| Accueil
LIMINAIRE
Séance 356


Proposition d’écriture :

Tenter de dissoudre les faits et gestes, les pensées et les désirs d’un individu qui est indécision, en faisant commencer systématiquement toutes les phrases du récit par je. Marche, gestes, actions, regards, paroles, décisions, regrets. À force de répétition, révéler la complexité d’une subjectivité en mouvement, « comme si, en prenant toujours le même appui, la phrase pouvait non seulement faire oublier la vibration du plongeoir mais jusqu’à la notion même de plongeoir, pour ne retenir, et n’éprouver que le saut. »

JE, Rémi Marie, Léo Scheer, Collection Laureli, 2010.

Présentation du texte :

« Le premier livre de Rémi Marie, écrit Claro sur son blog, tente de dissoudre son récurrent sujet, à force de répétition, comme si, en prenant toujours le même appui, la phrase pouvait non seulement faire oublier la vibration du plongeoir mais jusqu’à la notion même de plongeoir, pour ne retenir, et n’éprouver que le saut. Donc, dans Je, toutes les phrases commencent par je — c’est un procédé, mais il faut bien procéder, face à la réalité de la page l’enfant n’est plus de chœur. »

« Lancé dans le monde, Je découvre, rencontre, respire, aime et c’est si facile, marche, lit, regarde, habite à Vienne, écrit, parle, pense, aime et c’est si difficile, vit en colocation, traduit, écoute de la musique, fait la cuisine, roule à vélo, prend le tram, aime. Un récit au charme hypnotique où l’on découvre toute la simple complexité d’une subjectivité allant toujours plus loin dans l’ego pour en annihiler l’insupportable emphase et dessiner le squelette fragile des affects, des désirs. Un moment d’émotion et de vérité porté par une langue rythmée, évidente. »

Extrait :

« Je marche dans la rue déserte, je me regarde marcher dans la rue déserte, j’écoute le bruit de mes pas dans la rue silencieuse, je boutonne mon col, j’ai froid à l’intérieur, je suis un peu saoul, je suis un peu saoul mais ça n’aide pas, je marche vite pour dissiper l’alcool, je suis les rails du tram, je marche vers westbanhof, je marche vite, je ne sais pas pourquoi je suis parti, je sais pourquoi, je connais le contrat, j’ai fixé la règle, je joue le jeu, je suis parti très vite, je ne m’y attendais pas, je n’ai rien dit, j’ai repris mon pull sur tes épaules, j’ai mis ma veste en cuir, je me suis enroulé dans ton écharpe africaine, je suis sorti, je n’ai pas voulu discuter, je t’ai dit ne complique pas tout, je suis sorti, j’ai demandé mon chemin à stefan, je suis ses indications, je tourne à droite encore à droite, je me guide maintenant aux rails du tram 43, j’arrive à westbanhof, je sais qu’il est trop tôt pour le premier u-banh, je continue tout droit, je marche vers le centre, je descends les rues vers le centre, je croise quelques passants, je regarde le sol, je ne regarde rien, je marche pour m’empêcher de penser, je sens les pensées qui me rattrapent, je sens les pensées en embuscade, je marche plus vite, je marche jusqu’au ring... »

JE, Rémi Marie, Léo Scheer, Collection Laureli, 2010.

Auteur :

Rémi Marie vit et travaille à Digne-les-Bains. Il a publié en revues. JE est son premier livre.

Liens :

Extrait de l’ouvrage sur le site des éditions Léo Scheer

Critique du livre par Claro sur son blog La Clavier Cannibale

Rémi Marie : JE
Publié le 27 août 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
Ateliers d’écriture Récit Ville Biographie Dérive Désir Portrait






© LIMINAIRE 2011 - Créé par Pierre Ménard avec SPIP - Administration - Sur Publie.net - contact / @ / liminaire.fr - RSS RSS Netvibes Liminaire Suivez Pierre Ménard sur Facebook Suivez Pierre Ménard sur Twitter