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Photographies automatisées du monde contemporain sur Google Street View


Olivier Hodasava dont je suis depuis longtemps le carnet de voyage virtuel sur son blog Dreamlands et avec lequel j’ai échangé pour les Vases communicants, ouvre une grande parenthèse qui devrait durer quatre mois.

Durant cette période, il va poursuivre ses voyages mais cesser leur compte-rendu quotidien pour préparer un livre, Éclats d’Amérique, une exploration virtuelle des États-Unis état par état, à paraître aux éditions Inculte.

Quand je découvre le projet d’Olivier, je pense au travail photographique de Doug Rickard sur l’Amérique : A New American Pictures. Partant des milliers d’images disponibles de la banlieue américaine, l’artiste américain propose depuis 2010 un commentaire sur la pauvreté et l’inégalité raciale aux États-Unis.

Ce matin, alors que je travaillais à trouver de nouvelles images en provenance de Google Street View, dans le cadre de l’atelier d’écriture numérique que je mène pour la troisième année, avec les élèves de Sciences Po, et dont les travaux sont diffusés sur le blog Le tour du jour en 80 mondes dans lequel je recense toutes les œuvres crées à partir de Street View, j’ai trouvé une image étonnante.

Villavicencio, en Colombie, sur Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

Villavicencio, est une ville colombienne, située au sud-est de Bogota, qui compte environ 380 000 habitants. C’est aussi la capitale du département de Meta.

Villavicencio, en Colombie, sur Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

Quand on s’éloigne un peu du Centre-ville, du côté du Río Guatiquia, le quartier qui fait face au petit aéroport domestique de Vanguardia, les maisons sont plus délabrés, plus d’immeubles, plus que des bâtisses en tôle, les plus riches protégés par d’imposants grillages fermés autour d’une terrasse ouverte sur la ruelle étroite au sol bitumé mais recouvert de poussières et de détritus (il y a des tas de poubelles laissées à l’air libre, à chaque coin de rue).

Villavicencio, en Colombie, sur Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

Dans cette ruelle déserte, les habitants sur le pas de leur porte, au frais, fenêtre ouverte pour laisser entrer un peu d’air, la journée est orageuse, le ciel nuageux au-dessus de la Cordillère orientale des Andes, le bruit de cette vieille moto au pot d’échappement pétaradant, on le perçoit de loin, menaçant comme l’orage. Le jeune conducteur, torse nu, a l’air inquiet, il ne cesse de se retourner comme s’il fuyait un invisible danger.

Villavicencio, en Colombie, sur Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

Un frère et une sœur qui jouaient ensemble avec leurs vélos à l’angle de l’église, indifférents devant l’impressionnant tas d’ordure aux sacs plastiques éventrés par un chien errant, s’interrompent brusquement en entendant le raffut de la moto qui vient droit sur eux. La fillette s’éloigne en courant, abandonnant près de son frère, sur le trottoir miteux, son petit vélo rose.

Villavicencio, en Colombie, sur Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

Un homme rentre chez lui, prudent, mais sans se presser en même temps. Son fils reste devant la maison, près de son scooter. Il fixe l’objectif, le toise, son bras tendu, comme s’il désignait la moto qui fonce dans sa direction. La moto ?

Villavicencio, en Colombie, sur Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

Le jeune homme tient une arme dans sa main droite et la pointe vers l’objectif. Ce n’est pas le motard qu’il vise et menace de son arme, c’est la voiture de Google et ses millions d’images prises dans le monde par ces machines fixées sur leurs voitures. Parcourant les rues, elles photographient de façon méthodique et automatique les lieux, sur tous les continents, produisant des photographies automatisées du monde contemporain dénuées de regard et d’intention artistique.

Villavicencio, en Colombie, sur Google Street View

 

 

 

 

 

 

 

Une jeune fille qui rentre de l’école, assiste à la scène, indifférente, tandis que la voiture que l’on ne voit pas, passe à ses côtés, puis disparaît au loin. Mais l’image du visage du jeune homme et de son revolver, reste durablement dans notre mémoire. Son visage fermé, son geste tendu, menaçant, en rappelle d’autres, et notamment, dans la série des photographies New-yorkaises de William Klein, dans les années 50, celle du jeune garçon visant l’objectif de son arme sous le regard médusé de son jeune frère.

Gun 1., photographie de Willian Klein à New York en 1955

 

 

 

 

 

 

 

 



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