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Le tour du kilomètre en un jour

Dans le cadre des restrictions de déplacement prescrivant les mesures générales nécessaires pour faire face à l’épidémie de Covid19 dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire ; il est désormais nécessaire de présenter à chaque sortie une attestation de déplacement dérogatoire. Un des motifs de sortie est le suivant :

Déplacements brefs, dans la limite d’une heure quotidienne et dans un rayon maximal d’un kilomètre autour du domicile, liés soit à l’activité physique individuelle des personnes, à l’exclusion de toute pratique sportive collective et d e toute proximité avec d’autre s personnes, soit à la promenade avec les seules personnes regroupées dans un même domicile, soit aux besoins des animaux de compagnie.

Avec la fonctionnalité de calcul d’isochrones et d’isodistances du Géoportail, le portail national de la connaissance du territoire mis en œuvre par l’IGN, il est possible de visualiser sur une carte toutes nos possibilités de déplacement.

Le site Covid Radius, propose lui aussi une carte interactive qui permet d’informer de la distance que l’on peut parcourir au maximum depuis son adresse, mais ce site est disponible sur ordinateur et téléphone, et si l’on active la géolocalisation, lorsqu’on dépasse le cadre de la zone délimitée, cela fait vibrer son téléphone.

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Le site Géoportail

Je descends l’avenue Simon Bolivar. Au niveau de l’ancienne halle Secrétan, transformée en supermarché, j’emprunte la rue de Meaux sur une cinquantaine de mètres avant de tourner la première rue à gauche, rue Bouret. Je marche tout droit jusqu’à l’avenue Jean Jaurès. Je me dirige vers le quai de la Loire que je remonte jusqu’à la passerelle qui me permet de passer au-dessus du canal Saint-Martin et de rejoindre en contrebas la Place de la Bataille de Stalingrad.

Je vois cette place sans limite claire qui tient à la fois du jardin et du temple. Je parle au milieu des autres avec une disponibilité d’éponge. J’atteins sa peau chaude et odorante. J’apprends l’esprit de corps ou le sens du sacrifice. Je m’éloigne en forêt, dans le désert. Je me permets de traquer quiconque s’expose aux moments de transition et aux lieux d’où ça s’articule. J’offre mon visage qui oscille quand il parle. Je monte en aval et du côté du couchant. Je me contente de cheminer en moi.

Je passe devant la Rotonde Stalingrad. Je tourne à gauche pour remonter l’avenue de Flandre où je tourne à gauche, rue du Maroc pour rejoindre la place du Maroc et emprunter la rue de Tanger avant de tourner dans la première rue étroite sur ma droite, la rue Bellot au bout de laquelle j’aperçois le jardin Éole. Je tourne à gauche, dans la rue d’Aubervilliers. Je tourne à droite pour longer le jardin dans la rue du Département. Je traverse le pont au-dessus des voies de chemin de fer de la Gare de l’Est.

J’entends un chuchotis, une douceur extrême. Je sens les choses exister hors de moi. Je débusque leurres, points de fixation, contournement. Je me souviens d’un mélange de décompression, de fatigue et de bonheur. Je dessine dans l’air un mouvement répété. J’apprivoise chaque rue, chaque place et chaque parc. J’attends demain pour tenter à nouveau quelque chose. Je grimpe sur une statue d’une beauté à jamais inaccessible. J’espère cette lecture simultanée de l’espace.

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Capture Street View

J’abandonne la rue Riquet. Je remonte la rue Marx Dormoy avec pour point de mire la ligne du métro aérien de La Chapelle. Je longe les voies de chemin de fer de la Gare du Nord sans les voir en remontant la rue du Faubourg Saint-Denis. Je rejoins l’entrée de la gare, place Napoléon III. Je m’engouffre dans la rue de Compiègne pour rejoindre le Boulevard Magenta que je descends jusqu’au square Alban Satragne devant lequel je pesse devant pour descendre la rue du Faubourg Saint-Denis.

Je l’autorise à développer son pouvoir. Je développe des liens aussi délicatement tissés entre les gens. Je flatte des objets à sorties multiples. Je confonds des ombres, des doubles. Je trouve que ça met du temps à remonter jusqu’à mon cerveau. Je chemine dans la nuit et très vite. Je crains le crépuscule où corps et ombres se confondent. Je crois à une attention mutuelle, une attention ourlée et constante. Je détruis la permanence, la durée.

Au niveau du passage du désir, je profite de la sortie d’un habitant pour m’y glisser et le traverser pour me retrouver de l’autre côté boulevard de Strasbourg. Je tourne à gauche dans la rue du Château d’eau pour retrouver au bout la Mairie du 10ème, mais je poursuis mon chemin sans m’arrêter jusqu’au boulevard Magenta que je retrouve. Je le remonte en direction de la place de la République mais je tourne au niveau du métro Jacques Bonsergent pour suivre la rue de Lancry et tourner quelques centaines de mètres plus loin, à droite dans la rue Yves Toudic que j’abandonne rapidement pour tourner dans la première rue à gauche, la rue de Marseille.

J’accompagne cette sensation constante de fluidité et d’effort. J’imite cette voie qu’on a ouverte. Je tremble une minute plus tard. J’alerte une fois, dix fois, sans oser entrer, attaquer. Je suspends leurs frontières. J’écrase nos tympans mal bouchés par nos mains. Je bondis sans parler de la pierre. Je la dépose intacte comme éternelle dans mon souvenir. Je pense qu’il va falloir faire sans.

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Capture Street View

Je rejoins le canal Saint-Martin. Je le traverse en empruntant la passerelle Richerand. Je longe le canal en descendant le quai de Jemmapes. Au niveau de la Passerelle Alibert, je tourne à gauche pour remonter la rue du même nom, en longeant l’hôpital Saint-Louis. Je tourne à droite dans l’avenue Parmentier, que j’abandonne rapidement pour remonter la rue Jacques Louvel-Tessier. Au croisement avec la rue Saint-Maur, je tourne à gauche pour rejoindre le Passage Hébrard que je remonte jusqu’à la rue du Chalet. Je tourne à gauche.

J’imagine des aboiements suivis du bourdonnement caractéristique des frelons. Je me faufile au milieu du chaos. J’apprivoise cette sensation d’être traqué, d’être en faute. Je relance un signal discret. Je répète vis ça comme un jeu mais je n’y arrive pas. Je reviens pour amorcer un encerclement. Je parle sans réfléchir, sans comprendre. Je devine que la sensation que quelque chose peut changer. Je marche dans l’angle mort de la ville.

Place Sainte-Marthe je prends sur ma droite la rue Sainte-Marthe qui me permet de retrouver la Rue Sambre-et-Meuse et son virage qui me conduit au boulevard de la Villette. Je passe devant l’école Nationale d’architecture Paris-Belleville. je remonte le long de l’école par la rue Burnouf qui me fait déboucher au niveau de l’avenue Simon Bolivar, là où mon itinéraire a commencé quelques heures plus tôt.

Je déchiffre mes émotions. Je discerne sur sa nuque un tatouage. Je surveille sa légèreté d’appui. J’insinue qu’il faudra sortir proprement du circuit. Je fouille le silence de l’émotion pure. J’envisage les à-coups, la vivacité du tracé. Je ferme tout ce que vous voudrez. Je reviens là où rien n’aurait jamais dû finir.

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Le site Un Km

Sur le site Un km une nouvelle fonctionnalité permet de créer le parcours pédestre au plus près du cercle d’un rayon de 1km autour chez soi. Ce qui se rapproche de mon projet. Dans mon cas, la longueur de la boucle est de 10,630 km auquel il faut ajouter 894 mètres pour s’y rendre.

Série de captures d’écran d’images prises sur Google Street View le long du pourtour de la zone de confinement situé à un kilomètre de mon domicile :


LIMINAIRE le 05/06/2020 : un site composé, rédigé et publié par Pierre Ménard avec SPIP depuis 2004. Dépôt légal BNF : ISSN 2267-1153
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