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Séance 12

Cet atelier figure dans l’ouvrage Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d’écriture, édité chez Publie.net en version numérique et imprimée : 456 pages, 24€ / 5,99€.

Vous pouvez commander ce livre directement sur la boutique de Publie.net (une manière de soutenir la maison d’édition et ses auteurs) ou en ligne (Amazon Place des libraires, etc.) — et bien évidemment chez votre libraire en lui indiquant l’ISBN 978-2-37177-534-3, distribution Hachette Livre.

Proposition d’écriture :

Décrire un geste quotidien (prendre son petit déjeuner, se raser, se laver, prendre le train, lire son journal) en se concentrant sur la description de ce moment ordinaire vu sous un angle extraordinaire, hors du commun, à travers un détail sur lequel on se concentre tout en décrivant parallèlement le moindre de ses faits et gestes et les réflexions que nous amène à faire que l’on est en train de vivre. Le tout se mêlant, passant de l’un à l’autre, du détail à l’ensemble qui se dessine ainsi, sous forme d’échos et d’allers-retours.

L’épreuve du Prussien, David Lespiau, Le Bleu du Ciel, 2003.

Présentation du texte :

« À Thumerie en toutes saisons / on voit passer un bataillon / De jeunes filles / Qui fuyant l’aiguille / Vont toute la journée / Chez Béghin travailler / À la ca-la-ca-la casserie. »

Pour donner au sucre la dimension désirée, on le soumet à l’épreuve du Prussien, un broyeur impitoyable, qui s’achève en tamis. Est-ce qu’une activité banale, un geste du quotidien, de l’ordre de l’intime, peut se comparer à quelque chose de plus grand, de plus vaste ? Est-ce que le café du matin et le sucre qu’on y plonge peuvent nous amener à réfléchir sur le monde qui nous entoure ?

« dans la foulée, accélérer pour dépasser le monde / le refaire dedans, par des coups de coudes projetés / devant, loin et fermés / alors rentrer pour noter la tension sonore / malgré les chutes et les blessures avec des images. »

C’est un peu ce qu’essaye de faire David Lespiau dans L’épreuve du Prussien. C’est une expérience, le titre le dit bien assez avec cette mention d’épreuve. David Lespiau n’y parvient pas tout à fait, mais il essaye et c’est le plus important. Son texte revient sans arrêt sur lui-même, sur ce qu’il veut dire. Il ne le cache pas du reste. Et tout l’intérêt de ce texte est dans cette tentative. Une tentation. Ce geste tout simple qui est à l’origine du texte (un homme sucre son café le matin) me rappelle cette anecdote familiale de mon oncle qui a mis des années à comprendre (qu’on lui pardonne) le mystérieux phénomène (mystérieux selon son point de vue) qui conduisait son café, volontairement servi à ras bord de son bol, à déborder quand il y introduisait un sucre. Et c’est amusant cette Madeleine de Proust qui, si je peux dire, remonte à la surface, à l’évocation de ce texte de David Lespiau qui précisément se voudrait proustien.

« reprendre l’inventaire / des gestes atténués, la récupération / jusqu’à l’articulation d’un mot existant, la fin / de l’effort, de la force. »

Mais ici c’est plutôt l’épreuve du Proustien.

Extrait :

« Une nouvelle faim sur la table en cercle devant la lassitude, refaire le matin d’un réveil, après une toilette rapide, des choix sommaires concernant l’habillement, les décisions de rester dans la chambre puis dans le salon, reprendre l’inventaire des gestes atténués, la récupération jusqu’à l’articulation d’un mot existant, la fin de l’effort, de la force, le repose prononcé déclenchant l’automatisme, franchissement de l’intervalle jusqu’à la cuisine, respect du plan de papier que la marche déplie, gesticulations de la place à table une grâce, un renversement inattendu par de larges mouvements de vent, attirer la cuisinière à la visite, la commande, abrégeant son discours - attendant, considérant les lieux familiers du monde, sa présence neuve, resserrée une pièce voûtée, de la pierre et du sable, les relations entre les portes, l’ouverture sur un jardin à la fin de l’attente, une nouvelle faim sur la table, des aliments dans un plat, de morceaux rouges, des os, quelques couverts pour se servir, et sur la chair des repères pour découper, des plis la faim et la soif, le retour de la salive anticipant le lexique à dévorer - une liste de notes, des ourlets poursuivre la recherche de tels instants, blanc d’une course autour de la maison »
L’épreuve du Prussien, David Lespiau, Le Bleu du Ciel, 2003, pp.11-12.

Auteur :

Né en 1969 à Bayonne, vit et travaille à Marseille. Publications en revue depuis 1996 dans la ’’Revue de Littérature Générale’’, ’’If’’, ’’Action poétique’’, ’’Action restreinte’’, ’’Hypercourt’’, ’’Amastra-N-Gallar’’, ’’Fin’’, ’’Le Bout des Bordes’’, ’’Java’’, ’’Nioques’’, ’’Espace(s)’’, ’’D’ici là’’… Travail de chronique/critique poursuivi dans la revue CCP cahier critique de poésie (cipM) depuis 2001 ; participation au n°735/736 de la revue Critique consacrée aux poètes du XXIème siècle (2008). Co-directeur de la revue ISSUE avec Éric Giraud et Éric Pesty (cinq numéros parus, 2002-2005). Participation aux ateliers de traduction collective autour de Joan Retallack, Kristin Prevallet, Elizabeth Willis (cipM / Un bureau sur l’Atlantique). Traduction de Light travels, Keith & Rosmarie Waldrop, éditions de l’Attente, 2006. Liste de ses ouvrages sur la fiche de l’auteur sur le site du cipM

Liens :

Le site des éditions Le Bleu du Ciel

Liste des ouvrages et fiche de l’auteur sur le site du cipM


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