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LIMINAIRE
Séance 202



Proposition d’écriture :

Ébaucher un récit de voyage, avec tous ses éléments constitutifs, mais dispersés dans un temps discontinu, avec les petits détails techniques des préparatifs, les sacs qu’il faut remplir, les affaires qu’on emporte, celles qu’on oublie, les cartes qu’on déplie une fois arrivé, la langue qu’on ne comprend pas, la surprise des premiers jours, les errances, les incertitudes et les menues joies qui vous saisissent. Toutes choses qui nous traversent, dont il faudrait saisir et comme arrêter l’identité fugitive, en notant avec fébrilité l’apparition sous la forme de « fragments » dérisoires, laissant toujours insatisfait.



Chao Praya, Sereine Berlottier, Editions Apogée, 2007.

Présentation du texte :

Il s’agit là aussi d’un voyage, mais où le désir de connaissance est en quelque sorte interdit par une langue indéchiffrable, où les seuls fragiles repères sont des cartes, où les mots n’ont plus vraiment cours comme une monnaie qui n’existerait plus. Voyage qui de ce fait mais aussi intrinsèquement, c’est évident, se transforme en errance, comme si la perte des mots était aussi perte de repères fiables. Seul arrimage possible, ses mots à soi, et le « carnet japonais » où se trouvent collées, décollées, recollées toutes sortes de traces, guère plus interprétables sauf en tant que souvenirs d’un passage : tickets d’entrée, dépliants, prospectus...

Une écriture traversée par une vibration, un tremblement d’angoisse, qui se précipite le regard de vision en vision, enchaînant des détails fragmentaires et étranges, par delà les précipices d’une absence obsédante, et qui vous enivre tout au long d’une longue mélopée brutale mais mélodieuse. Comment ne pas aimer avec passion ?

Extrait :

« Fragment arraché au petit carnet

japonais une preuve : nuages bleus

traversés d’éclairs blancs, yesterday at

6.20, today maximum weather and

clouds on n’en saura rien.

Un homme sous l’arbre. Un homme

fume et boit une bière. Un homme

écrit. Son visage semble jeune. Sa

main bouge mais sa bouche

demeure invisible.


ainsi dans le ciel gris.


L’écran nacré de la moustiquaire.


Déchiré, décollé. S. dit : douce-

ment. Réfléchis. »

Chao Praya, Sereine Berlottier, Editions Apogée, 2007.

Présentation de l’auteur :

Sereine Berlottier est née en 1971. Elle vit et travaille à Paris. Elle a publié des textes dans plusieurs revues (Perpendiculaire, Bleue, Exit, Triages, Le Nouveau Recueil, remue.net.) et un roman, Nu précipité dans le vide, paru aux éditions Fayard en 2006.

À signaler, une importante séquence de textes Chao Praya, dans le numéro 79 de Le Nouveau Recueil, juin-Août 2006, présentée par Benoît Conort.

Liens :

Présentation du livre de Sereine Berlottier sur la revue Remue.net

Mezza Voce, un texte de Sereine Berlottier sur Remue.net

Chao Praya sur le site de Florence Trocmé Poezibao

Sereine Berlottier : Chao Praya
Publié le 13 septembre 2007
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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