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Séance 47

Proposition d’écriture :

Raconter un moment extraordinaire de sa vie, de ceux que l’on dit gravés à jamais dans sa mémoire. Une nuit hors du commun, par exemple. L’envisager non plus comme un moment figé du passé mais plutôt comme si on l’attendait encore, s’il devait arriver, et par ce renversement de situation temporelle, accentuer sa dimension onirique. “Un soir” répété comme un refrain lancinant peut rythmer le texte.

Essais de voix malgré le vent, Olivier Barbarant, Champ Vallon, 2004.

Présentation du texte :

« Le vent ne m’est pas celui de l’esprit, dont chacun sait qu’il souffle où il veut - en tout cas pas chez moi. Il représente ici toutes les forces de dislocation s’exerçant sur l’âme, et par voie de conséquence sur le vers : la mort bien sûr (et comme toujours) mais aussi cette fois l’assez aberrant tintamarre de l’époque. J’ai tenté de coller l’oreille à cet étrange coquillage, et le moins qu’on puisse dire est qu’on n’y entend pas la mer. Malgré le vent donc, comme en dépit de l’éparpillement du langage, il arrive qu’ici ou là un murmure résiste, offre presque une consistance. L’un des poèmes s’éclaire alors le pari de ces diverses tentatives, lorsqu’il affirme (avec une assurance cependant que je me reproche déjà) : « J’aurai du moins fini dansant. » »

O.B.

Une poésie capable de faire éprouver la texture d’un moment ou le passage d’un souvenir, de capter la couleur d’une époque, ce qu’il y a d’émotion dans un moment historique. L’intensité est toujours proche de la rupture. Dans les choses fragiles, dans l’éclat d’une présence ou le tremblement d’un instant, il y a de quoi éprouver qu’on est vivant et reconnaître la couleur de sa vie. Cela peut prendre à la terrasse d’un café, sur un quai de gare, ou en lisant un livre. A n’importe quel moment et surtout n’importe où.

Extrait :

« Un soir et ce sera comme tout autre soir Un soir où voir comme toujours le beffroi de bronze et le bref Manet du drapeau Sur la mairie en face avec l’oblique de ses ogives dans la lumière déjà brillant Malgré le reste de clarté qui traîne en mare sur la place

Un soir et les nuées poseront des galons aux carrures des astres La nuit bientôt comme une épaule entre les deux boutons d’argent Un soir qui met son uniforme lentement Un soir comme un battement de portes dans un univers bondé de portes dans un univers bondé d’âmes un soir de branches prolongées

Il ne sera pas nécessaire de convoquer l’ordinaire attirail nocturne La mascarade du malheur les loups posés au visage des choses Ce soir-là simplement la lumière paraîtrait plus fragile que d’autres fois Un soir aux vitres des maisons posant le début d’un silence Un chant de chiffons déchirés »

Essais de voix malgré le vent, Olivier Barbarant, Champ Vallon, 2004.

Auteur :

Olivier Barbarant est né en 1966 à Bar-sur-Aube. Il vit à Paris. Parutions : Essais de voix malgré le vent, Champ vallon, 2004. Temps mort : journal imprécis (1986-1998), Champ vallon, 1999. Odes dérisoires et quelques autres un peu moins, poèmes, Champ vallon, 1998. Aragon : la mémoire et l’excès, Champ vallon, 1997. Douze lettres d’amour au soldat inconnu, Champ vallon, 1993. Les Parquets du ciel, poèmes, Champ vallon, 1991.

Liens :

Lecture par Isabelle Guigou dans "Les Chroniques de la Luxiotte"

Page sur l’auteur sur le site de son éditeur "Champ Vallon

Critique du livre par Paul Raucy sur le site "Ecrits... Vains ?"

Présentation de l’auteur sur le site du CipM

Présentation d’Olivier Barbarant dans le cadre du Prix des découvreurs de Boulogne-sur-Mer


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