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Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles


« Les choses de l’art commencent souvent au rebours des choses de la vie ».

Georges Didi-Huberman, Génie du non lieu. Art, poussière, empreinte, hantise, 2001


De nombreux artistes travaillent sur la toponymie. Parmi eux, Édouard Levé qui a notamment réalisé une série de photographies autour de la commune d’Angoisse en Dordogne, à partir de laquelle il a publié un livre de photographies.

Il a également photographié tout au long de sa vie des villes homonymes, par exemple, Rome dans l’État de New York. Pour son projet Amériques, il a parcouru les États-Unis sur 10 000 km à la recherche de telles villes (Florence, Berlin, Jéricho, Oxford, Stockholm, Rio, Delhi, Amsterdam, Paris, Rome, Mexico, Lima, Versailles, Calcutta, Bagdad...). « Répertoriant les noms américains de villes homonymes, écrit Muriel Berthou Crestey, dans son texte L’Esprit des lieux dans les photographies d’Edouard Levé, Édouard Levé provoque un trouble dans la réception de ses clichés à l’esthétique épurée. Pour l’artiste, Delhi, Berlin, Rio, Stockholm, évoquent aussi des lieux américains, comme des univers parallèles investis d’une double dimension. »

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Dallas / Gien, Photographie d’Eric Tabuchi extraite de FAT - FAT - A French American Trip

De son côté, Eric Tabuchi interroge dans sa série photographique FAT - A French American Trip, la validité de sa démarche photographique face à la puissance considérable de Google qui, via son entreprise de numérisation du territoire global, réalise finalement le projet d’une photographie véritablement objective et totalisante. Eric Tabuchi s’est ainsi attaché à explorer des lieux qui lui sont familiers mais cette fois, contrairement à son habitude qui consiste à sillonner le terrain, dans ce monde parallèle, sorte d’empreinte du réel, que constitue Street View. Il nous invite à visiter l’Amérique à travers ses lieux emblématiques sans quitter la France et ceci devant l’écran d’un ordinateur, en recensant les commerces, les bars, portant le nom d’une ville, d’un lieu ou d’un état américain visibles sur Street View. Captures d’écrans où se superposent deux géographies qui témoignent de l’écart qui subsiste entre l’ailleurs et l’ici.

Fabien Zocco est un artiste vivant à Lille. Son travail s’intéresse beaucoup à la notion de flux, de dispositifs modifiant, codant et décodant des informations en temps réel. Il a intégré Le Fresnoy-studio national des arts contemporains en septembre 2014.

« Fabien Zocco explore le potentiel plastique de la dématérialisation informatique, des applications et autres logiciels. Jouant des infinies possibilités offertes par le réseau digital, il reprend les icônes de la culture populaire numérique et l’esthétique virtuelle, pour créer des architectures, des formes ou des récits futuristes. Non sans une pointe de dérision, il interroge notre rapport aux nouvelles technologies qui ont envahi notre quotidien et sonde notre rapport au virtuel. »

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Searching for Ulysses, installation de Fabien Zocco

En 2013, il met au point Searching for Ulysses, une pièce qui reconstitue le Ulysse de James Joyce dont le texte initial est lu automatiquement à raison d’un mot toutes les 25 secondes, à chaque nouveau mot lu, un programme recherche sur à travers twitter le dernier message émis contenant le mot en question. Le tweet saisi vient s’afficher à la suite du précédent. L’œuvre de Joyce transparaît donc en filigrane du processus qui se déroule. Ainsi se compose un palimpseste éphémère proche du cut-up, qui s’accumule au fil de la « lecture » d’Ulysse par le programme informatique.

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Capella, images de « From the sky to the earth » de Fabien Zocco

From the sky to the earth est tout d’abord une installation créée en 2014, exposée notamment à la Galerie R3 à l’Université du Québec à Trois-Rivières au Canada.

Shaula, Acamar (Theta Eridani), Betelgeuse (Alpha orionis), Kalb (Alpha Leonis), Alnath (Beta Tauri), Shedar (Alpha Cassiopeiae), Nash (Gamma Sagittarri), Toliman (Alpha Centauri)...

Une base de données qui répertorie des noms attribués à des étoiles (Aldebaran, Proxima, etc…) est parcourue aléatoirement.

À chaque terme sélectionné vient se juxtaposer l’image saisie dans Google Street View d’un lieu quelque part sur terre (ville, lieu-dit, rue etc…), dont le toponyme est identique au nom de l’étoile.

From the sky to the earth met en tension les deux niveaux de perception que sont désormais, pour chacun de nous, le virtuel et le réel, l’espace de projection et le territoire concret. L’installation de Fabien Zocco, c’est la voie lactée projetée sur le globe terrestre numérisé par Google et présenté en mode aléatoire par l’artiste comme une sorte de condensé vertigineux de ce que pourrait être notre planète à l’ère du web.



From the sky to the earth est désormais une œuvre sous la forme d’un livre numérique paru aux éditions Naima en décembre 2015.

[1] Sonia Recasens, catalogue Jeune Création, 2014

From the sky to the earth, de Fabien Zocco
Publié le 13 décembre 2015
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