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LIMINAIRE
Atelier d’écriture sur la ville (quatrième séance) : 15 mai 2010



L’année dernière j’avais suivi en ligne, sur le site de micro-blogging Twitter, l’expérience initiée par Thomas Baumgartner de Twentative d’épwisement d’un lieu parisien qui s’inspire directement du texte de Georges Perec : Tentative d’épuisement d’un lieu parisien.

En octobre 1974 Georges Perec s’est installé pendant trois jours consécutifs place Saint-Sulpice à Paris. A différents moments de la journée, il a noté ce qu’il voyait : les événements ordinaires de la rue, les gens, véhicules, animaux, nuages et le passage du temps. Des listes. Les faits insignifiants de la vie quotidienne. Rien, ou presque rien. Mais un regard, une perception humaine, unique, vibrante, impressionniste, variable, comme celle de Monet devant la cathédrale de Rouen.

J’ai demandé aux participants de la quatrième séance de l’atelier d’écriture sur la ville que je mène dans le cadre de ma résidence d’écrivain, de décrire ce qu’il voyait, place de Stalingrad à Paris, par écrit (et pour certains en prenant des photographies) du lieu où ils se trouvaient (un café de la place chacun) pendant une heure. Pendant ce temps-là j’ai pris des photos de la place, réalisé un enregistrement sonore et twitter l’expérience.






Mixage de l’ensemble des lectures :


Alice :


André :


Anne :


Caroline :


Cybille :


Joachim :


Julie :


Magali :


Pierre :



Quelques tweets pendant l’atelier d’écriture :

4e atelier d’écriture sur la ville, aujourd’hui Place Stalingrad, à partir de 14h. : Tentative d’épuisement d’un lieu parisien

Place Stalingrad, début de l’opération d’épuisement du lieu, une manif se prépare. Pour les sans papiers...

C’est l’attente, comme avant un orage, une grande banderole écrit noir sur fond blanc et des cordons de sécurité tout autour

Manifestation "No borders" place Stalingrad http://twitpic.com/1nzjjq

Au tabac, à côté de chez Damien primeur, une bonne odeur de pop-corn

Personne n’a été écrire au Rond-Point, au resto de la gare ni au Conservatoire. Pourquoi ?

Une fois la manifestation partie, cortège d’une cinquantaine de personnes (combien selon la police ?), retour aux bruits de la ville

Pas le temps d’aller saluer Thierry Théolier qui discute en charmante compagnie au café Jaurès

Grand brassage de population en ce lieu ce samedi, premières notes de musique venant de la place, un bébé pleure, passe un métro

Les passants prennent le soleil en regardant une péniche passer l’écluse #telp http://twitpic.com/1nzp10

C’est une place au centre de laquelle on ne passe qu’en transport en commun : voiture, métro, bus. Pour flâner c’est en périphérie.

Dans le brouhaha ambiant (moteurs, conversation, musique), difficile d’entendre les oiseaux chanter, ils sont là, avec le soleil.

Police nationale // Franchissement interdit // écrit noir sur fond rouge et blanc.

La terrasse du Cadran bleu crée un embouteillage de passants devant le passage piéton qui mène au canal. Babel de langues et d’accents.

"Elle l’a appelé Achille son gamin. Achille, quand même !"

La séance d’écriture s’achève bientôt, difficile de prendre des photos, enregistrer des sons, et twitter l’ensemble.

Le temps se couvre, est-ce un signe ? Les nuages au-dessus du métro aérien. J’entends :"Là c’est un mauvais plan !"

Bruit du métro, c’est comme à la mer. Pas synchrone en tout cas avec le sens de la circulation rythmé par les feux du Carrefour.

Fin de l’expérience de twentative d’épuisement d’un lieu. Maintenant on va enregistrer les textes des participants à l’atelier.

Caroline Diaz et Magali Joanelle lors de l'atelier d'écriture du 15 mai 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

15 mai 2010, 14h27 : Place Stalingrad

Joachim Séné


Temps clair, nuages blancs, soleil

Je me souviens de Georges Perec, il est 14h30

J’ai fait le tour complet de la place pour me retrouver au point de départ, au café La Pointe Lafayette, LPL

De derrière la vitre, sur laquelle le nom des cocktails, en lettres capitales imprimées sur feuilles A4, appellent le passant

Caipirinia

Mojito

Ti-punch

La terrasse est vide, à l’exception d’une table, occupée par l’une des participantes à l’atelier, dont je devrais connaître le nom, et dont je ne vois que le cahier, posé sur ses cuisses. Pour écrire elle a retiré son bracelet jaune, d’épaisse pierre, peut-être du jade jaune.

Elle a prit un café, et moi que je vais-je prendre ?

« Franchissement interdit Police nationale », sur bande plastique rouge et blanche, façon travaux, enroulé autour d’un lampadaire et d’un panneau de signalisation dont je ne vois que le dos gris

Un feu passe au rouge

Un enfant pédale sur un vélo noir et orange, écouteurs aux oreilles, il tourne vers le canal

Le canal est presque face à moi et la place plutôt à ma gauche, au-delà de ce grand carrefour sur lequel des flèches sont dessinées en tous sens : piste cyclable à sens unique, sens de circulation contraires

Un bus 26, qui vient de la rue Lafayette et va vers Nation, promeut l’exposition Edvard Munch

Un taxi Audi noir passe, il n’est pas en service (le signe taxi est capuchonné) Une Renault de la police, feu de détresse, attend au feu, recule et change de file, passe sur les hachures du faux terre-plein et attend là, le chauffeur a le bras négligemment posé sur la portière, par la vitre baissé

Derrière c’est la terrasse de l’auberge de jeunesse « Peace & Love », en terrasse duquel Maryse Hache s’adonne au même exercice que moi, mais de l’autre côté Aux fenêtres du premier étage du Peace & Love, les drapeaux flottants des Etats-Unis, de L’Union Européenne, du Canada et de l’Australie

Une Citroën noire avec une armoire ficelée sur le toit

Un cycliste en veste vertpomme

Dans mon champ de vision il y a bien sûr mon écran, où j’écris, et dans la fenêtre Twitter que j’ai laissé ouverte, je vois Pierre Ménard, avec le tag #telp

Une Ford Escort grise cabossée

Un bus 26 destination Saint-Lazare, suivi immédiatement d’un autre bus 26 pour Saint-Lazare

Le 87 va au Champ de Mars

La voiture de police avance de quelques mètres

La manif avance, se rapproche, la banderole « No borders » comme fronton, aux cris de « liberté »

Les arbres, de feuilles verdissantes, sont des platanes

La voiture de police devance la manif qui va s’engager, juste devant le café, le long du canal et de ses rubans rouges et blancs

Des badauds s’attroupent sur la terrasse, observant la manif, arrêtée

La banderole « No Border » s’avance

Les structures métalliques grises du métro aérien

Devant la banderole, s’avance une dame grisonnante, lunettes, veste rouge vif Miko, et quelques autres personnes

Un jeune homme en veste de cuir filme le devant de la manif

Une dame, la quarantaine, avec un cabas écossais, change de trottoir Une joggeuse en legging noir et haut bleu ciel passe en marchant devant la terrasse du Peace & Love

Une policière en scooter blanc fait signe à un scooter noir de passer, en sens contraire de la manif, à pied, scooter à la main

Trois hommes en terrasse juste devant moi, de l’autre côté de la rue

« Police partout, justice nulle part », dans le mégaphone, et ça avance, quai de Valmy

Dans la manif, un homme à lunettes noires style Rayban, englobantes, porte, tout le temps que je le vois marcher, un tract devant sa bouche et son nez

Le temps d’écrire le paragraphe précédent et c’est déjà la queue de manif, un service d’ordre talkie-walkie ferme la marche

Une Renault Clio banalisée gyrophare bleue roule au pas cent mètre derrière Un couple la cinquantaine, à rebours de la marche, en impér, s’arrête et regarde les voitures balais des policiers, et les CRS boucliers et casques qui marchent devant plusieurs cars (peut-être vingt CRS à pied, suivi par dix cars tous remplis) Ils mettent beaucoup plus de temps que la manif à passer devant le café Deux scooters blancs ont rejoint leur collègue

Réelle impression qu’il y a au moins autant de policiers et CRS que de manifestants

Sur la terrasse le groupe d’hommes devant moi ont pris des cafés, sauf l’un d’eux qui marche au Perrier

Le gyrophare bleu de la Peugeot

Au-dessus de tout ça, la ligne 2 du métro, aérienne passe en direction de Porte Dauphine

Deux Peugeot de Police bloquent le quai de Valmy, tandis que la circulation reprend, un bus 26 pour Nation, suivi d’un autre, presqu’aussitôt

Sur le pont au-dessus du canal, la foule que je pensais voir rejoindre la manif, n’a pas bougée. Moyenne d’âge assez jeune (je dirais un peu moins de trente), sacs à dos, de l’un d’eux sort des bâtons ou des tiges comme on s’attendrait à en voir pour porter une banderole, vu le lieu, le moment, et ce que l’on vient de voir Une cycliste en veste rouge sur un VTT se renseigne auprès d’un policier avant de s’engager quai de Valmy. Elle pose son VTT contre celui d’un homme qui sort un plan, qu’ils consultent ensemble

La petite vieille qui a pris place à côté de ma collègue d’atelier interpelle son autre voisin de table si fort que j’ai cru qu’elle s’adressait à la terrasse du Peace & Love, de l’autre côté de la place

L’homme part, elle prend sa place, avec ce qui ressemble à une menthe à l’eau Un feu passe au vert

Panneau de signalisation lisibles de ma place :

Porte de Pantin / Périphérique

Parc de la Villette-Sud

Père Lachaise / Nation

Et, sous l’horloge de la place qui indique trois heures pile :

Place de Clichy

Place Ch. De Gaulle-Etoile

Parc de la Villette-Nord

Je vois aussi trois sens interdits, une interdiction de tourner à gauche, une interdiction de tourner à droite, une interdiction de stationner, cinq feux

Un homme en parka bleu marine, coiffé comme Pascal Quignard, bavarde avec une femme en K-Way bleu marine, ils marchent le long du quai

L’homme en veste verte, celui qui porte les tiges blanches dans son sac à dos, est toujours là, au téléphone, il tourne en rond sur le pont

Je ne vois pas la péniche que signale Pierre Ménard sur son Twitter

Deux filles en scooter, un casque rose

Un bus 26 pour Nation, l’arrêt est situé au-dessus du canal, quelque part entre trois platanes

Les hommes sont tous partis de la terrasse devant moi

Il ne reste que la petite dame, vieille et sphérique, à qui il arrive d’interpeller des passants, je suis impatient de savoir si sa voisine a écrit quelque chose à ce propos, et quoi

Un jeune homme au visage asiatique, queue de cheval, T-shirt blanc, écouteurs, passe en roller, le visage fermé

Le type en veste verte avec les bâtons ou tubes blancs dans le sac à dos, s’engage rue Lafayette, il passe devant le café à ma gauche, il s’en va en mâchant un chewing-gum

Je n’ai pas compté le nombre de vélibs, qu’on serait tenté de compter, si proche du canal Saint Martin, par si beau temps, à Paris, lorsqu’on participe à un atelier Tentative d’Epuisement d’un Lieu Parisien

Cinq scooters et une moto surgisse de ma gauche, tous foncent vers la Villette ou Nation, sauf un scooter qui prend le quai

Trois fillettes en trottinette, devancent leur parents de quelques pas, probablement trois sœurs d’environ huit, six et trois ans

Je n’ai pas compté le nombre de taxis, qu’on serait tenté de compté lors d’un tel exercice

Un bus 46 passe, pour Gare du Nord

Il ne reste plus qu’une voiture de police dans mon champ de vision

Trois basketteurs fatigués

Combien de personnes vont monter, et descendre, de ce bus 26 pour Nation ?

Quatre montent, personne descend

Un feu passe à l’orange

Un métro pour Nation

Technoplus.org, c’est une camionnette blanche décorée de dessins noirs

Comme si je cliquais sur la camionnette, je vais sur leur site, qui annonce :

Techno+ : Une association de santé communautaire.

Asso loi 1901 regroupant qui a vu passé près de 300 bénévoles dans le même objectif :

promouvoir les stratégies individuelles ou collectives de réduction des risques liées au pratiques festives favoriser l’épanouissement de la culture techno (sic)

Une famille en roller, papa (sac à dos), maman (jean moulant), la fille (rollers roses), passe devant Maryse Hache

Un cycliste grille le feu pour s’engager quai de Valmy

Planet Sushi, scooter, bleu

Café brasserie

Générale d’optique

COFILA Commerciale FL

Facom

Solidays

Kronenbourg

Spécialiste verres progressifs

Heineken

Bar Hostel

Dignité

Maryse Hache prend une photo du café où je suis, me verra-t-on derrière la vitrine ?

Pierre Baldini, que je n’avais pas vu, quitte le Peace & Love, et traverse en courant hors de tout passage piéton, et fume en baillant au-dessus du canal

Un scooter à trois roues et deux passagers

Ma collègue quitte la terrasse, entre, paye, sort, se rassoit

Une dame court pour avoir le bus 26 direction Nation

Deux camemberts dans un sac jaune du marchand de vin Nicolas, porté par une jupe courte

15h27, bientôt l’heure de terminer l’exercice que, contrairement à mon habitude, je n’aurais pas relu, corrigé, réduit, modifié

Un métro aérien, le nouveau modèle dans lequel toutes les voitures communiquent, va vers Nation

Sirènes d’une dizaine de cars de CRS qui prennent la rue Lafayette Métro identique dans l’autre sens

Une Chevrolet Cavalier rouge et noir, bruit de son moteur, n’est pas décapotée

J’aperçois Pierre Ménard, suivi par le quasi reste de l’atelier

Je paye mes deux cafés

15h30

Manifestation « No Borders » Place Stalingrad, paris, le 15 mai 2010

 

 

 

 

 

 

 

 

15 mai 2010, 14h27 : Place Stalingrad

Pierre Baldini


Tout ce que l’on ne voit pas du café Peace and Love.

Le canal Saint-Martin, le point éphémère et la caserne des pompiers.

Ensuite, l’on voit le carrefour stratégique à droite du café, direction Chatelet, gares du Nord et de lEst, en face République et Bastille, à gauche (du café toujours) porte de Pantin (périphérique), parc de la Villette.

Toujours à gauche, Métro aérien, station Jaurés (Jean de son petit nom) à l’angle de l’intersection République, gare du Nord, le café de la « Pointe Lafayette ». In the Café : do you speak english ? NO.

Il parlent tous Américain.

Voitures qui défilent,94,93,92, les scooters brûlent le feu rouge, 94,91,89 (une erreur) 75,91,93 etc.

Beau comptoir en carreaux de verre translucide, rangée de bouteilles le surplombant de plusieurs vodkas, des rouges des vertes des blanches, du Bailey, du Jameson et du Bourbon.

Spots directionnels surplombant le tout, Happy hour de 18 à 22 heures.

Monsieur gant Mapa rose nettoie chaque carreau et les spots et les poutres, très soigneux.

Blonde, cheveux ramassés sous un bandeau violet, lunette de soleil noire, téléphone en main , courriel prêt à partir, veste treillis mode , baskets légères ,sourire en bouche, dans sa tête.

GI’S, bermuda kaki, tee-shirt blanc, costaud mais pas trop, lunette de soleil, il parle fort, voix éraillée, derrière le bar, devant le bar, c’est son territoire.

C’est plus un courriel qu’elle écrit, c’est plutôt un roman, nom d’un chien, il y a de la concurrence.

Police en vrai, il paraît que c’est le jour, manifestation pour les afghans sous les ponts, les sans papier au travail, sur le pont, les mal logés, les délogés.

Voiture de police qui s’arrête au carrefour, talkie walkie en main,quatre mobylettes qui font le tour.

Une américaine rentre dans le bar en courant appareil photo autour du cou, casquette sur la tête, ça parle américain, je crois qu’elle court aux toilettes après le baragouinage, thank you, on rigole, sac à dos sur le dos, taxi 93, good bye.

Purée c’est un roman son courriel, elle ferait mieux de prendre l’avion.

Les bus pour la gare st Lazare se suivent et se ressemblent.

HO ! Putain la MANIF.

Liberté de circulation Abolissons les frontières Vu l’ampleur de la manif cela mérite un tel dispositif policier. Tout le monde s’arrête devant la café Peace and Love, photos ? Propagande possible ?

Les flics s’excitent , la camionnette accélère, ça fait du bruit plus que la manif. NON à l’Europe sécuritaire.

5 flics en civil, dont une femme, regarde le tout avec bienveillance. Drôle de gueule, Mickey Rourke en moins bouffi mais quand même, le gros ventru ensuite, cheveux courts lunettes sur la tête et la petite blonde, veste velours noir, baskets rien à dire, si, cheveux gras ! Tiens et l’autre avec son talkies walkie. PUTAIN ? 100 PERSONNES AU PLUS et 150 flics, elle est pas belle la vie ?

Et pour couronner le tout, un flic en uniforme sur un scooter banalisé violet. Anonyme.

Sur le pont du canal st Martin, les Afghans restent bien collaient à la rambarde, dubitatifs mais clairs sur les enjeux, pas de bruit, pas de pagaille. HO !LA ! LA !!!

Manifestation de flics

14 mini-bus devancés par un Scénic

1 gros camion et un car de police. PUTAIN mais c’est la honte. La rue du canal est bouclée.

Fourgonnette, propreté Lasserre, ça n’a rien à voir. Le flot de voiture continue et recommence au rythme des feux rouges , ce n’est pas continue alors. Le métro aérien passe avec son bruit apaisant et sécurisant dans cette scène surréaliste. Bruit de ferraille chaleureux, me berce dans cette agitation.

Je me promène, tu te promènes, tout va bien un par un sur le trottoir du café Peace and Love.

Faudrait les prendre à revers, ça c’est de la guérilla urbaine.

Sabbat Shalom, papa avec son fils, retour de la synagogue, promenade du samedi.

Je suis un peu tendu, émotion difficile à qualifier, la police ne rassure pas, je suis simplement tendu, révolté, déprimé, c’est facile.

Tiens une voiture 95,,,93,75.

Gant Mapa enlevé, les vitres se nettoient minutieusement.

J’ai du mal à décrire les personnes qui passent devant le café, trop tout le monde, trop moi, rien à dire pas grand chose, un chignon magnifiquement ficelé, un petit chien dans une valise tirée par sa maitresse qui porte un bob noir parsemé d’étoiles.

Je cois que si on ne me regarde pas je ne décris pas, je crois que si je ne suis pas en relation je ne suis pas.

Manque de mot également pour décrire les fringues des uns et des autres.

Le patron du café peut-être, chemise à carreaux verts , 50 piges, cheveux blancs très courts souriant, tape sur les épaules des uns et des autres. Pompiers à 15 heures, sirène pour nous sauver pas pour l’angoisse.

Petit garçon qui court sur le trottoir tel un champion, il regarde ses pieds et son corps,sa mère le suit, confiante, fièrement, tête haute bien en place. Tourbillon de cars de police sous le métro aérien et demi-tour direction la chapelle, ils ont dû voir des ennemis.

Boubou jaune tacheté de formes rouges et noires, chevelure rouge façon henné, rasta court.

Hassidique imperméable noir, chapeau noir à bord large haut perché sur la tête, barbe et gros.

Le 26 direction Nation.

Décrire le bruit cela n’est pas si simple mais je commence à avoir la grosse tête avec ce bruit, à cette terrasse, elle me terrasse cette terrasse, une sieste serait la bienvenue.

46 direction Gare du Nord

Les Afghans toujours en place, calmes et collés à la rambarde.

Je vais me tirer de ce bar, grosse tête, 15h10, pas de Philippe à l’horizon(il a du mal à s’occuper de tout le monde).Mais après, on dit que je ne joue pas le jeu, je reste. Un bus de la police passe, il cherche quelqu’un, vu l’ampleur de la manif, il doit chercher les manifestants.

Cheveux noirs mi-long, maquillée, poudrée, trench-coat imprimé, talons hauts, chaussures roses pâles,robe ton crème et marron, coca light, lunette noire déposée sur la table, livre en main et c’est parti.

J’espère que le livre est intéressant car la mise en scène, c’est du boulot. Mapa attaque les vitres de l’intérieur.

Les Afghans toujours en place.

Les pompiers 15h14.

Ma collègue de l’atelier d’écriture regarde toujours à gauche, elle boit un jus de tomate(quelle drôle d’idée) et elle écrit, elle écrit.

Une famille au grand complet passe devant le café Peace and Love, papa maman et 3 enfants, doit y avoir un copain avec ou un oncle, un cousin , un autre quoi !! direction gare du Nord par la rue Lafayette.

La pointe Lafayette il y a aussi une collègue de l’atelier d’écriture, on a pris la place, discret on écrit.

Personne d’ailleurs ne dit rien , ne me dit rien.

Et l’autre casquette bleu, pull rouge, bermuda fait son footing, finalement tout le monde est en place dans ce carrefour et personne ne s’intéresse à personne.

DESSIN ANIME

Des manifestants en petit nombre, beaucoup de la police, des voitures des bus et des gens, des passants gnan-gnan, des américains nain-nain et toujours pas de Philippe,,15h20, je paie mon café et je pars peinard.ET voilà NA ! NA !

 

Le Cadran Bleu

Caroline Diaz


Depuis une table en terrasse du Cadran Bleu.

Le trottoir forme une courbe, soulignée par une piste cyclable. Le carrefour est très effervescent. Piétons Attention Traversez en deux temps.

Un serveur indien ou pakistanais vient prendre notre commande. Un attroupement de manifestants est rassemblé au pied de l’horloge. Un couple passe avec une poussette, deux enfants. Un autre serveur vient vérifier que nous avons bien passé une commande.

Une femme chic, lunettes noires, manteau beige soyeux, panier rempli, démarche prétentieuse, passe de droite à gauche..

Un home en roller traverse le carrefour, , il tient dans un sac plastique une paire de chaussures. Un camion de la mairie de Paris, chargé du nettoyage, est arrêté au feu, éclaire la scène de son vert très vif.

Les CRS se font plus nombreux, portant leurs casques sur le ventre, comme on porterait un bébé.

Le serveur indien ou pakistanais vient de poser les cafés sur la table. Un très jeune SDF nous demande une petite pièce ou un ticket restaurant.

La place est enrubannée de rouge et blanc en vue de la manifestation. Le métro aérien ralentissant très sonore stationne. Un couple s’interroge longuement devant le plan du 19e arrondissement. Ils ont bien tenté de récupéré l’information au près des deux CRS postés devant nous, mais ils sont mal tombés.

Une jeune fille en manteau fuchsia, écouteurs jaunes vifs sur les oreilles, sac chic en cuir à l’épaule s’arrête à son tour devant le plan.

Circulation incessante , parfois l’illusion d’un calme, et puis klaxons, talons, accélérations des moteurs.

Je suis une petite fille et j’aime me promener, chantonne dans une légère provocation une jeune femme noire, accompagnée de son petit garçon. Elle nous jette un bref coup d’œil pour vérifier son effet.

A nouveau les freins du métro aérien. Commence à me parvenir le son d’une voix porté par un mégaphone. A côté de nous, un jeune couple. Elle boit un café, lui une bière. Elle entortille ses cheveux au reflets roux et dorés entre ses doigts. Il prend des photos avec un appareil photo numérique de marquer Nikon. Il fume des cigarettes roulées, porte une barbe et un cheich jaune et kaki autour du cou.

Le groupe de manifestant esquisse un mouvement. Je peux maintenant lire, inscrit en grande lettres rouges sur la banderole : LIBERTÉ DE CIRCULER. Le vent gonfle la large bande de tissu écru comme une voile. Liberté de circuler. Coup de sifflet.

La tenue des CRS m’évoque tout à coup les guerriers grecs de l’antiquité, avec leurs épaules molletonnées de cuir noir.

La manifestation se met en mouvement, je ne comprend pas les mots scandés dans le mégaphone : liberté… personnes…

Le groupe est tout petit, ils viennent de traverser le carrefour, ils ont déjà disparu.

Un bus équipé d’un filtre catalytique ralenti au carrefour.

Léo on traverse ! Léo on traverse, on traverse !

Nos deux cerbères viennent de quitter les lieux, ils ont peut être rejoint un groupe de CRS qui vient de se former sous le métro aérien.

La circulation autour de la place devient plus compliquée, rythmée par les coups de sifflets d’un jeune agent de la circulation. Les camions de CRS se mettent en mouvement, et les sirènes se mettent à chanter.

Le couple à coté de nous est rejoint par un jeune homme brun, épaisse tignasse bouclée, sac à dos, mains dans les poches.

Tu la connais bien toi Hélène la prof ?

Tu veux pas t’asseoir ? Ouais, elle est marrante cette meuf.

Marrante, je sais pas, sympa en tout cas.

La manifestation semble déjà un souvenir. Seuls les rubans rouges et blancs qui redessinent la place nous rappellent à l’ordre :

POLICE NATIONALE FRANCHISSEMENT INTERDIT POLICE NATIONALE FRANCHISSEMENT INTERDIT…

Liberté de circuler.

A côté du plan, une énorme boîte aux lettres jaune, taguée.

De nombreux panneaux rythment la place d’indications :

Parc de la Villette – sud >

< Quai de seine

Place de Clichy ^

< Gare de l’est – gare du nord

Un couple jette des lettres dans la grande boîte jaune. Un homme et une femme passent de gauche à droite, en courant.

Le jeune SDF revient, le jeune brun à épaisse tignasse bouclée n’a pas de monnaie, il lui donne une cigarette.

Le couple assis à côté de nous et leur compagnon quittent la table voisine, ils nous souhaitent une bonne après midi.

Bref répit sonore, deux scooters pétaradent,la place redevient ensoleillée.

Un camion de pompiers, sirène hurlante, traverse la place.

Derrière l’horloge, u arbre me rappelle mon incompétence botanique, peut être un peuplier. Derrière encore se dresse la rotonde entourée d’échafaudages. Sur une palissade qui protège le chantier il y a des affiches du parti socialiste.

Sur la droite, le Jaurès Café, à l’angle du quai de Loire et de l’avenue Jean Jaurès.

Piétons Attention Traversez en deux temps.

Une femme à la démarche hésitante s’arrête devant le passage piéton. Elle porte une tenue dont je n’arrive pas à deviner l’origine latine, ou maghrébine. Une longue jupe aux rayures multicolores qui laisse apparaître ses pieds recouverts de dentelle noire, chaussés de mules pailletées. une blouse blanche ornée de rubans aux vives couleurs et une veste d’un rouge très puissant. Un foulard brodé de perles entoure son visage usé.

Le ciel s’assombrit. Une petite fille hurle entre les jambes de sa mère.

 

Le Cadran Bleu

Julie Portalis


Face à un passage piéton et à la Rotonde de la Villette.

A droite, deux cabines téléphoniques. L’une d’entre elles est occupée. Je ne vois pas par qui. Cachée par un CRS, la cinquantaine, cheveux gris, discute avec deux petites dames. L’une plus jeune que l’autre, cheveux longs, maghrébine. L’autre porte son sac de la main droite. Ils rient parfois. Le CRS est accompagné de trois acolytes. Plus jeunes. Sont dos à moi. Je vois que leur coupe de cheveux est nette. Deux portent des lunettes de soleil.

Quand j’écris ça, ils partent.

Devant le passage, quatre dame qui se disent au revoir. Il y a les deux qui parlaient au CRS.

Le feu piéton est vert. Une dame au pull violet. Un vélo. Déjà rouge.

Le serveur m’apporte mon café. Il est indien, ou pakistanais, je ne sais pas. Les cheveux coiffés en arrière avec du gel. Jeune. Un peu rond. L’air sympathique. Le temps d’écrire ça il est venu m’encaisser.

2 euros le café.

Un bus klaxonne. Se dirige vers les quais de Seine. Deux métros aériens se croisent. Le feu piéton est vert.

En face, le cortège de la manifestation ne bouge pas. Deux banderoles, l’une noire, l’autre rouge. Je n’arrive pas à lire ce qui est marqué à cause des attroupements.

Le feu est vert. Une fille avec un pull Bob l’éponge. Un livreur de pizza, casque sur les oreilles. Un type avec un plan de Paris à la main. Pantalon beige, veste noire. Il continue de traverser quand le feu passe au rouge. D’autres aussi.

Un métro.

A ma gauche au café, une dame, polaire rouge, pantalon noir. Boit une menthe à l’eau. A bien raison. A déjà pris un café. Cheveux courts gris, lunettes. Elle regarde l’écran de son téléphone par dessus les montures. Ses chaussettes, bleu fluo avec un dessin rose.

Soleil sur le passage piéton.

Je n’ai pas encore goûté mon café.

Les gens qui passent devant les tables en terrasse regardent ceux qui y sont assis. Ce qu’ils y font.

Un métro.

Au passage piéton, un couple perdu. L’homme, âgé, tient un petit caniche en laisse. Sa compagne est plus jeune. Elle porte des escarpins bleus.

Le serveur nous dit, à mon collègue d’atelier et à moi, qu’il s’agit d’une manifestation pour "un truc anarchiste". Il explique qu’il préfèrerait une animation d’un autre genre.

Le couple au caniche est toujours là.

Mon café est tiède.

Avec le vent, j’entends mal ce qui se dit dans le mégaphone sur la place.

Le couple, toujours. La femme est partie vers la gauche, l’homme au caniche hésite un peu avant d’aller sur sa droite. Il se rend dans un café, plus loin.

Un homme me sourit en me voyant écrire. Son regard me met mal à l’aise. Il passe.

La dame sur ma gauche est partie. Il fait froid.

Piétons, attention (c’est écrit en rouge), traversez en deux temps. Le feu est vert. Personne ne traverse en deux temps.

Au bout du passage, des panneaux verts indiquant les pistes cyclables. Tout droit : Place de Clichy, Porte de la Villette. A gauche : Gare de l’Est. Gare du Nord. A droite : Parc de la Villette. Porte de Pantin. Canal de l’Ourcq.

En sortant du café, une mère dit à sa fille : "c’est pas maintenant qui tu arrêtes de fumer ? Allez, tout de suite, maintenant !". La fille a déjà allumé sa cigarette.

Le cortège part. Il emprunte le passage piéton, sous les voies aériennes du métro. Le cortège est noir. Beaucoup d’hommes. Ils ne sont pas très nombreux.

Une voiture de police fait demi tour n’importe comment au milieu du carrefour.

Une sirène. Un métro qui passe. Sapeurs pompiers.

Edvard Munch sur le cul d’un bus. Embouteillage. Trois cars de CRS suivent le cortège. Sont arrêtés au feu rouge. Ça klaxonne.

Trois types disent "y’a d’la castagne".

Au milieu du croisement, les policiers peinent à réguler la circulation.

Bus 48. Porte des Lilas. Une affiche pour la Foire du trône. Jusqu’au 30 mai.

Les trois cars de CRS démarrent doucement. La circulation est bouchée.

L’agent qui règle la circulation hausse le ton. Un conducteur s’énerve. Sort le bras de sa voiture en montrant le carrefour. Démarre.

D’autres cars de CRS partent. Je n’ai pas le temps de les compter. Au moins quinze. Le carrefour est bouché quelques minutes, puis ça se vide. Plus de klaxons, plus de coups de sifflet. Les voitures filent. Le soleil revient.

Un autocar bleu "Suzanne". Drôle de nom. Un type, la trentaine, baskets et veste de sport, deux toiles vierges à la main.

Que font tous ces automobilistes ici un samedi après-midi ?

Un métro.

Une poussette de jumeaux.

Une vieille dame, brune, sauf la frange qui est teinte en blond. Elle porte un imper et traverse en deux temps.

Beaucoup de voitures passent quand le feu piéton est vert.

Une petite fille avec son père et son petit frère. Elle porte une paire de ballerines rose fluo brillante.

Des cars de CRS passent à fond la caisse. Un camion de pompiers a enclenché sa sirène.

Trois garçons traversent le passage piéton. Ils portent la kippa. L’un d’eux chante.

Encore des sirènes. Les derniers cars de CRS stationnés sur la place démarrent.

Sur le passage, un sac McDonald’s et un sac SFR se croisent.

Un métro.

Un garçon en skate croise une trottinette.

Encore un sac McDonald’s.

Une bouteille d’Oasis avec des verres en plastiques posés sur le bouchon.

Une fille avec un ticket de caisse à la main, mais sans achats.

Un sac Celio.

Marionnaud.

Monoprix.

Sans marque.

Une bière.

Un panini.

Une femme enceinte au pull rose.

Deux canettes Leader Price.

Un sweat Honda.

Un sac Monoprix rose.

Des sacs réutilisables.

Un cabas Franprix.

Une dame prend le café en photo.

Un sac Lab’s.

Un sac McDonald’s.

Un sac Lacoste.

Une sirène.

Une glace McDonald’s.

Un skate à la main.

Il faut que j’arrête de décrire les sacs.

Trois petites filles avec pull ou veste roses, casquettes roses. Deux jouent avec une poussette. Le serveur sort du café et rapporte une casquette violette aux parents, avec un doudou. Le groupe part vers la gauche. La vue sur le passage piéton se libère.

Des sacs Monoprix pleins à craquer.

Une petite fille noire est tombée et pleure. Deux femmes sont penchées sur elle.

Un ballon jaune Happy Meal.

Le type qui m’a parlé quelques temps vient de se lever. Lui, j’ai eu le temps de l’observer : grand front, yeux noirs, lunettes, veste en cuir clair, sweat à capuche noir, jean. A pris un café et fumé une Marlboro. Je ne sais pas s’il me draguait mais en tout cas il me fixait.

Raté.

 

Peace and Love

Maryse Hache


Café peace and love au bout de la rue Lafayette place Stalingrad, Paris 10°

15h30

passe un taxi occupé AP 634 TQ

temps nuageux et soleilleux, en alternance

feu vert passe au rouge, plusieurs fois

un jeune homme, short vert, tong aux pieds, parle américain cheveux coupés courts, lunettes de soleil

un jeune homme fume, debout, sur le trottoir, jeans, blouson ; je le vois de dos, juste derrière la vitre du café

passent deux gendarmes, clinquants sur leur moto blanche

traversent et passent devant le primeur deux jeunes filles, une brune à sweat rose et l’autre blonde à chignon

un enfant avec des chaussures rouges

un homme âgé, sac jaune plastique : supermarché tang, à la main gauche, il mâche. Un chewing-gum ?

un homme à moustache et lunettes passe et jette un coup d’œil dans le café

une moto, deux passagers, 646 E4A95

une petite camionnette RATP avec ligne verte reconnaissable, en stationnement, de l’autre côté du carrefour, angle rue Lafayette, quai de Valmy

un petit garçon roux passe sur une trottinette verte

temps nuageux

six peupliers en contrebas

une station d’autobus de l’autre côté de la rue

un panneau de signalisation jaune d’or : Déviation

un panneau d’interdiction de stationner, rond bleu cerclé et rayé de rouge avec, en dessous, le petit dessin : enlèvement demandé

une voiture de police s’arrête au milieu de la rue, portière gauche reste ouverte, clignotement warning

en courant, entrent dans le café, deux jeunes filles asiatiques, elles s’adressent au bar.

une vespa LX4, vert foncé, jeune file à la conduite, capuchon rouge et casque

un petit groupe, cinq hommes, au pied du panneau jaune d’or Déviation : un à casquette, un à chapeau, deux déjà chauves ; ils s’en vont.

passe un camion Canter

une mini manif passe : NON À L’EUROPE SÉCURITAIRE ABOLISSONS LES FRONTIÈRES

passe une femme à vélo en début de manif, un enfant derrière, dans un petit siège, tient un ballon

retentissement de sirène

NO BORDERS

passe un enfant à patinette, petit blouson à capuche mauve

la manif passe

un petit chien noir court sous la bannière NON À L’EUROPE

un jeune homme avec Nikon photographie

un homme sac en bandoulière passe

la manif stationne toujours

sur la gauche, le fer gris du métro aérien

le 26 Gare Saint Lazare passe, publicité Pinacothèque Munch à l’arrière

un homme, longue barbe grise, sac à dos beige sur l’épaule droite, traverse et rejoint le groupe des manifestants, arrêté

les grandes bandes blanches obliques sur la chaussée

passe un jeune homme tee-shirt marqué Memphis, bleu électrique, et un sac à dos avec sa marque Nike

une publicité Yves Saint Laurent et son sigle défilent sur un panneau

un homme sort du café, seau serpillère, échelle aluminium, laveur de carreau du moment

maxi manif de voitures de police, gyrophares allumés, j’en compte 14 pour l’instant, qui suivent les manifestants quai de Valmy ; j’en compte 25 maintenant

une bouteille de Schweppes, étiquette verte et jaune, sur une petite table du bistrot, en terrasse

encore une voiture de police, retardataire

une voiture camionnette blanche remorque une voiture rouge

bus 26

car Suzanne, bleu

voiture de la poste jaune Arrêts fréquent ; elle roule

une cabine téléphonique sur ma gauche

passe une Volkswagen rouge 4509 KV 93

passe un 26, toujours Munch

passe, au loin, une voiture municipale, transporteuse d’eau dans un grand réservoir et qui abreuve les arbres ? qui nettoie les trottoirs ?

la vitrine de Mac Donald, de l’autre côté, en transversale

passe un jeune homme boitillant, écouteurs aux oreilles, sac de sport orange et vert sur l’épaule droite

un peu au-delà, de l’autre côté du quai de Valmy, la façade vitrée d’un immeuble avec reflets des arbres

un homme passe, à cheveux blancs, lunettes, veste de peau, sac sur l’épaule, se mouche

un jeune homme traverse, dans la main gauche, petit paquet enveloppé dans un sac plastique noir fin genre sac poubelle, et une petit papier blanc peut-être la facture de ce qu’il y a dans le paquet

un cycliste attend au carrefour de pouvoir passer

un 26, gare Saint Lazare Gare de Lyon, publicité Copie conforme avec rouge à lèvres

couple traverse, elle cheveux courts teints en blond, lunettes cerclées noir, lui main dans le dos, elle lui tient le bras ; dans la main droite, sac à mains noir et sac noir ; tous les deux habillés de noir

quelqu’un téléphone dans la cabine

derrière la cabine un panneau publicitaire ; je vois du jaune

un métro passe, aérien

un magasin là-bas, à gauche, La Générale d’optique

le café d’en face : La Pointe Lafayette

une sirène : les pompiers passent

une femme pousse une poussette vert pomme dans laquelle se transporte un bébé

la Supérette Lafayette, fruits et légumes à l’étal

des jeunes gens accoudés aux grilles

une sirène de police

le laveur de carreau temporaire lave le carreau, à ma gauche

le plafond du café est rouge avec des ligne noires

un escalier de fer gris, qui mène au métro aérien

passe une femme en boubou jaune à grands motifs de cercles bruns

un jeune homme passe, baguette de pain emballée dans la main gauche, sac de toile vert clair en bandoulière

un 26, Munch

un graffiti tag rose sur le mur d’un bâtiment, quai de Valmy

pause ; je bois un jus de tomate

passe une femme, cheveux gris, manteau marron, canne à main droite

une femme s’installe à une table du café, brune, cheveux longs, chaussures à talons hauts, manteau crème, elle boit un coca-cola à la paille, au majeur de la main droite, elle porte deux bagues, une à grosse pierre verte, l’autre à grosse pierre de lune, elle a posé au sol un petit sac à main de paille tressée rose

camionnette en arrêt carrefour, elle attend son tout pour tourner

la bouteille de Schweppes est maintenant par terre ; je ne l’ai pas vu bouger

sirène

enseigne, rouge blanc et noir : Facom, en majuscules

le 26 dans l’autre sens

une sorte de petit autel à mégots sur le trottoir du peace and love

le soleil se cache

passent les nuages

vole une petite graine d’arbre, en étoile

sur des plots en béton, graffitis roses

panneau de signalisation Voie pompiers Accès secours

une Renault grise, une Peugeot bleue, une Mercédès noire,, les unes derrière les autres, en attente de tourner vers le quai de Valmy

une femme à vélo, petit foulard vert pomme autour du cou, et deux enfants, chacun à vélo, à la queue leu leu ; ils s’arrêtent devant le café La Pointe Lafayette

passent trois femmes âgées, cheveux teints en blond, l’une porte une veste en fausse peau de léopard

le laveur de carreaux lave toujours

un 26

un couple à lunettes de soleil, la femme, mains dans les poches, sac à dos en cuir, l’homme pousse la poussette, sac à dos bleu

sade écrit en bleu sur fond blanc d’étiquette posée sur une camionnette blanche ; qu’est-ce

passe un garçonnet, dribblant

un peintre, en bleu de travail à taches de peinture blanche, poche plastique dans la main gauche

une femme, sac Lidl à la main droite, traîne un caddy de la main gauche, l’air soucieux et grave, la tête enveloppée dans un grand châle à paillettes

roule un métro, aérien

26, direction gare Saint Lazare

un autre, juste derrière, vide

un cycliste

un petit chien au bout d’une laisse tenue, main gauche, par un homme à cheveux gris, blouson noir, il traîne un caddy main droite

une jeune fille, chaussures rouges, robe noire à bordure rouge, talons hauts rouges, rouge à lèvres rouge, entre dans le café

un homme traverse le carrefour, teeshirt rose et patins à roulettes

sirène

13 petits cars de police passent

sirène

6 camionnettes de police passent

un quad vert pomme va tourner

on me fait signe ; l’heure est passée

 

MacDo

Alice Ferré


14h20

Il a dit : « Pour les plus courageux, il y a le MacDo, mais… »

C’est une mauvaise idée. Mais il y a cette grande baie vitrée. Il y a des tables, toutes occupées.

La place idéale, là. Mais elle est occupée par un monsieur. Le monsieur a l’air âgé de loin. Il porte un costume clair. Il est noir clair.

Burt Bacharach en fond. Reprise de What the world needs now. No not just for some, but for everyone.

Coca light, grand. Ils n’ont pas le hamburger New York de Bruxelles.

La place n’est pas libre. Je m’assois plus loin mais je ne vois rien, qu’un bout de la voie aérienne. De là, elle ressemble un peu à la Tour Eiffel ou au vieux pont de Hanoï.

Je demande au monsieur de me dire quand il partira, s’il veut bien. Beaucoup de gens voulaient sa place, mais ça ne le dérange pas si je m’assois là pour discuter avec lui. J’ai du travail, je montre le carnet et le stylo. Il a un léger accent, il sourit, il part.

Deux bus 26 passent exactement en même temps, côte à côte, un troisième les suit de près, mais il va être retenu par la manif qui arrive, là, et qui dit liberté de circuler. Je crois que la première banderole dit No border, mais les manifestants sont passés trop vite. Ils ne sont pas très nombreux. Il doit y avoir autant de CRS qu’eux. On est toujours triste quand on fait partie d’une toute petite manif.

Les camionnettes suivent de près. Elles rejoignent le troisième bus 26. Les CRS portent un chiffre et une lettre dans le dos. Les 4 A, B et C se sont regroupés à gauche, les 1 A, B et C à droite, sur la place, sous le métro où il n’y avait que des pigeons tout à l’heure. Ils plaisantent.

Un 46.

Les CRS avancent. De là-haut, on dirait presque une performance. Ils vont moins vite que les manifestants, on les voit mieux.

Les camionnettes repartent aussi. Gyrophares et sirènes. Son et lumière. Très chorégraphique.

Les pigeons n’ont pas bougé.

14h49

Maintenant, je peux regarder le métro. On voit bien à l’intérieur des nouvelles rames. De l’intérieur aussi.

Deux 26 vont vers Nation.

Beaucoup de voitures, beaucoup de passants. Des flux. Mais ça part dans tous les sens, les lignes sont difficiles à lire.

Les gens ne passent pas vraiment. Si, mais ils ne repasseront pas.

Je vois mieux le flux qui suit la ligne de métro. Mais je ne connais pas le nom des rues, des avenues. Ce ne sont pas des rues à promeneurs. De Colonel Fabien à Jaurès, ce n’est pas une avenue pour marcher. Après, non plus.

Le canal prend les flâneurs. Les gens qui traversent vont vers la place, les cinémas.

Deux camionnettes de police.

De l’autre côté de la place, une famille à vélo. Non, ce sont juste des gens en vélib’ qui attendaient le feu vert.

Quatre camionnettes de police qui font demi-tour en passant sous la voie de métro aérien.

Je ne vois pas les gens, ils passent trop vite.

Un type en scooter s’est avancé un peu trop. Il fait de grands gestes de la main à un autre qui a dû lui faire des reproches.

Un 26 vers Nation.

Deux adolescents mangent des Monster Munch devant le MacDo. Ils discutent. Un énorme bus Ruhrgebietstouristik. Deux cyclistes en veste rouge derrière une voiture rouge passent sous le panneau rouge et vert du métro.

C’est moi que j’épuise, pas le lieu. Il y a trop, je ne sais pas quoi prendre. Je n’arrive même pas à compter les gens qui arrivent de tous les côtés. Trois adolescents à mèche, deux skaters, un en roller blade.

La musique de fond est gênante. Cause you make me sad. Voix sirupeuse et rythme simpliste. Violon synthétique.

15h13

Deux colleurs d’affiche. Une fille, grand poncho, grands gestes, encolle le poteau. Affiches noires et rouges, retraites, 60 ans, taux plein, 1500 euros, NPA. C’est une femme plutôt. Juste au-dessus, il y a un panneau sens interdit. Son compagnon (de lutte ? de vie ?) est plus âgé. Ils sont arrivés à un autre poteau. D’autres que moi doivent les voir maintenant.

Encore deux 26 vers Saint-Lazare. Même ballet que plus tôt, côte à côte puis en file.

Un 48.

Derrière la voie de métro, face à moi, il y a la rotonde, ancien squat, nouveau je ne sais quoi. Je l’ai su, mais je ne retrouve ni le nom ni l’usage à venir de ce lieu. Derrière, il doit y avoir des gens sur la promenade. Il y en a toujours, même tôt le matin.

Il y a aussi COFI La Commerciale. Fournitures industrielles. Plus loin il y a un gros magasin d’électroménager. Je triche, je n’arrive pas à voir la devanture, je ne me souviens plus du nom.

Les colleurs d’affiche sont encore sous la voie, sur la place. Je me demande à qui s’adresse ces affiches, qui peut les lire.

C’est sûr, les 26 se déplacent par deux, surtout quand ils vont à Saint-Lazare.

 

Café Pointe Lafayette, intersection rue La Fayette, quai de Valmy

Sybille Chevreuse


Bruits.

Musique sortant d’une voiture noire aux vitres ouvertes. De la soul. L’homme au volant démarre en trombe dès que le feu passe au vert.

Souffle du Bus 26 qui redémarre un peu plus loin. Il pompe…

Un bus touristique « Topdeck » jaune et bleu avance lourdement, vide, ronflant. Coup de klaxon sympathique d’un autre bus 26 à l’attention d’une petite voiture. Trin trin à ma droite d’un cycliste, qui s’engage sur la piste cyclable, à l’attention d’un passant distrait. L’homme est affublé d’un casque de protection bleu et de bracelets jaunes fluos qui encerclent ses mollets musclés et ses poignets.

Un mini bus gris « propreté » s’éloigne en même temps que la musique arabisante qui l’accompagne.

En face, le métro aérien aux 3 bandes horizontales de couleur verte et blanche siffle en 2 temps. Le vert encadre les vitres.

Paroles : « N’empêche hier le mec il était défoncé… »

Couleurs :

Quatre jeunes d’origine africaine sourient et s’interpellent. Une femme le dos légèrement vouté porte des collants vert olive.

Une Ducatti rouge démarre en trombe. Avis : « Louez Moi », rouge et blanc. Un bandeau flotte sous mes yeux « Police nationale – Franchissement interdit. » Une adorable mini rose et blanc s’engage légèrement sur le quai de Valmy.

Des talons de femmes à chaussure compensée collent sur le sol avant de s’en détacher.

Sifflet. Deux policiers en moto.

« Liberté…. »

Une manifestation se rapproche et me fait face. Au premier plan, me barrant la vue, une voiture RATP « régulation du trafic » dans laquelle le passager endormi vient de se réveiller. Des fourgons de police arrivent au loin. Une grande banderole blanche et apparaît alors. « No Border » en noir sur fond blanc. Je ne distingue pas ce que revendique l’homme dans son mégaphone. Plus loin, les lettres de la banderole deviennent rouges. Il règne un semblant de calme malgré l’attroupement.

« Police partout, justice nulle part ! »

Abolissons… Je ne parviens pas à lire le reste de la banderole. Le groupe de manifestants avance. Ils sont 150 tout au plus et s’engagent sur le quai de Valmy. Derrière eux une trentaine de CRS leur emboite le pas. Dérisoire…Puis c’est au tour des camions de CRS de prendre place formant alors une incroyable file...La voiture de la RATP a disparu.

Ballet incessant de voitures, de bus 26 Direction Gare Saint Lazare.

Le café d’en face « Peace and Love » sur fond gris. C’est une auberge de jeunesse. « HOSTEL. » Au-dessus du bandeau flottent trois drapeaux élimés. Un canadien, un européen à moitié enroulé sur lui-même, un américain, sale et déchiré. Parole de passant : « Non, non, ils ont tout bloqué… » Une voiture de police stationne quelques instants en biais au milieu de la route puis repart. Le carrefour redevient « calme. »

À mes côtés une vieille femme s’est installée. Bribes de paroles saisies :

« Bonjour Mamie ».

« Arrête de me suivre ».

« Je vais mourir… ».

« Arrête de boire tout le temps ».

« À demain ».

La jeune femme porte une doudoune bleu vif. Dans son dos une inscription : « Italia. » Elle s’éloigne.

Une autre voiture de police… Sirène. Elle prend le virage fièrement.

Au dessous de l’arc de cercle formé par l’acier du métro aérien, des panneaux signalétiques, des commerces, de l’agitation. De droite à gauche : un panneau « Paris respire » annonçant la piste cyclable et son trajet. « Un bon plan à Paris ». Jaune, vert, violet : couleurs dominantes. Derrière de jeunes hommes étrangers adossés à la balustrade. Attente. Au dernier plan, carré rouge et blanc d’une boutique SFR, puis Générale d’Optique, blanc sur fond vert. Le « 3 Sécrétan » cinéma, sans doute fermé depuis longtemps, minuscule. Puis Kiosque à journaux, panneau publicitaire déroulant, triangle de signalisation clignotant annonçant le passage piéton. Petits personnages traversant tel un filet. Enseigne du Café « Jaurès ». Drapeau français qui flotte au dessus d’une horloge à trois faces. Ah !, soudainement devant moi, une femme que je croise souvent dans le quartier sans la connaître. Cheveux poivre et sel, très courts. Elle est cette fois accompagnée d’une autre femme. Elle, est toujours habillée de gris et de noir.

Au milieu du brouhaha ambiant, ponctuations sonores et visuelles : roues de vélo, sens interdits, feux de la circulation rouge, vert des arbres… Quelques secondes calmes… tout s’est ralenti…

À ma gauche, la vieille femme est tranquille. Elle porte un épais pantalon de toile marron, une canne repose entre ses jambes. Le serveur lui apporte son second vert de boisson verte, indéfinie…menthe à l’eau ? Alcool ? Deux foulards, l’un rose, l’autre bleu vert entourent son cou. Elle tend un billet de 20 euros au serveur en disant : « C’est le dernier. »

Puis interpelle un passant : « ça va ? On travaille pas aujourd’hui ? ». Il lui sourit. Ils se connaissent. Puis se tournant vers moi : « Pardon Madame, on est samedi ? ». Me levant pour payer mon café je constate qu’elle porte une étoile de David incrustée de petits diamants fantaisie. Sur la chaise, posé devant elle, un sac bleu argenté façon disco…

 

Le cadran bleu. Place Stalingrad.

Magali Joanelle


Tel un monument grec, face à moi la boite jaune imposante, gardée de chaque coté par 2 colosses « encarapacés ».

Des gens qui passent, un flux incessant à ma droite un groupe de Ninja encore les 3B. Y a-t-il un lien avec les 2B3 ?

Encore un serveur qui vient prendre la commande..le 1er café commandé devrait arriver.

Des touristes s’installent à coté avec un appareil photo, seraient-ce des retardataires de l’atelier d’écriture ?

3 femmes voilées passent, un homme bedonnant avec un pull rouge.

Les 3B parlent aux colosses grecs.

Une famille chinoise avec poussette, ballon jaune.

Le café arrive avec un verre d’eau, un luxe de nos jours. Le serveur nous précise que l’addition c’est pour nous.

Un être hybride accompagné d’un chien. nous demande de l’argent

Des gens se regroupent en face pour la manifestation.

Le serveur veut encaisser je crois qu’il ne maîtrise pas tout aujourd’hui.

Le bus klaxonne. Que ce carrefour est bruyant, les métros se croisent.

Une femme en manteau panthère, brushing impeccable, des poussettes, des touristes....

Un couple regarde le plan du quartier qui se trouve à coté de la boite aux lettres, perdu, les CRS ne peuvent les renseigner, ils sont grecs.

La dame cherche le « sacré cœur », ils vont demander aux manifestants, je suis curieuse d’écouter la réponse.

Un monsieur noir avec un ballon vert Mc Do, le métro, un manteau rose avec des écouteurs jaune, elle regarde le plan.

Pour le moment tout est calme, enfin tout est relatif.

La banderole se déploie en face,je perçois le mot « liberté ». Au dessus l’affiche cinématographique de « Carlos ».

Des tongs dans la poche, des rollers aux pieds, s’il tombe, il retombe sur ses pieds ?

La boite aux lettres est toujours bien gardée.

Une dame passe avec un joli caddy vert bien rempli.

Un homme avec une canne à pêche.

Un autre bout de la banderole « circuler ».

La famille juive par excellence, lui avec le chapeau posé sur le sommet du crane, femme « empéruquée »et les enfants blancs qui suivent.

La banderole bouge, ce qui à pour effet de faire pivoter mes colosses.

Un autre ballon jaune Mac Do tenu par une petite fille.

Le colosse parle et sourit.

Ça y est la banderole est en mouvement, petit cortège, la boite aux lettres est toujours bien gardée.

Un vélo suit avec une fleur de tournesol.

La place se vide, « Carlos » est dubitatif.

A part les bandeaux rouge et blanc rien ne laisse présager ce qu’il y avait 2 minutes avant.

Les colosses se sont retournés, parlent aux 2A finalement « touchés- coulés ».

Le métro passe.

Un groupe d’enfants, Léo doit traverser. Ça sent l’anniversaire organisé.

Je tourne la tête, mes colosses sont partis. Effectivement les grecs peuvent se rhabiller, nos colosses à nous bougent.

Une vieille dame poste une lettre, la boite jaune reprend sa fonction.

Un joli imperméable orange fluo, sac bleu, elle mange son sandwich en levant le petit doigt.

Embouteillage, bruit de sifflet, une fliquette au centre de la place, c’est presque un suicide annoncé.

Balai de voiture, pin-pon.

Les jeunes à coté me demandent si je connais « Pierre » qui vient de nous photographier. « Vous le connaissez ? »

« oui, oui, nous participons à un atelier d’écriture. »

Ils me regardent dubitatifs. Ils disent bonjour à un jeune qui s’arrête, finalement ce n’étaient pas des touristes.

Les sifflements, la sirène, le métro, le voisin « c’est les palestiniens, y a pas beaucoup de monde ».

2 femmes africaines en tenue traditionnelle, boubou vert et marron doré.

Je me penche sur ma droite j’aperçois des co-atelier.

Un monsieur baille adossé au feu un sac plastique noir, lèvre épaisse, il sifflote, mais je n’entends rien.

Le temps de tourner la tête il n’est plus là.

Une autre vieille dame confie sa lettre à la boite, mission accomplie.

Un bisou donné, un son qui claque.

Un oui-oui pend nonchalamment dans les bras d’un petit garçon lui même dans les bras de sa maman.

Plus aucune trace de la manifestation.

Un autre couple s’embrasse, beaucoup plus vigoureusement. Ils se séparent, elle se retourne, lui non, Et toc.

2 personnes qui courent après le bus 48.

L’hybride qui repasse avec un copain cette fois ci.

Un zèbre passe.

Les fourgons de la police défilent avec leur sirènes, les pompiers, beaucoup de bruit.

Un monsieur avec un seau et un balai.

Je souris en haut de l’affiche de « Carlos » flotte le drapeau bleu blanc rouge.

Cortège de camions.

Un monsieur « je ne sais pas ce qui se passe ? »

Un lecteur du monde.

Un léopard qui crache.

« Allo monsieur Bernard c’est Idir » homme en noir qui parle au téléphone, cannette 1664 à la main enveloppée dans un sac plastique.

Couple de touristes, valise, sac Ladurée.

Idir toujours là, sourit, monsieur Bernard doit lui donner de bonnes nouvelles.

Concentré il ne peut pas traverser et téléphoner en même temps.

Une jolie vieille dame bariolée sortant d’un cirque ou de St Anne...rouge, jaune, dorée. Elle parle avec Idir, ils rigolent. Elle traverse, Idir toujours pas.

Pcshitt, canette de coca qui s’ouvre, grand black, bonnet de bain sur la tête veste XXXXL.

Les volets de la boite jaune se font entendre. Quel succès !

« Elle a appelé Achille », moi je dis « putain » Achille ! »

Une petite fille vient de tomber, elle pleure, la maman éponge un peu de sang sur la lèvre.

Je revois le Monsieur qui était passé avec un seau et un balai qui colle maintenant une affiche sous le pont , « retraite à 60 ans », aidé par une dame en ponchos.

 

Café Jaurès

Anne Ventura


Je choisis le Jaurès –pour sa terrasse au soleil.

Envol de pigeons.

Un second. C’est la petite voiturette balai qui les chasse. Une femme au volant, s’arrête, feu rouge.

Voisin rouquin, cheveux bouclés et fines lunettes d’acier, fume une cigarette. Un café bu, 2€20 sur le ticket.

Face à moi au plus près, deux femmes face à face.

Pull rose à capuche me tourne le dos, un bas de jean, de fines baskets marron. Elle se remonte les cheveux qu’elle a pourtant courts. Un lien d’argent au poignet droit, une alliance en or à la main gauche.

Face à elle long gilet gris et écharpe noire, cheveux mi-longs, la main sous le menton.

Derrières elles, Carry Bradshaw en talons de 15 cm et robe de soirée s’avance vers nous depuis son affiche. Colonne Morris. Mais une moderne, chapeautée d’un double anneau de plexiglas style soucoupe volante.

Les serveurs en pingouins, chemises blanches, tabliers noirs, se croisent avec des plateaux d’assiettes de frites.

Mon voisin s’en va. Il se lève pour payer, aussitôt remplacé par une femme « pour manger » adresse-t-elle au serveur accouru. Elle commande aussi une blanche, « une petite. »

Passe entre Carry Bradshaw et les deux amies un africain sans âge, boubou bleu et turquoise couvert par une veste foncée sans forme, un bonnet sur la tête. Pas trainant, fatigue ? nonchalance ?

Il descend dans le métro.

Bouche à ma gauche.

Un balayeur africain en combinaison jaune et bleue est appuyé sur la rambarde. Il marche jusqu’à la poubelle, y jette quelque chose. La poubelle est gardée par deux policiers. Un troisième téléphone.

Un camping car avec vélos à l’arrière arrive de la droite et tourne à gauche.

C’est quoi cette chanson en arrière fond depuis l’intérieur du bar… Everybody ‘s looking for something Eurythmics !

« Parce qu’elle se dit, oui, Lucie, elle est pas en couple » Trois filles discutent à ma gauche. « Bah il faut qu’elle voit après l’agrég !... »

T-shirt blanc à rayures et gilet aux cheveux longs « c’est du sérieux » est penchée vers jupon et gilet ajouré marron « …déjà déçu » aux cheveux noués en chignon « non, mais il c’est barré » -elles parlent de mecs.

« Il y a quoi dans la salade provençale ? »

« Jambon cuit et melon. » Ce sera poulet fermier alors.

Sifflets irrités des agents. Une manif se met en branle dirait-on. Ils doivent revendiquer, mais je ne les entends pas d’ici.

« Oh, on aurait dû appeler Julie. »

Passe un couple en gris, les deux avec de longues écharpes roses.

Les voitures de l’avenue Jean Jaurès sont bloquées par la manif. Le métro passe au-dessus. Pompier, sirène. Sifflet de circulation.

Le métro dans l’autre sens.

A droite, une piste cyclable. Un vélib pas très sûr de lui croise une femme à casquette et queue de cheval sautillante qui court en leggings et pull bleu ciel.

Le ciel. Bleu derrière les nuages, gros moutons blancs.

« Trois heure moins vingt, moins le quart » « Oh, ça va » Les trois filles s’en vont. Pull rose à capuche a remis sa veste.

Les métros se croisent encore.

Rires, ou pleurs derrières moi, un bébé.

Les talons hauts d’escarpins noirs vernis au bout de longues jambes en leggings noir, un gros sac orange. Je ne vois pas sa tête, elle est cachée par une vitre en plexi rayée. A ces côtés, une vielle femme lourde en veste blanche, grise, écrue, s’appuie sur sa canne, un sac en bandoulière, des chaussons ouverts aux pieds. Elles attendent.

Sirène, de pompiers ?

La vieille dame hésite, s’approche et s’assoit à la table la plus au bout de la terrasse. Ce ne sont pas des chaussons, mais de très confortables sandales. Sirènes de CRS en fait. Une procession essaie de passer sous le métro à grand renfort de klaxon.

Dès que le vent soufflera chante Renaud en arrière fond.

Les piétons marchent très consciencieusement sur les voies pour vélos. Et les vélos roulent à côté, un peu. Au sol, deux carrés verts avec ronds blancs et silhouettes de cyclistes tête bêche.

Escarpins noirs attend toujours. Elle a sorti une écharpe rose vif.

Le soleil a disparu derrière les nuages qui s’amoncellent.

La manif est partie, reste la rubalise blanche et rouge.

Le métro passe en grinçant, le soleil réapparait. Un instant.

Passe un homme jeune, grand et brun, jean et pull noir, à grands pas, une baguette de pain à la main.

Pull marin et écharpe grise face à sweat gris discutent à ma gauche en mangeant « Si à quarante ans. »

Un homme en roller et i-pod aux oreilles.

Un serveur passe encore avec un plateau et une assiette de frites.

L’homme à la combinaison jaune et bleue est encore là. Un bandeau blanc dans les cheveux, il fume une cigarette. Ce n’est peut-être pas un balayeur.

Un gros bruit de moteur de BMW. Elle arrive et passe à ma droite.

Le Jaurès est une avancée entre deux rues. A gauche, la très passante avenue Jaurès, à droite, une petite rue à sens unique qui longe le canal et débouche sur la place.

Un jeune métis en trottinette.

Une femme en noir à vélo avec écharpe rose vif sur le nez. Dans l’autre sens, une asiatique, mince, cheveux au vent, avec siège enfant orange sur son porte bagage dans lequel est posé un gros sac jaune de chez Tang frères.

Les escarpins noirs et la vieille dame sont partis.

Une plantureuse mama passe, fichu sur la tête et créoles en or aux oreilles, elle marche en se dandinant, un sac plastique se balance au bout son bras.

« Je veux l’adition s’il vous plait » Le poulet est mangé.

De l’autre côté de la rue, Resto de la Gare en néon fluo mauve, le O de resto en forme de cœur. Quelle gare ? A côté, Télé pop Music, énormes lettres blanches en relief sur fond vieux vert.

Passage de camions sirènes hurlantes, puis camion de pompier, en même temps le métro.

3h05 dit la pendule accrochée au réverbère, il y a un drapeau bleu blanc rouge qui flotte sur fond de feuillage tout en haut.

Un pigeon téméraire se glisse sous ma table. Coup de pied.

Sirènes de la police, cette fois la procession vient de sous le métro aérien et tourne à droite.

Passants engoncés dans des vestes, et des pulls, et des écharpes croisent d’autres passants en bras de chemise et lunettes de soleil. Ceux qui croient au printemps, et les méfiants.

L’écharpe jaune se roule une cigarette « Elle m’a dit, c’est fou. »

Il y a l’œil de Juliette Binoche qui apparait régulièrement, aux côtés de Carry Bradshaw. Cheveux noirs, bouche rouge. Carry ne bouge pas, elle, ça doit-être cassé de ce côté de la colonne Morris.

Derrière, une banderole fluo, écriture noire sur fond jaune, brocante les 22 et 23 mai.

Les pingouins passent et repassent. La terrasse c’est vidé peu à peu.

Rent a car, une fourgonnette jaune de la Poste attendent au feu. Deux scooters, une voiture blanche.

Le métro passe en grinçant de gauche à droite.

Puis le métro dans l’autre sens.

Ballet de vélos sur la piste cyclable à droite.

Éclaboussures d’une voiture qui passe vite à l’orange, le caniveau est plein d’eau. Pompier, sirène.

Une petite fille en roller roses s’appuie sur le bras d’un vieux monsieur à moustache, casquette et veste beige.

Passe une femme en rouge, long jupon à rayures, breloques, foulard dans les cheveux, une gitane ?

Un moineau sautillant fait la terrasse.

Dutronc implore de grâce, de grâce, Monsieur le promoteur.

Deux hommes en vert et jaune fluo balayent le caniveau plain d’eau.

Deux messieurs s’installent à la terrasse, avec un chien. Lunettes, l’un de soleil, l’autre de vue, les deux avec casquettes et moustaches. Etudient la carte des boissons.

Vélos, métros, dans les deux sens, voiture balai à droite, grappes de piétons qui traversent.

« Une Pelfort blonde ça te va ? » Le chien est très poilu. Petit et très poilu. Finalement, deux Sauvignons. « Je vais finir de creuser ma tranchée. 80 cm, 25 mètres. Là, j’ai bientôt fini. »

Je règle mon Perrier, 3€80, je me lève.

Et Polnareff chante qu’on ira tous au paradis.

1 commentaire
  • Tentative d’épuisement d’un lieu : Place Stalingrad, Paris 16 mai 2010 23:01, par brigitte celerier

    formidable la diversité des regards - Je me demande ce que ça aurait donné avec une place plus hors circuit, où tout ou presque aurait eu le temps d’être noté. Commun : la manif de policiers, des sacs, la femme en boubou jaune (deux fois)

Tentative d’épuisement d’un lieu parisien : Place Stalingrad
Publié le 16 mai 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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