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LIMINAIRE
Un jeu de concordances et d’oppositions


En découvrant sur mon compte Instagram la photographie ci-dessous, Martine Silber me rappelle la série Lost du photographe anglais Stephen Gill.

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Une direction à prendre... ou à laisser ! Pont du Carrousel, Paris 7e.

Un portfolio que j’avais découvert il y a quelques années et qui est à l’origine d’une série de photographies sur le même sujet que je souhaite développer au fil du temps, avec l’idée de les confronter avec des cartes et des plans qu’on peut apercevoir sur chaque image prise.



Sur son carnet de route et d’écriture, Le Vent des rues, l’auteur Étienne Rouziès a lancé fin janvier un projet d’exploration des voies restées blanches sur Google Street View :

« Lorsque dans Google Streetview vous vous déplacez sur la carte pour aller voir à quoi ressemble un lieu, les rues que vous pouvez visiter virtuellement sont rehaussées de bleu. Mais là où la voiture Google n’est pas allée, les voies sont restées blanches. Son texte La rue où Google s’est arrêté en résume les grandes lignes :

Cela ne veut pas forcément dire qu’elles sont complètement invisibles (on a souvent une perspective, une vue d’ensemble) mais lorsque vous voulez avancer dans une rue « blanche » vous vous heurtez vite à un mur de verre qui vous empêche d’aller plus loin. L’exploration s’arrête net. Google vous propose de partir en arrière ou de faire un saut par dessus la rue. Tout un univers vous échappe et vous restez devant votre écran comme devant un mystère, au seuil d’un autre monde. Comme devant un poème dont on voudrait trouver la clé. »

Ce travail sur les friches numériques fait apparaître une cartographie inversée de la ville.
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Cartographie des voies blanches par Étienne Rouziès

Ce projet rappelle immanquablement l’entreprise de Philippe Vasset dans son texte Un livre blanc, paru chez Fayard, en 2007, où l’auteur est parti voir ce qui se cachait dans les zones laissées en blanc, vierges de toutes indications, qui émaillent la carte de la région parisienne. Quel est ce réel que les cartographes n’ont pas su ou voulu représenter ? Philippe Vasset propose un voyage inattendu, fascinant et perecquien dans l’envers des villes et aux limites de la littérature.

Dans l’un de ses derniers parcours photographique il décrit sa dérive dans Olot, autour de ce qu’il nomme l’archipel des friches : « Juste après le pont, je décide d’emprunter une route goudronnée qui n’apparaît même pas en zone blanche sur StreetView. La veille j’avais été intrigué au loin par une petite tourelle envahie de végétation dont la fenêtre avait une forme de serrure. J’y approche l’œil. »

Je vous laisse découvrir sur son site ce qu’on trouve sur place après avoir traversé « une zone peu engageante, jonchée de détritus mêlés aux lierres. »

Je ne peux également m’empêcher de rapprocher ses zones blanches à celle trouvée par Cécile Portier dans notre texte commun : Le Passage du désir.



Le film Ici prochainement de Christophe Atabekian produit dans le cadre de la Biennale Art grandeur nature 2008, centré sur le quartier de la « Petite Espagne » à Saint-Denis est une réflexion sur un projet de ville vu au travers le prisme poétique et souvent burlesque, d’un rêve administratif : les archives municipales (règlements, échanges de courrier avec les administrés) sont lues en regard des images contemporaines des lieux des anciennes manufactures et dans les derniers champs de laitues au pied des tours.
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Christophe Atabekian. Ici prochainement. 2008

Le quartier de la « Petite Espagne » à Saint-Denis est une mémoire vivante de l’histoire de l’immigration espagnole en France au cours du XXe siècle. Ses rues, ses bâtisses et ses commerces portent les traces des événements qui ont marqué la communauté au cours des décennies. Sa situation même, à quelques centaines de mètres du stade de France, dans une zone urbaine en pleine mutation, lui confère, tant sur le plan de l’architecture, de l’urbanisme que de sa population, un caractère insulaire et un pouvoir évocateur d’une grande puissance poétique, historique et humaine qui sont à l’origine de ce projet.

Jicky Baron me fait remarquer sur Facebook que « la boîte à panneaux fait un peu cercueil. »

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Chercher son chemin et trouver un bon plan. Place du Palais Royal, Paris 1er.

Par certains côtés en effet le panneau évidépourrait presque rappelle la cuve du cercueil de Pacherienaset dans le département des Antiquités égyptiennes du Musée du Louvre.

Les représentations à l’intérieur de cette cuve de cercueil, déesse du ciel levant les bras pour supporter un pilier sur lequel est inscrite une formule d’offrandes ; de part et d’autre du pilier deux faucons représentent les formes d’un dieu entouré par deux personnages momiformes. D’autres divinités ont pris place tout autour. La partie inférieure est occupée par une très étonnante représentation de l’Océan primordial, sous l’aspect d’un génie de l’inondation agenouillé. Une pluie constituée de minces filets d’eau terminés par des croix de vie tombe sur lui, en provenance du ciel au-dessus de lui. Enfin une liste sélective des zones géographiques marécageuses propices à la chasse, complète cette riche iconographie. L’ensemble livre une image de l’univers, dans ses dimensions spatiales et temporelles, dans un jeu de concordances et d’oppositions subtil.



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