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Cartes postales de Google Earth de Clement Valla

Suite au séisme du 11 mars et du tsunami qui a suivi, toutes les images que nous voyons du Japon dévasté par cette catastrophe naturelle et fortement menacé par un accident nucléaire, nous semblent semblent si familières qu’on en est d’autant plus troublé. Comme l’écrit très justement Jean-Noël Lafargue sur son blog Le dernier blog : « Malgré leur envergure exceptionnelle et leur brutalité, ces évènements, j’y avais déjà assisté, et les japonais, plus encore que moi, tant les fictions qu’ils consomment regorgent de catastrophes de ce genre. »

« Par des récits de science-fiction surtout, poursuit-il, les Japonais se sont aussi préparés psychologiquement. Et cette préparation par l’imaginaire fantastique n’a pas de destination pragmatique, elle ne dit pas comment se comporter pendant une catastrophe, elle établit la fatalité de la catastrophe. »

Le projet de l’artiste Clement Valla « Postcards from Google Earth » est une œuvre qui utilise Google Earth pour réaliser des cartes postales d’endroits distordus (principalement des ponts), déformés par les algorithmes du logiciel basé mettant en avant le défaut d’affichage du relief.

L’imagerie satellite utilisée dans Google Earth est capturé en 2D. Le terrain qu’il couvre est rendu en 3D. Parfois, ces couches disparates ne s’alignent pas et provoquent d’étranges paysages, parmi lesquels l’artiste Clément Valla a recueilli quelques-uns des exemples les plus frappants.

Difficile de ne pas penser aux images aux séismes de magnitude 7,2 de Kōbe, et celui tout récent de magnitude 9, survenu sur les côtes nord-est du Japon.

À l’occasion des vases communicants de mai 2010, j’ai écrit un texte suite à mon premier séjour à Tokyo, sur le site Urbain trop urbain : Tremblement sans fin. Je relis aujourd’hui avec émotion ce texte qui me trouble à la lumière des récents événements, alors que le site Urbain trop urbain va diffuser un deuxièmetexte sur la Tour de Tokyo et celle qui est censée la replacer très prochainement, la Tokyo Sky Tree.

« Tokyo est par bien des aspects une ville de l’après-catastrophe. Je suis un tremblement sans fin, je suis un rideau sans fenêtre. Et j’efface par avance tout ce que je vais écrire. Tremblements de terre et typhons usent les structures des immeubles. Les constructions ont une durée de vie limitée. L’urbanisme peut être inventif, de toute façon il est provisoire. Exercice de la parole, écoute du monde. Énigmes dans la circulation du sens. Le monde fourmillant de relations et donc d’énergie. Quoi que ce soit d’autre ou rien du tout. Je vais vous dire ce que je veux, ce que je souhaite réellement, alors, dites-moi ce que vous voulez, ce que vous voulez vraiment, vraiment. »

« Tokyo se pense dans sa reconstruction. En raison du manque d’espace, on démolit des immeubles pour en bâtir de nouveaux. C’est une habitude désormais. Je résiste jusqu’au bout au vertige qui nous emporte. Un flot incessant de voitures, des tunnels et des autoroutes qui se superposent, s’enchevêtrent, passant à hauteur des fenêtres. Mettre joyeusement à jour le désir forcené de composer des ensembles, de les réunir. Le paysage de Tokyo n’en finit plus de se transformer. D’ici là, ne laissez pas la nuit terminer seule ce que vous aviez commencé. »

L’art, dans son histoire, n’a cessé de jouer sur ces deux registres : la répulsion et l’attraction. Ce qui se joue dans la confrontation du réel et de l’art, c’est l’affirmation inédite d’un art qui prétend, de manière indirecte, involontaire, et rétroactive, ne faire plus qu’un avec le réel. L’art contemporain, en explorant les conditions d’une esthétique de la catastrophe, élargie du même coup et de manière déterminante, son champ d’action. Il entend dénoncer, explorer, conjurer, dépasser et toujours transfigurer. Un art qui, aujourd’hui plus que jamais, a fort à faire dans un monde où la nature et les hommes sont menacés des pires catastrophes.

Google a fourni peu de temps après la catastrophe des images satellite avant et après le tsunami des territoires japonais touchés par la catastrophe. Toutes les photos sont disponibles dans ce diaporama.

Dans le cas des catastrophes naturelles comme celles qui ont touché le Japon en mars 2011, la transformation est radicale.

Google a créé un site spécialisé dans la comparaison des paysages avant et après les catastrophes pour donner un aperçu des conséquences qu’elles peuvent avoir sur la vie quotidienne des personnes vivant dans les régions sinistrées : « après plus de 44.000 kilomètres parcourus en voiture à travers les régions affectées, des images panoramiques à 360° de ces zones sont disponibles sur Street View, une fonction de Google Maps. Ces images peuvent également être visionnées depuis un site spécial intitulé Build the Memory, où l’on peut aisément comparer les clichés de villes affectées par ce type d’événement, avant et après les catastrophes. »


LIMINAIRE le 21/03/2019 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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