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LIMINAIRE
Séance 221



Proposition d’écriture :

Une écriture instinctive, triviale, qui lutte de vitesse et de précision avec la sensation, qui n’est que transition, glissements, empreintes pulsionnelles. L’écriture comme poursuite de l’activité désirante par d’autres moyens. Le réel se dédouble, se déboîte, s’ouvre, se révèle, par le regard qui semble déchiffrer dans la vie animale les prémices d’une forme de mythologie retrouvée, avec ses monstres et ses divinités tutélaires.

La Nue-bête, Sophie Loizeau, Editions Comp’Act/La Polygraphe, 2003.

Présentation du texte :

Dans une collection qui prolonge l’excellente revue La Polygraphe, dirigée par Henri Poncet, voici le second recueil de Sophie Loizeau (après Le Corps saisonnier paru au Dé bleu en 2001). Sobre et beau livre où plantes, animaux, gestes immémoriaux de la campagne devenus aujourd’hui presque irréels (celui des lavandières, par exemple) sont saisis par le regard d’une jeune femme en deuil d’une origine perdue, qui semble déchiffrer dans la vie animale les prémices d’une forme de mythologie retrouvée, avec ses monstres et ses divinités tutélaires.

Les poèmes oscillent entre une écriture instinctive, triviale et une autre qui semble s’inventer elle-même mais que Sophie Loizeau s’applique à re-travailler : syntaxe éclatée, utilisation modérée des blancs et immodérée du retrait d’alinéa. Deux registres aussi apparaissent, qui correspondent aux deux modes d’écriture. L’un réaliste et cru, l’autre relevant du fantastique « aux peupliers pendent/de petites mains de singes. »

Dix suites de poèmes composent le recueil. Chaque suite a été écrite sur une période de deux à trois mois et en des lieux précisés. C’est ce que laissent croire les annotations ajoutées. Mais plus que le temps qui passe, c’est le temps qu’il fait qui importe et les lieux révèlent l’élément principal (eau, terre) qui influence le poème. Il s’agit, après Le Corps saisonnier (Le Dé Bleu, 2001), du deuxième recueil de Sophie Loizeau.

Entre le dedans et le dehors, le corps et le décor s’établissent des relations qui évoquent un peu l’univers des légendes ou des contes : en filigrane se devinent l’appel de la jouissance primitive, ou les tourments du manque ou de l’interdit.

Extrait :

« Figures de la plaie

I

empreinte de mon sexe

tirée sur vergé

rien ne consent autant au secret

qu’un sexe de femme

(le fin fond d’un livre

sa complexité

d’écorchure)

mon sexe d’encre est d’azur

pénombre

et bleu m’apparaît

sous les traits d’un autre

à tout prendre : un astrakan

II

les figures qu’on croyait mortes

changent de profils

se meuvent imperceptiblement un ciel dévore

l’autre la fleur sombre

autour

des plaies de l’ange tourne comme une

mouche bleue

donne

la définition juste de l’entraille

du don physique

il y a des guêpes aussi

le ciel qui reste est plein

de ces petits insectes acides tués au vol chacun

son tour

III

la tournure que prennent les choses

une fois le geste accompli pour peu

qu’un grand Pélican naisse

à notre rencontre

les ailes fortement arquées

dans l’air et le bec long ramené

sur sa poitrine

il flotte autour de lui

un effet d’eau lourde

de marée noire déchirée

par endroit de sorte qu’elle apparaît

blanche aussi la mer et

parcourue de sombres

filaments en forme de formules

d’attaches parisiennes de clous de girofle –

qui ne nous disent rien d’abord – mais qui sont

la nourriture de l’oiseau

IV

ce que la tache a de visage humain

le dissimule en museau

en gueule de loup foncièrement ouverte aux plaies

je ne puis rendre à l’homme

qu’à travers un masque – un son émis derrière

une encre plus dense –

c’est que le visage échappe

et l’expression de la plaie ne peut

rien montrer »

La Nue-bête, Sophie Loizeau, Editions Comp’Act/La Polygraphe, 2003.

Présentation de l’auteur :

Sophie Loizeau vit à Versailles. Elle est psychpologue. Ecrivain, elle a collaboré à différentes revues, notamment : La Polygraphe, ’Le Mâche-Laurier, Rehauts, Passage d’Encres, Petite, Grèges, ’Contre-allées... Egalement à l’anthologie Autres territoires d’Henry Deluy. Sophie Loizeau a publié : Le corps saisonnier, Le dé bleu, 2001. La Nue-bête, Comp’Act, 2003. Environs du bouc, Comp’Act, 2005. Ce recueil a reçu le prix Ivan Goll de poésie 2005. Albine, roman inachevé de George Sand, Comp’Act, 2005. Elle prépare son prochain livre La femme lit.

Liens :

Article sur le livre paru dans Le Matricule des Anges

Présentation du livre sur le site de son éditeur L’Act Mem

Sophie Loizeau dans l’anthologie permanente de Poezibao

Sophie Loizeau : La Nue-bête
Publié le 25 janvier 2008
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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