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LIMINAIRE
Séance 233



Proposition d’écriture :

Un portrait de la douleur, sous la forme d’un journal anachronique, décrire ce que le corps et l’esprit endurent dans cette épreuve.

Mouvement par la fin, Philippe Rahmy, Cheyne éditeur, Collection Grands Fonds, 2005.

Présentation du texte :

Sous la forme d’un journal anachronique, Mouvement par la fin est un portrait de la douleur qui transcrit jour après jour les épreuves endurées par l’esprit et le corps harcelé par les attaques d’un mal inflexible.

Contre la tentation du désespoir ou la conviction de la fatalité, une liberté est possible pour qui a choisi d’accepter pleinement sa condition. Le livre de Philippe Rahmy ne donne pas de leçon mais il dit la simplicité d’une vie rendue à son innocence et qui s’offre aux autres comme une main tendue.

« Notes d’un journal anachronique, échardes arrachées au corps souffrant, étincelles dispersées dans l’air. Très loin de toute complaisance narcissique, ce portrait de la douleur est un constat transcrit jour après jour de ce que le corps et l’esprit endurent dans l’épreuve. »

Extrait de la postface de Jacques Dupin.

Extrait :

« Je me résous à parler puisque cela aussi sera emporté.

Quelques minutes avant mes plus longues crises je vois distinctement, je vois car la joie est alors mon seul besoin, des trombes d’eau s’abattre par une ouverture du plafond et dans la mer d’orage se déplacer la masse noire d’un soleil.

Mon lit porte un corps à peine redressé.

Ce corps est un angle où ton regard se déchire. Dans sa plaie il vit.

La tête te fixe.

L’épaule gauche est bandée, elle saigne abondamment, le bras est tendu, un fer le traverse, la main est posée sur les organes génitaux, elle tient un drain où caillots et cristaux coulent avec l’urine. L’autre main écrit machinalement dans un cahier à couverture noire. L’abdomen est proéminent, les hanches crevées par l’escarre. Les jambes en lames sont recroquevillées à plat comme la drogue les a fauchées.

Aujourd’hui s’achève sans infléchir une crise qui prolonge sa veille. Ma chambre est aux courants d’air. L’océan vient, je suis sa lumière et son cri.

Le sternum est découpé pour une intervention sur le cœur qui bat un rythme de métal. Un tuyau jaune-guêpe est planté dans la gorge, il crache des antibiotiques à l’intérieur d’un ventricule.

Je m’autorise une injection dont le pouvoir ne désagrège pas la douleur mais la couvre d’une peau et m’isole pour un temps dans un corps dont je peux écrire.

Génétique, mon infirmité me domine. Penser à elle mène vers sa perfection l’œuvre de la maladie. À force de souffrir le discours s’élabore, esprit venu sur les déplacements du ciel.

N’as-tu jamais attendu l’ange du matin ? »

Mouvement par la fin, Philippe Rahmy, Cheyne éditeur, Collection Grands Fonds, 2005, pp7-10.

Présentation de l’auteur :

Philippe Rahmy est né à Genève en 1965. Il est atteint de la maladie des os de verre. Philosophe de formation, égyptologue de prédilection, il vit à Lausanne et fait partie des membres fondateurs de remue.net créé par François Bon. A publié : Mouvement par la fin, un portrait de la douleur, Cheyne Editeur, coll. Grands Fonds, 2005 et Demeure le corps, chant d’exécration, et « Architecture nuit », Cheyne Editeur, coll. Grands Fonds, 2007. Ainsi qu’un récit expérimental, aux éditions publie.net.

Liens :

Un extrait du livre sur le site Suisse de Culturactif

Chroniques d’incertitudes de Philippe Rahmy sur Remue.net

Biobibliographie de Philippe Rahmy sur Remue.net

Critique du livre Demeure le corps sur le blog de Jean-Louis Kuffer

[Architecture Nuit sur Publie.net|http://www.publie.net/tnc/spip.php?...]

Philippe Rahmy : Mouvement par la fin
Publié le 20 avril 2008
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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