiers et des lignes de métro les reliant les uns aux autres, les anecdotes disparaissent peu à peu, il ne te reste plus que tes photos pour tenter d’en retrouver la trace, d’en dresser la carte, avec un léger écart, ce qu’on appelle écrire.

Photographie sur Kyoto, octobre 2015 :





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