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LIMINAIRE
Ateliers d’écriture à Sciences Po Paris : la ville à l’écoute #4


Une série de douze ateliers d’écriture durant le deuxième semestre des étudiants en première année de Sciences Po, ayant pour but de procéder à l’écriture collective d’une pièce sonore sous la forme d’un récit urbain (entre audioguide, audiolivre et dérive urbaine situationniste).

Les objectifs pédagogiques et les contenus des ateliers artistiques sont définis en adéquation avec le projet éducatif de Sciences Po : développer l’imagination créative, le sens de l’observation, l’analyse critique, la capacité à s’exprimer en public et à argumenter ; l’aptitude à la prise de responsabilités et à l’autonomie, la faculté à susciter une pensée originale et décentrée et le sens du collectif.

Chantier de la piscine de Bagneux, février 2013

 

 

 

 

 

 

 

Ces enseignements invitent les élèves à s’interroger sur les arts en tant que moyens d’étude, d’approfondissement et de représentation des enjeux contemporains. Ils cherchent, en outre, à stimuler la sensibilité, les facultés de communication et l’acuité intellectuelle de nos étudiants, lesquels sont encouragés à libérer leur imaginaire, à explorer leurs capacités d’expression écrites, orales, sensorielles, corporelles, la connaissance d’eux-mêmes et de l’autre.

Le but de cet atelier est de sensibiliser les élèves à l’écriture créative et de les amener progressivement de la sensibilisation vers la création d’un texte dans sa dimension sonore. Pour cela, ils découvriront un ensemble d’auteurs contemporains utilisant le son dans leur écriture ou la diffusion de leurs textes, et ils apprendront également à créer, enregistrer et manipuler des sons, bruits de la ville ou lectures de textes écrits en cours, à élaborer le scénario d’une pièce sonore collective sous la forme d’un récit urbain (entre audioguide et dérive urbaine situationniste).


Chantier de la piscine de Bagneux, février 2013

 

 

 

 

 

 

 

« Zoner, c’est au fond accepter que nous avons renoncé à observer d’autres sujets comme on observe des fourmis ou des myosotis. Et que nous sommes avec les fourmis, les myosotis et les autres humains à la fois sujets et objets d’observation, nous regardant les uns les autres avec la stupéfaction des voyageurs à pied qui n’ont pas réservé à l’auberge. C’est un grand soulagement et un intense plaisir. Zoner, c’est confier aux étoiles le soin d’organiser nos terrains en y tressant contraintes, aléas et silence. Nous savons ce que nous voulons et nous nous laissons dériver au fil des heures et des chemins vers où nous guide l’intuition de nos penchants et des accidents. Zoner, c’est accepter d’être multiples et de confier à cette multiplicité de jouer des effets de relief de la réalité. Et c’est aussi admettre de n’être qu’un de sorte à rassembler toute expérience aussi farfelue soit-elle dans la connaissance singulière du sujet traité. »

Marc Hatzfeld [1]

Cette quatrième séance est l’occasion de terminer l’écriture de notre récit collectif à partir de textes d’auteurs ayant travaillé sur la ville. Aujourd’hui, c’est celui de Philippe Adam qui retient notre attention, à partir de son livre édité par Publie.net : France audioguide.

« Ce combat de la langue et du réel, écrit François Bon dans sa présentation de l’ouvrage de Philippe Adam sur Publie.net, s’il est fondateur pour les formes littéraires, se fait par l’écart, la subversion. Ainsi, font partie de ce réel ses propres systèmes de représentation. Un audioguide ? Il y a quelques années, on voyait les visiteurs déambuler dans les musées, un énorme bâton-jouer à la main, avec des tas de boutons et de réglages, qu’on s’appliquait à l’oreille quand tout allait bien et qu’on pouvait enfin regarder le tableau.

Aujourd’hui, le lieu d’autres chamboulements : un iPod et une liaison wifi, l’environnement sonore change à mesure de vos déambulations, ou bien s’affiche sur votre téléphone portable le guide précis du quartier que vous découvrez dans la ville inconnue.

C’est ce processus que Philippe Adam détourne : voici, en 71 figures, 71 visites organisées d’un noeud précis de la réalité, tour à tour violente, symbolique, usée, faussement fière... Et délicatement, on retourne le sens, en jouant seulement sur les catégories du discours. »

Chantier de la piscine de Bagneux, février 2013

 

 

 

 

 

 

 

« 1.

À cet endroit furent entreprises des fouilles qui ne donnèrent pas grand-chose, confirmant l’intuition de ceux qui ne s’étaient jamais demandé ce qu’il pouvait y avoir en dessous. »

2.

Ici étaient des champs bordés de petites haies ; plus loin un bois qu’on appelait forêt les jours où avec l’ennui venait l’envie de se faire peur.

3.

En ce temps-là l’air n’était ni trop chaud, ni trop froid, on s’y promenait sans rencontrer de résistances. La pluie ne tombait jamais à l’improviste. Quand le soleil se levait, on était déjà debout ; quand il se couchait, on était déjà mort, et les nouvelles générations reprenaient gaiement la tâche laissée en plan par les aînés, tel maudissant son père d’avoir sorti les chèvres sans se soucier de les traire, tel autre constatant qu’il manquait la corde au puits où il avait pourtant bien décidé de se pendre, tous ruminant des vengeances qui condamneraient la ville à n’être plus qu’un tas de cendres, une arène, une étable où les bouses l’emporteraient de très loin sur le foin.

4.

Ici s’élevaient les ruines d’un temple qui eut peut-être ses fidèles, ses adeptes et ses curieux mais où, de toute façon, plus personne n’allait et dont il ne reste rien, aujourd’hui, absolument rien, le visiteur découvrant peu à peu un espace vide, plat, offrant une vue bien dégagée sur la ville.

5.

Fêtes des blés, abrégées quand le vent, la pluie et la grêle venaient endeuiller les moissons.

Philippe Adam, France audioguide

Chantier de la piscine de Bagneux, février 2013

 

 

 

 

 

 

 

Proposition d’écriture :

Après avoir déterminé trois itinéraires pour notre audioguide à travers Paris, avec pour seule obligation de partir de Sciences Po et de traverser la Seine pour passer de la Rive gauche à la Rive droite, dans un parcours qui ne dure pas plus d’une heure à pied, reproduire ensuite ces trois parcours sur Google Maps.

Dans l’un de ces parcours au choix, à la manière d’un audioguide que l’on détourne de sa forme un peu rigide, décrire son trajet à travers une trentaine de lieux, d’étapes, comme autant de visites dans des endroits différents à différentes époques, en convoquant leur histoire par strates variées comme on franchit, parfois même sans presque s’en rendre compte, les barrières du temps quand on traverse une ville. Paris est une ville palimpseste où les métamorphoses de l’urbain sont quasi-permanentes. Le territoire de la capitale se construit, se détruit, se reconstruit et des traces palpables de l’ancien demeurent sur la nouvelle trame urbaine. Construire au fil du chemin un récit urbain entre réalité et fiction, souvenirs personnels et mémoire historique. Réinventer la ville, à travers des archives sonores, des photos, des textes que l’on emprunte, dont on travaille la forme pour en détourner le propos, une mémoire imaginaire se construit, se partage.

À écouter, pour exemple, l’audioguide le long de la Seine à Alfortville, d’une durée de 45 minutes, écrit et réalisé par Éric Arlix & Charles Robinson dans le cadre de leur résidence à la librairie l’Etabli d’Alfortville).




Textes des étudiants :



[1] Marc Hatzfeld, Zoner, une errance dans l’émergence



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