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LIMINAIRE
Le monde qu’il dessine



Les textes ci-dessous ont été écrits par les élèves de deuxième année à Sciences Po Paris, dans le cadre des ateliers de création Inventer la ville. Ces ateliers d’écriture proposent d’explorer la ville à travers Google Street View et le monde qu’il dessine, et d’apporter un nécessaire regard critique, une analyse de la représentation des territoires qu’il nous propose.

Lors de cette deuxième séance, j’ai proposé aux étudiants un atelier d’écriture proposé récemment par François Bon sur la notion de lieu : Appréhender le lieu en tant qu’acteur même de la narration.


De la ferraille verte, une ligne d’horizon. Une trajectoire linéaire, une aspiration à la descente qui fend l’air et le plombe. Tout est carré, un monde fait de géométrie - l’unique parcelle d’eau a été travaillée par la main de l’homme. Plus rien de champêtre. Humain solitaire, une démarche résignée. Un arbre qui se dresse. Une tête à moitié levée, à moitié baissée. Un costume gris, des cheveux assortis. Un chemin d’infortune au fil de l’eau. Un pont des soupirs. Plus loin, en descente des tags et autres graffitis plus colorés et anarchiques commencent à être délavés. Effacés devant le règne de l‘immuable. Ère de la régularité - arrière cour de l’ordre qui ne laisse pas de place aux détours. En parallèle presque, une barre d’immeuble qui vient riposter dans le champ. Derrière, la gendarmerie veille en retrait depuis son mirador tanné. Champ d’honneur des métros - tous au dépôt. Des rails, du bitume et encore ce vert d’eau qui éclabousse tout et colle à la peau. Brique, asphalte, canal. Tour qui déchire le ciel - ersatz de skyline déstructurée. Un canal qui serpente les rives, un chemin de halage qui ne comporte plus que deux trois passants, résistants. Pointés vers le ciel, perdus à plusieurs centaines de mètres ; deux réverbères qui s’affrontent et se guettent. Et comme à contre-courant, le ciel s’en mêle et délite cet ordre. Ligne électrique noire qui brise le ciel en deux. Traînées de fumée des avions. Vestiges des départs, des oubliés : rappel du chemin de croix de cette silhouette qui s’est fait immortaliser à ses dépens. Mains en arrière - Ni pressé, ni contemplatif. Le temps semble s’être arrêté – on n’attend plus rien.

Cassandra


Le ciel était bleu pastel / quelques nuages à l’horizon / sans doute l’été / avec sa chaleur et sa lumière / le seul point de fuite était vert / couleur de l’espérance et du paradis / les arbres feuillus et touffus / au loin se dressaient seuls / ils cachaient la forêt / lieu de repos / repère de paix / endroit de balade / refuge ancestral /

À droite la statue / immaculée de couleur / blanche comme la pierre / abritée par son abri de bois / veille et protège / sur son socle de calcaire entourée de vert / encore / au visuel géométrique / herbes taillées et découpés / la main de l’homme pour protéger la statue de Dieu /

Le ciel était si beau / l’enterrement était si triste / tous au centre / pour dire une dernière fois adieu / sur le perron de l’église / la famille et les proches se réconfortaient / s’enlaçaient et s’aimaient / l’enterrement pour dire qu’on est là / revoir ses pairs et ses proches / être à la hauteur / portant sur sa peau le blanc de la pureté / comme la pierre et les nuages / comme la lumière /

Elle arrivait en retard / une minute trop tôt ou trop tard / mais elle prend son temps car elle sait / elle a l’éternité / pour lui dire adieu / avec sa canne / à l’ombre / la vieille dame tranquille / fait acte de sa présence / un arbre la protège des rayons du soleil / sa lutte commence / elle doit sortir de l’obscure clarté pour être aperçue / elle est habituée à la cérémonie / elle connaît les codes et les rites / la valeur de l’âge et la force de l’expérience /

Être là / disparaître.

Robin

C’est un immeuble blanc, un peu sale. Peut-être même gris, en fait. Coincé entre deux autres blocs de béton blanc, et sales, eux aussi. Une multitude de petites fenêtres observent les passants. Discrètement. Insidieusement. Assurément. Toutes identiques. À un détail près, les volets roulants tombent, un petit peu pour certains, beaucoup pour d’autres. Des paupières qui glissent sur des yeux fatigués. Tout en haut à droite, dissident, un volet tombe anarchiquement sur la vitre. Un œil à moitié ouvert, ou à moitié fermé, selon l’humeur du moment.

À gauche un resto grec ou turque, sans doute ouvert à cinq heure du matin pour offrir aux passants fatigués d’une folle nuit un repas de qualité relative, communément appelé kebab ou pizzeria. Selon l’humeur du moment.

De l’autre côté, des palmiers. Sur le toit d’un restaurant, un « vrai » cette fois. Probablement faux, les palmiers. Neuf mois de l’année le climat est peu propice au développement des arbres tropicaux. Même si aujourd’hui il fait beau. Malgré les immeubles blancs-sales il y a beaucoup de couleurs. Du vert, du bleu, du rouge, du jaune criard. On ne peut pas dire que ça soit beau. Mais c’est vivant, au moins. Des tagueurs sont passés par là. Ils contribuent à leur manière à mettre de la vie. Mais pas très doués. Criants. Colorés. Quelques graffitis sur les murs, inoffensifs mais laids. Comme faits par ceux qui veulent exprimer leur ennui à la terre entière. La terre entière qui s’en fiche éperdument. Comme un pied de nez à ceux qui veulent une ville propreté, mais un peu fade. Énervant comme un moustique qui vous tourne autour mais que vous ne pouvez attraper. Même non désirés, les tags sont là. On ne sait pas ce qu’ils représentent. Peut-être des mots. Peut-être un SOS en bleu qui s’enfonce et qu’on devine, sur les murs en face. Qui se répète et cohabite avec les deux petites fenêtres grillagées, sales elles aussi. La vie ici n’est donc pas propreté. Peut-être pas idéale. Mais au moins loin d’être fade.

Barbara


L’entrée dans la ville se fait en passant sous les murs sombres qui l’encerclent. Alors, le regard est saisi par l’agitation qui règne sur la grand place. La foule se presse, un homme vous bouscule sans s’excuser. Vous vous retournez pour l’interpeller, mais un mime de rue détourne votre attention. Aujourd’hui, il est habillé en pirate, et s’active un bref instant, car un enfant en ciré jaune a déposé une pièce dans son panier. Derrière, des restaurants et des hôtels. Un serveur slalome entre des tables nappées de blanc, un couple de touriste s’installe pour prendre un verre sur la terrasse de l’auberge du « Lion d’or », dont l’enseigne se balance doucement. Alors, un son se détache du bruit de la foule : c’est le cri d’un goéland. Il vole gracieusement entre les toits anthracites, à la recherche de quelques miettes ou cornets de glace abandonnés. Vous le suivez du regard quand soudain il passe devant le soleil. Ébloui vous baissez les yeux : devant vous se dresse un grand bâtiment que vous n’aviez pas remarqué. Et pour cause, encastré dans les remparts, il contraste avec l’agitation de la place. C’est ce qui semble être l’ancien château de la cité. Les mouvements du drapeau de la ville, qui flotte en haut de la plus haute tour, attirent l’attention. Il est rouge et bleu. Des couleurs que l’on retrouve beaucoup ici. Le Café de Montsalai arbore un rouge pimpant sur toute sa devanture, tandis que l’Univers et le Chateaubriand, les deux hôtels les plus centraux de la place, revêtent un bleu roi plus sobre. Un enfant cours avec une glace vanille. Il l’a sûrement acheté au glacier qui fait l’angle de la rue partant de la porte principale. Vous espérez qu’il ne tombe pas, car le sol est pavé. A la réflexion, presque tout est en pierre ici. La présence de deux arbres devant la mairie semble déplacée. En-dessous de leur feuillage vert se dressent de petites tentes. Chacune appartient à un artiste ou un caricaturiste. Dans l’une d’elle, vous apercevez les visages déformés du couple que vous avez vu s’assoir en terrasse. Au loin, deux oiseaux se disputent un bout de pain. Plus près, un enfant, moins agile que le précédent, pleure parce qu’il a fait tomber sa glace. Au-dessus, une femme ouvre la fenêtre pour profiter des rayons du soleil, tandis qu’à côté un homme ferme la sienne pour faire la sieste. Un chien aboie, un conducteur klaxonne, une femme s’esclaffe, les serveurs s’activent. Et sous le drapeau de Montsalai, toujours le gris de la mairie.

Victor


Pousser la lourde porte en verre, pour entrer dans la rue. Le vert des feuilles ; vu en premier. Quelle feuille appartient à quel arbre ? Vert foncé, vert pomme, vert d’herbe, jaunâtre ; confusion. La feuille jaune tombe ; elle atterrit sur l’herbe. Coupée court, sans frivolité, l’herbe enserrée dans des plates-bandes. Elles sont étroites, et courent, courent le long de la rue. Jusqu’au carrefour. Un vélo en sort. De l’autre côté de la route, les bow-windows ombragés ; fermés ou ouverts, laissent voir l’intérieur. Contraste : une voiture noire, des façades blanches. Trottoir gris, parcmètre défraichi. Le reflet des façades sur le pare-brise. D’un côté la ville ; d’un côté la nature –c’est un face à face. Camaïeu de verts contre façades bariolées. Au milieu ; le no man’s land du bitume. Strates horizontales/strates verticales. Entre la maison et la chaussée : des volées de marches. Une, deux, trois, quatre : voici la porte noire. Un arbre au bout, puis c’est le ciel ; reflet sur les deuxième et troisième façades. Retour au parcmètre.

Alexia


Dans la perspective du centre-ville, une grande place grise. À gauche, du bleu-vert chatoyant ; un grand immeuble en verre. Derrière la place, un parc. Vallonné, l’horizon couvert d’arbres. Au centre, un bassin rond d’eau grise, avec une vague de métal argenté. Tout est plongé dans une harmonie de gris et de vert. Même le ciel, qui se reflète partout. En face de l’immeuble de verre, une surface irrégulière de béton et de larges vitres, soutenue par de frêles colonnes : la bibliothèque universitaire. Sous les colonnes, des murs courbes. Un bleu, un rouge.L’endroit est au cœur de la ville. Passage entre le centre très urbain et le parc, en contrebas.Le regard plonge vers le parc ; masse verte au bout de la ville. La vague de verre pointe vers lui. Les façades dirigent l’œil du passant vers lui. Deux rangées d’arbres annoncent sa proximité au bord du large trottoir. Derrière le bâtiment en verre, un immeuble en brique. Mangé par le parc, couvert de vigne vierge. On voit quelques passants. Un, puis deux, puis trois. Des étudiants pour beaucoup. On imagine l’endroit aux beaux jours ; plein de groupes joyeux, de musique et de McDos à emporter. Devant les fenêtres de la bibliothèque, une atmosphère de fin de partiels. De vacances.Mais là, presque personne. Tout est calme. Seules les herbes folles sont assises sur les marches, en nombre. Enfuies des pelouses pour conquérir le bitume.

Quentin


Dans la rue – des maisons blanches – au fond, une mer bleue – une maison – devant un carrosse en bois – sur la maison du lierre – des fleurs rouges – une baie vitrée vers la mer – un cheval attaché au carrosse – la tête vers le bas – un immeuble moyen de taille blanc - des volets rouge sang – un chat traverse – au loin des arbres de toute sorte – de la nature un peu partout – des briques rouges – des routes grises – le ciel tout bleu – un drapeau blanc et rouge – la pointe d’un nuage menace – le vent souffle – un carré de lumière – soleil derrière – l’ombre sur la maison – des arbres – une affiche à vendre – trois marches – plusieurs clôtures – une cheminée sans fumée – des fenêtres par dizaines – une boîte au lettre – un conteur électrique – la rouille orangée déguisée – des vagues lointaines - trois personnes – les branches d’un arbre éparpillées – à gauche – à droite – deux personnes se font face – en haut, la trace d’un avion – au loin, un homme et sa silhouette – au sol - une bouche d’égout – deux entrées – une porte de garage – une allée – pas de vraie porte – deux animaux – trois hommes – un carrosse avec des sièges vert turquoise – un dôme en haut caché – un chat rouquin pressé – devant le cheval – un restaurant – une glacerie – une auberge – ou bien – un hôtel – un couple de canalisations en chute – des feuilles s’entrecroisent – un mur jaunâtre – sur ce mur - traits d’un homme – son profil – son pointu menton – ses cheveux tirés - mais absent sur son front – son costume – sa cravate – regarde le cheval – une boucle en fer blanc – une seconde – elle se suivent – un arbre tout maigre – isolé

Émilie


Les tentes blanches du marché encadrées ; ils rangeaient déjà ; le collège, un beau bâtiment ; s’élevait à n’en plus finir en face ; des pots de géraniums accrochés au balcon ; un empilement de petits appartements ; le temps était maussade, comme à son habitude ; près du sol la vie des arbres, du marché et du collège ; là-haut la morosité du ciel et du béton ; le vert des arbres et le gris des nuages ; les rues étaient désertes ; le sens interdit prend un sens ironique ; un panneau exposant quelques affiches ; des barrières posées au hasard

Matthieu M.

La lumière est matinale et a quelque chose de dominical ; la clarté du ciel contraste avec le goudron et le pavé ; le week-end les trains se font plus rares ; le silence se donne à voir ; elle lit son livre en attendant qu’on l’extirpe de cet endroit où tout n’est que patience et impatience ; le train va-t-il arriver ; le train est-il déjà parti ; les affiches sont criardes et les panneaux publicitaires bien trop présents, ils défigurent la simplicité ambiante ; certes la pierre est grisâtre, certes elle est piétinée, elle brille ; le soleil rend l’atmosphère moins fade ; lui est tout penaud les mains dans les poches, il pense ; « restaurant » est marqué sur la façade mais l’endroit est vide ; cette place donne l’impression d’une tentative de symétrie échouée ; des cabines téléphoniques sont disposées de part et d’autre de l’entrée de manière aléatoire ; on devine les mutations antérieures que cet endroit, le sol est morcelé ; la forêt borde les rails cachés par l’édifice ; c’est ici le lieu de liaison avec la ville, la vraie, car Loizefarre n’est qu’un entre-deux ; les gens ici et maintenant ne sont pas pressés ; les gens ne musardent pas vraiment ; les usagers y passent sans s’attarder ; celles et ceux qui s’y attardent y habitent ; les habitants sont épiés ; la bassesse des bâtiments est mise en exergue par les poteaux hideux tenant les dispositif de surveillance, il ne faudrait pas que l’endroit soit trop paisible

Claudia


Au croisement de deux rues étroites - l’une en pente descendante, l’autre en pente ascendante - ombres des bâtiments se reflétant sur le sol composé de pavés – faisceau de lumière éclairant le bout de la rue - journée ensoleillée – femme debout à l’angle, semblant attendre impatiemment quelqu’un – posture peu naturelle, traduisant l’impatience – main sur la hanche - regard lointain – graffitis sur les murs, sur les stores – bleu marine, jaune, violet, rose, rouge – voiture blanche, abimée, montant une rue – bâtiment vert pomme au sommet de la rue ascendante – bâtiment jaune pâle dans l’angle – fleurs rouge et arbustes verts sur la minuscule terrasse à l’étage – étendoir à linge vide sur le troisième balconnet – vêtements suspendus à l’air libre sur le bâtiment vert pomme – un jean bleu, une serviette - encadrement des fenêtres blanc et noir – panneau indiquant le nom d’une des deux rues – au numéro 71, un homme assis, vêtu de blanc – casquette blanche – position avachie, il attend lui aussi – entrée du bâtiment jaune en hauteur – stores vert jamais complètement relevés – rythme de vie lent, peu pressé – troisième personne se confondant presque avec le sol – cheveux gris, vêtements gris – à la main un récent achat – plaque d’égout carrée – panneau bleu indiquant un parking – trottoir dans un gris plus clair – trottoir et routes se fondent là où la voiture passe – sur l’un des bâtiments, panneau accroché indiquant qu’il ne s’agit pas d’un logement privé – lanternes éteintes – il fait jour – moto à l’arrêt au loin, près du bâtiment vert – un livreur sans doute – réseaux et fils électriques apparents – à l’angle, des pierres carrées accrochées au mur – on dirait presque une colonne – la femme qui attend porte des chaussures ouvertes à talon – uniquement vêtue de bleu foncé – ciel bleu dégagé, presque blanc – fil électrique imperceptible qui traverse le ciel – reflet d’un immeuble dans la vitre arrière de la voiture – bâtiment bicolore à gauche – irrégularités au sol - la femme attend toujours.

Olivia


L’est et l’ouest se rencontrent dans le petit espace entre les deux rues à sens unique qui se croisent ; l’ombre particulière inimaginable en dehors d’un mur de maison anglaise ; les magasins orientaux du rez-de-chaussée sont obligés de disposer une pancarte qui confirme leur autorisation et justifie leur présence ; une image publicitaire d’un homme du Pendjab pour une marque de luxe et un ouvrier du bâtiment Anglais sur le passage-piétons ; les graffitis primitifs et chaotiques qui rendent les stores d’un restaurant fermé fatigués et laids.

Tsovinar


Un grand conteneur rouge plein de débris du chantier d’un futur immeuble que les propriétaires sont pressés de vendre comme en témoigne le panneau tricolore qui en annonce la vente, une grue d’un rouge plus éteint s’élève vers le ciel derrière lui, entre le trottoir des restes de sable témoignent du travail des ouvriers dont un apparaît dans l’image avec son gilet fluorescent, de l’autre côté du carrefour un immeuble : fenêtres vertes, colonnes vertes, pierre blanche et traits doubles, parfois triples de ce qu’on pourrait identifier comme de la brique ; on aperçoit l’entrée et devant elle comme revenant de déjeuner deux employés, vont-ils ensemble ? celui qui est plus avancé ressemble à l’homme qui marche Giacometti et l’autre davantage curieux tourne la tête face à notre inattendue présence. De dos un groupe surement sort de l’immeuble pour aller manger, des costards qui enfilent la rue et cependant pas une cravate ; ne pas stationner s’il vous plaît, ne pas stationner s’il vous plaît, le dessin d’une grille blanche, une poubelle, vitesse doublement limitée à trente, par une double signalétique : un panneau et une empreinte sur la route, une moto sous le panneau du vélo. Des restes de sable qui témoignent du chantier entre le trottoir et la route.

Antonio


Un ciel bleu. Rempli par des feuillages. Denses et verdoyants. Un arbre ayant une barrière en bois l’entourant. D’autres non. Un avec des détritus à son pied. Des lampadaires de couleur marron grisé. Se fondant presque dans le paysage. Des motos alignées. Stationnées face à la rue ou face à l’escalier. Certaines noires. Certaines blanches. Certaines rouges.

Du monde. Des femmes ou des hommes. Des jeunes ou des vieux. En robe ou en short. Allant ou venant. Certains discutent. Certains se pressent. Certains regardent leur téléphone portable. Certains montent l’escalier. D’autres le descendent.

Lissa

Le sol sous les pieds n’est pas plat et les pieds des gens tournent un peu tandis qu’ils marchent ; les bâtiments volent haut dans le ciel, ils créent une ombre comme l’ombre au-dessus de leurs têtes ; le ciel est nuageux - quelques parties complètement couvertes par la neige blanche des nuages ; un bleu montre une autre partie du ciel bas, une mer sans les profondeurs ; les gens sont dispersés sur les côtés de la rue, quelques-uns sont plongés dans un autre monde, celui de leurs portables, quelques-uns utilisent leur portables pour trouver leur route ; un éclat d’orange saute de la scène et l’œil le lie automatiquement aux autres oranges : les mots, la lumière sur un mur gris, les signes qui coupent la rue, l’échelle qui erre haut vers le ciel ; les machines sont plus haut que les murs qu’ils cassent ; un vélo apparait, le visage de la personne est cachée ; un mélange de nouveau et d’ancien, des demeures détruites et décrépites ; les magasins, les voitures et les signes annoncent les règles de la société ; même dans cette rue décentrée.

Rose


Passage clouté. Clouté dans le granit, comme les piétons. Cloués sur place, comme de granit. L’immortalisation photographique prend ici tout son sens. Au loin, pris en étau entre les deux rangées de maisonnettes, le ciel. Le vent lui-même est prisonnier de la ville. Enfilade de nuages. Le bleu du ciel se révèle par fragments. Un passage piéton azuré pour les oiseaux. Tout est encadré par la ville, comme une emprise totale sur les citadins. Dans le coin supérieur gauche de notre cadre, sur la façade de la première maisonnette, des annonces « Get your spot ». Esthétique marchande dont la rhétorique se répète ça et là, sur la boutique O2, en dessous. Big Iphone 5C. Devant nous, nos piétons ont l’air de zombies. Ils traversent machinalement. Big iphone is watching them. Les yeux rivés sur leur portable. Deux hordes de citadins prêtes à se rentrer dedans. Explosion de granit en puissance. Là au milieu, un type à la démarche assurée s’avance, à la tête du bataillon. Mains dans les poches. En face, un autre spécimen. Empoignant son sac McDonald’s, il esquisse un pas de tango du bout du pied. Signalétique totale. Au milieu du passage, des sémaphores plantés comme des piquets. Leurs yeux branchés rappellent ceux de Big Brother. Des forts imperturbables dessinant un enclos urbain, pour un bétail en jeans et en nonchalance. A droite, fièrement planté, un sens interdit et son « loading permitted 8pm – 7am. » nous rappellent l’ordre de la cité. Seule la mouette, dans son vol, prise entre la terre de granit et le plafond des nues, semble échapper à la logique signalétique.

Matthieu M.



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