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LIMINAIRE
Séance 357


Proposition d’écriture :

Mimer les articulations propre au rêve fait de condensations, de rapprochements et de raccourcis, en contribuant à la saisie d´un entre-deux dans de courts textes qui lient ainsi des espaces et des temps séparés. « L’écriture véritablement poétique est celle qui se fait l’écoute de l’inconscient. » Tenter en même temps de mieux saisir une plus profonde réalité faite essentiellement de brèves durées.

Rue Traversière et autres récits en rêve, Yves Bonnefoy, Gallimard, Collection Poésie/Gallimard, 1998.

Présentation du texte :

Yves Bonnefoy invente le genre du récit en rêve : publication de Rue Traversière, récits, en 1977 puis récits en rêves écrits dans les années 1980 publiés sous ce titre Récits en rêve au Mercure de France en 1987. Ce qu’il nomme le « rêve » et le « souvenir » : dans Ce qui fut sans lumière, le recueil est encadré par des poèmes intitulés « Le souvenir » et « L’agitation du rêve. » La maison apparaît comme lieu d’émergence, en rêve, d’un matériau imaginaire autobiographique ou fantasmatique (comme dans « La maison natale ») : la maison de Valsaintes (V.).

Yves Bonnefoy présente des textes qui s’apparentent au vouloir inconscient des rêves et dans lesquels il « essaie de ne pas laisser sa réflexion contrôler ce qui s’y montre d’emblée de surprenant, d’incompréhensible. »

Extrait :

« LA HUPPE

La notion d´un rouge qui serait bleu, d´un dehors qui serait un dedans, d´un tout cela qui serait un corps que des mains , d´une nature inconnue, cloueraient suant à des coussins de ténèbre, passa gracieusement, huppe dans l´air frais, et vint se percher sur une pierre.

LES DIEUX

« Nous étions sur la plus haute terrasse, avec les maçons, à la fin d’un après-midi d’(automne. Et soudain "cela" monta du ravin et passa comme appelé au levant - grappes d’ailes vibrantes et d’ombres de corps, translucides, qui tourbillonnaient par milliers et milliers eu sein d’autres grappes... Quel silence de fut, jusqu’à la tombée de la nuit ! Les ouvriers avaient cessé leur travail, aucun oiseau ne chantait, aucun insecte ne crissait plus, nous regardions s’enfler ces grands tournoiements dont certains étaient si épais qu’ils obscurcissaient le soleil.

Et parfois quelqu’un de ces voyageurs s’abattait sur le parapet ou sur nos manches claires encore ; et nous nous disions que son cœur battait, nous aimions que son vieux visage ouvragé resplendît dans l’infime, sous une tiare. »

Rue Traversière et autres récits en rêve, Yves Bonnefoy, Gallimard, Collection Poésie/Gallimard, 1998.

Auteur :

Yves Bonnefoy, né à Tours (Indre-et-Loire) le 24 juin 1923, est un poète, critique et traducteur français. Il est également traducteur de l’italien et de l’anglais, notamment de Shakespeare, mais aussi auteur de nombreux et admirables essais sur l’art. Il a été professeur au Collège de France de 1981 à 1993 à la Chaire d’Études comparées de la Fonction poétique.

Bibliographie poétique simplifiée : Poèmes (1947-1975), coll. Poésie/Gallimard, 1982 qui reprend Du mouvement et de l’immobilité de Douve, 1953, Hier régnant désert, 1958, Pierre écrite, 1965, Dans le leurre du seuil, 1975 (tous publiés au Mercure de France). Ce qui fut sans lumière, suivi de Début et fin de la neige, Poésie/Gallimard en 1995. La Vie errante, suivi de Une autre époque de l’écriture, Mercure de France 1993 (coll. Poésie/Gallimard 1997). Les Planches courbes, Mercure de France, 2001 (coll. Poésie/Gallimard 2003).

Liens :

Yves Bonnefoy sur le site du collège de France

Yves Bonnefoy sur le site du Mercure de France.

Entretien avec Yves Bonnefoy sur Rimbaud.

Introduction à la lecture d’Yves Bonnefoy sur le site de Jean-Michel Maulpoix

Yves Bonnefoy ou l’accomplissement contradictoire du Surréalisme, article de Judith Abensour sur Fabula

Lectures de certaines de ses œuvres par Yves Bonnefoy, à l’occasion du colloque « Yves Bonnefoy : lumière et nuit des images », Paris, 2004.

Sur le site Canal-U, Université de tous les savoirs, conférence donnée le 11 novembre 2000.

Conférences à la bibliothèque nationale

1 commentaire
  • Yves Bonnefoy : Rue Traversière et autres récits en rêve 29 septembre 2010 11:50, par cjeanney

    Posé sur une toile chaude et terne, quelques plis, non pas une toile mais un tissu à finesse enveloppante. Et ma silhouette de profil, bras et jambes déliés déesse shiva, seuls les yeux bougent au milieu du corps vaguelettes. Se voir de loin, fresque animée aux membres colliers de perles aux poignets. Ne pas savoir l’éloignement, s’il va s’élevant ou recule, être en face de soi sans saisir la distance, seulement l’angle à l’aplomb. Les yeux peints et la bouche ronde, des paillettes suivent la ligne du sourcil, la continuent à l’infini. Sûrement une voix envoutante va chercher nos oreilles, s’enroule, ses doigts délicats, délices ! Que jamais ne s’arrête le son, murmure bouche ronde à notre oreille plate et incolore, et c’est trop tard : nous sommes deux. Plus elle s’approche, œil et paillettes et sourcil horizon, plus nous sommes déchirées, séparées, irrémédiable. Oh, le chant inaudible perdu, un peu de grâce de l’indienne savante qu’on puisse retenir, seule, désespérément, à bord du rêve suivant.

Yves Bonnefoy : Rue Traversière et autres récits en rêve
Publié le 3 septembre 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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