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LIMINAIRE
Ateliers d’écriture à Sciences Po Paris


Une série de douze ateliers d’écriture durant le deuxième semestre des étudiants en première année de Sciences Po, ayant pour but de procéder à l’écriture collective d’une pièce sonore sous la forme d’un récit urbain (entre audioguide, audiolivre et dérive urbaine situationniste).

Les objectifs pédagogiques et les contenus des ateliers artistiques sont définis en adéquation avec le projet éducatif de Sciences Po : développer l’imagination créative, le sens de l’observation, l’analyse critique, la capacité à s’exprimer en public et à argumenter ; l’aptitude à la prise de responsabilités et à l’autonomie, la faculté à susciter une pensée originale et décentrée et le sens du collectif.

The Naked City : illustration de l'hypothèse des plaques tournantes en psychogéographique, 1957

 

 

 

 

 

 

Ces enseignements invitent les élèves à s’interroger sur les arts en tant que moyens d’étude, d’approfondissement et de représentation des enjeux contemporains. Ils cherchent, en outre, à stimuler la sensibilité, les facultés de communication et l’acuité intellectuelle de nos étudiants, lesquels sont encouragés à libérer leur imaginaire, à explorer leurs capacités d’expression écrites, orales, sensorielles, corporelles, la connaissance d’eux-mêmes et de l’autre.

« Le récit est une délinquance en réserve. »

Michel de Certeau


Le but de cet atelier est de sensibiliser les élèves à l’écriture créative et de les amener progressivement de la sensibilisation vers la création d’un texte dans sa dimension sonore. Pour cela, ils découvriront un ensemble d’auteurs contemporains utilisant le son dans leur écriture ou la diffusion de leurs textes, et ils apprendront également à créer, enregistrer et manipuler des sons, bruits de la ville ou lectures de textes écrits en cours, à élaborer le scénario d’une pièce sonore collective sous la forme d’un récit urbain (entre audioguide et dérive urbaine situationniste).

« La dérive est une manière d’errer dans la ville pour sa découverte en tant que réseau narratif, d’expériences et de vécu. »

« L’analyse écologique du caractère absolu ou relatif des coupures du tissu urbain, du rôle des microclimats, des unités élémentaires entièrement distinctes des quartiers administratifs, et surtout de l’action dominante des centres d’attraction, doit être utilisée et complétée par la méthode psychogéographique. Le terrain passionnel objectif où se meut la dérive doit être défini en même temps selon son propre déterminisme et selon ses rapports avec la morphologie sociale. Chombart de Lauwe dans son étude sur "Paris et l’agglomération parisienne" (Bibliothèque de sociologie contemporaine, PUF, 1952) note qu’ "un quartier urbain n’est pas déterminé seulement par les facteurs géographiques et économiques mais par la représentation que ses habitants et ceux des autres quartiers en ont " ; et présente dans le même ouvrage - pour montrer "l’étroitesse du Paris réel dans lequel vit chaque individu géographiquement un cadre dont le rayon est extrêmement petit " - le tracé de tous les parcours effectués en une année par une étudiante du XVIe arrondissement : ces parcours dessinent un triangle de dimension réduite, sans échappées, dont les trois sommets sont l’Ecole des Sciences Politiques, le domicile de la jeune fille et celui de son professeur de piano. »

Extrait de la Théorie de la dérive de Guy Debord

Point de départ :

Cet atelier s’inspire largement des « audio walks » de l’artiste canadienne Janet Cardiff, parcours sonorisés menés en ville, en forêt, dans l’espace du musée ou dans les jardins de la villa Médicis. Son idée est simple, Janet Cardiff écrit de remarquables fictions sonores, inspirées par le cinéma mais souvent teintées d’autobiographie, destinées à être écoutées lors de promenades réalisées par les spectateurs de ses expositions. Le ton intimiste de sa voix, qui guide le flâneur le long du parcours, est mixé avec des sons enregistrés préalablement sur le même trajet, créant chez l’auditeur une étonnante confusion des sens, entre ce qu’il peut percevoir de son environnement, et ce qu’il entend à travers le casque.

L’atelier s’articule autour des étapes suivantes :

Ecriture de textes dans leur dimension sonore.

Éveil à l’art de la création sonore par l’écoute et l’échange.

Séances de lecture à voix haute, d’écoute.

Utilisation d’enregistreurs numériques et prises de son.

Sensibilisation à l’échantillonnage.

Composition (montage et mixage) d’un récit sonore collectif.

Un homme qui dort, film réalisé par Georges Perec et Bernard Queysanne

 

 

 

 

 

 

 

Scénario du récit :

Écrire un récit collectif avec du texte et du son. Un récit que l’on peut lire et écouter, un récit dont le sens se construit à l’intersection de la lecture et de l’écriture.

Un récit fonctionnant par interférences : texte lu, texte dit et non-dit s’y entremêlent, avec superpositions sonores et musicales, entre audioguide et audiolivre.

Le récit d’une dérive, celle d’un étudiant du nom de Robinson, qui, après s’être renfermé sur lui-même pendant plusieurs mois, enfermé le plus souvent dans sa chambre, ou errant seul en ville, remet en cause toutes ses activités et tous ses projets et se plonge volontairement dans une sorte d’hibernation, une lente déambulation urbaine. Il vit ainsi en dehors du temps, en dehors du monde jusqu’à ce qu’apparaissent les limites et les dangers de cette expérience radicale. Jusqu’à ce que « tout recommence, que tout commence, que tout continue. » Et qu’il « cesse de parler comme un homme qui rêve. »

Le récit s’inspire du thème et de la forme du troisième roman de Georges Perec, publié en 1967 : Un homme qui dort.

Structure de la pièce sonore :

Les injonctions :

L’auditeur-flâneur se laisse guider à travers les rues et les ruelles du quartier de Sciences Po. Le récit écrit par les élèves prend tour à tour la forme d’une flânerie urbaine ou celle d’un repérage cinématographique ou encore celle d’une méditation sur le temps.

Le spectateur-flâneur doit suivre à la règle les instructions qui lancent puis interrompent régulièrement le récit de la déambulation du personnage de l’histoire racontée :

1, débutez votre marche sonore. 2 : écoutez les bruits de la rue. 3 : laissez les sons diriger votre itinéraire. 4 : traversez la rue en courant. 5 : fermez les yeux. 6 : chantez à tue-tête. 7. Regardez derrière-vous. 8. Revenez sur vos pas sans réfléchir.

« D’un certain côté, peut-on lire dans l’article consacré à la Poétique de l’exploration urbaine, sur Urbain trop urbain, le flâneur voyage mentalement, il « robinsonne », comme dit Rimbaud (le nom « Robinson » a d’ailleurs une fortune étonnante dans la littérature psychogéographique au sens large). »

Les capsules sonores :

Tout au long du semestre, les étudiants travaillent sur la création de capsules miniatures réalisées à partir d’une sélection de documents sonores issus de la collection de l’Encyclopédie de la parole, sur le mode plaisant de la dérive et de l’association d’idées, pour former une promenade en zig-zag à travers ses différentes entrées.

La pièce sonore réalisée avec les élèves est constituée de plusieurs de ces capsules miniatures imbriquées dans le récit sous la forme d’un audioguide.

Le Bunker à Londres

 

 

 

 

 

 

 

Un audioguide en forme de fiction (audiolivre) :

À l’issue de cette série d’ateliers de création, un récit sous forme de parcours sonore diffusé au casque pour lecteur mp3 et écoute in situ est mis à disposition en téléchargement libre proposant un parcours-récit dans la ville.

Équipé d’un téléphone portable (smartphone) ou d’un iPod, d’un iPad, muni d’un casque audio, le spectateur est invité à suivre un trajet précis à travers la ville (sur une carte mise à sa disposition).

Ce trajet est conçu comme un film sans image, un scénario sonore à ciel ouvert à travers Paris, reliant plusieurs quartiers autour de Sciences Po (La place Saint-Sulpice, la Seine, le Louvre, l’Opéra).

Un parcours in situ, au fil de la dérive. Par le son, il projette un lieu sur l’autre, sous forme de palimpseste sonore, transforme la perception des espaces et introduit de la fiction dans la réalité : une ville hantée par le fantôme sonore d’un autre territoire, sa trace qui perdure et perturbe l’environnement sonore directe, nous faisant perdre nos repères ou mettant nos sens à l’affût, dans cette rencontre entre ces sons contenus dans la pièces sonores et les sons qui proviennent de l’environnement urbain de l’auditeur déambulant, créant ainsi d’infini possibles à explorer : une ville à inventer.

Un texte à lire et à écouter in situ ou dans son salon.

Travail des élèves :

Pendant les ateliers :

Création d’un parcours à travers la ville sur Google maps.

Ecriture de textes en classe à partir d’ateliers d’écriture dont la plupart sont disponibles dans l’ouvrage de Pierre Ménard, Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d’écriture, édité par Publie.net en 2010.

Echantillonnage de sons, de textes lus et de musique. Mixage d’enregistrements sonores (bruits de ville trouvés dans différentes banques de sons) et musicaux (extraits de bande son de films remixés).

Textes écrits en ateliers puis retravaillés en texte collectif (récit enregistré par l’auteur).

Injonctions intervenant de manière intempestive dans le récit (écrites en ateliers, lues et enregistrées par les élèves).

Extraits des pièces sonores individuelles composées pendant l’ensemble du semestre par les élèves.

Entre les ateliers :

Chaque élève doit travailler à la composition d’une pièce sonore individuelle, d’une quinzaine de minutes, réalisée à partir du mixage de fichiers sonores disponibles sur la banque de son de L’Encyclopédie de la parole. Ces fragments sonores seront mêlés au récit collectif sous forme d’audioguide, pour y ajouter des perturbations.

Écriture de textes en atelier en vue d’élaborer un corpus (matière à réutiliser dans le récit final) :

Un homme qui dort, Georges Perec, Gallimard, Folio, 1990.

L’occupation des sols, Jean Echenoz, Minuit, 1992.

Sombre les détails, Guillaume Fayard, Le Quartanier, 2005.

La ville d’une pièce (extrait), Guillaume Fayard, Remue.net, 2006.

France audioguide, Philippe Adam, Publie.net, 2009.

Les zones ignorées, Virginie Gautier, Les éditions du chemin de fer, 2010.

Écriture sonore (matière à réutiliser dans le récit final) :

On va pas sortir comme ça on va pas rentrer, Thomas Braichet, POL, 2003.

Poésie Sonore Internationale, Henri Chopin, Jean-Michel Place éditeur, 1979.

Le carrefour de la chaussée d’Antin, Bernard Heidsieck, Al Dante, Collection ’’Niok’’, 2002.

Olivier Cadiot / Rodolphe Burger, « Totem & Tabou », in CD audio, Hôtel Robinson, Dernière bande, 2002.

Dérive Project / http://www.deriveproject.com/index.html

 

 

 

 

 

 

Liens :

Paysages sonores :

Dérive et dérivation. Le parcours urbain contemporain, poursuite des écrits situationnistes ?

Paysage sonore, discontinu et oubli, Daniel Deshays

Paysage sonore et expérience sensible récit d’un environnement esthétique

Ecoutes complémentaires :

Locus Sonus

Nujus, Jérôme Joy

No cinema, Jérôme Joy

Parcours sonores et déambulations urbaines :

Déambulations urbaines

Sherbrooke

Les voix de la ville | http://lesvoixdelaville.com/

Banque sonore de parcours

Essai de description psychogéographique des Halles

Ballade musicale et d’expérimentation sonore :

RadioMentale

Pierre-Yves Macé

Dominique Petitgand, Le sens de la mesure

Dominique Petitgand, Rez-de-chaussée

Dominique Petitgand, Le bout de la langue

Sylvain Chauveau

Anne-James Chaton

UbuWeb

MOILLESULAZ 1:1 Stéphane Degoutin, Elie Kongs, Gwenola Wagon 2008

Radio :

ArteRadio

SilenceRadio

Textes :

Thomas Braichet

Guillaume Fayard



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