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LIMINAIRE
Séance 349


Proposition d’écriture :

Raconter l’itinéraire d’un homme en quête d’identité, face au fleuve, en le restituant de façon linéaire et émotionnelle, alinéas fréquents en cours de phrases, parenthèses et tirets créant une respiration courte et retenue, un ressassement nerveux, et montrer ce qui se noue au fil de l’eau, se dénoue, se tord et se meurt à l’intérieur même de cet être. Laisser filer ses pensées, les événements se télescoper, les scènes se faire écho, les paroles des protagonistes se répondre par delà les années et assister au défilement accéléré de quarante ans de vie drolatique et grave.

Liquide, Philippe Annocque, Quidam Éditeur, 2009.

Présentation du texte :

Dans son quatrième roman, Liquide, Philippe Annocque raconte l’histoire d’un homme qui se remémore, échoué sur un banc, au bord d’un fleuve, ses parents, ses amours, ses enfants. À mesure que l’eau coule sous ses yeux, les souvenirs reviennent.

« Qu’il soit larme, sueur, flot ou eau de vaisselle, le flux traverse Liquide de part en part, écrit Christine Jeanney.

Philippe Annocque travaille cette matière par nature insaisissable, indispensable, et la façonne. Le Liquide se fait à la fois fil rouge et arrière-plan. »

« Derrière cette histoire, somme toute ordinaire, écrit Jacques Josse sur le site de Remue.net, rayonne l’écriture lente, limpide, adroite et surprenante de Philippe Annocque. Ponctuant une apparente facilité, les alinéas fréquents en cours de phrases, les parenthèses et les tirets sont là pour créer une respiration courte et retenue. L’auteur passe de la prose poétique à la narration. Il n’hésite pas à semer furtivement des bribes fanées dans ce présent qu’il serre au cordeau. Il donne du nerf au ressassement. C’est sa force. L’élément moteur du texte. Qui, par ricochets, regorge d’énergie. »

Extrait :

« Ce fleuve paisible aux péniches paresseuses aurait alors semblé une heureuse métaphore à cette vie dorée ;

il devait y avoir dans l’air de cette époque quelque chose qui certainement aurait empêché de saisir à quel point une telle image était déjà usée, galvaudée, très certainement erronée, mensongère, décevante ;

à moins peut-être d’y ajouter les courants trompeurs de la Loire,

les courants qui une fois, bien des années auparavant, ont emporté Pierre petit nageur audacieux loin de la rive dont il s’était un peu écarté

(épisode depuis lors recensé au sein de l’épopée familiale : les cris de frayeur de Maman, le crawl de Papa ; chacun bien dans le rôle que le monde lui avait assigné, au point que parfois l’idée saugrenue que non, Pierre peut-être avait fait semblant d’être en difficulté, cette idée d’avoir seulement assisté à l’enregistrement d’un spectacle destiné à l’évocation rétrospective et conviviale, cette idée en dérive vaguement blasphématoire a pu affleurer à la surface de l’esprit).

Du courant il devait bien y en avoir en effet, dans cette vie d’alors avec Alexandrine ; du courant sournois et insidieux, de celui que l’on ne remarque que lorsque déjà la rive soudain se révèle inaccessible :

la vie apparemment était toujours la même, cette vie faite d’invitations plus que de visites - toujours les mêmes amis, garçons et filles, et d’autres, de nouveaux qui venaient s’ajouter, toujours beaux, toujours sympathiques, toujours intelligents ; et pourtant déjà elle ne l’était plus.

La question du " Quand ?" d’emblée s’impose, et en même temps l’idée e de son inanité

(à quel moment précis le lait pourtant soigneusement rangé à l’intérieur du réfrigérateur a-t-il tourné ? La veille il était encore parfaitement frais, le souvenir l’atteste ; et le lendemain, au moment de faire revivre ce souvenir agréable : l’âcreté grumeleuse d’un coup répandue de part et d’autre de la languie, irrépressible invasion ; que faire pour s’en défaire ?). »

Liquide, Philippe Annocque, Quidam Éditeur, 2009.

Auteur :

Philippe Annocque est né à Paris en 1963. Il vit et travaille non loin de Rambouillet. En dehors de l’écriture, il enseigne dans un collège. Il a déjà publié Une affaire de regard aux Éditions du Seuil en 2001. Chroniques imaginaires de la mort vive, Melville, 2005. Par temps clair, Melville, 2006. Liquide, Quidam éditeurs, 2009. Il tient un blog : Hublots.

Liens :

Hublots, le blog de Philippe Annocque

Critique du livre Liquide par Cecile Fonfreyde, sur le site ActuaLitté

Présentation du livre de Philippe Annocque sur le site de Remue.net

Le livre de Philippe Annocque sur Pages à Pages de Christine Jeanney

L’ensemble des critiques sur le livre sur le site de Quidam éditeur

1 commentaire
  • Philippe Annocque : Liquide 22 juillet 2010 09:59, par maryse hache

    la rivière jouait son bruit d’eau courante avec cailloux effleurés /

    il avait assujetti la bouteille de gewurz à une ficelle et l’avait plongée dans l’eau et sa fraîcheur. un pâté de campagne aussi, au sec dans un sac en plastique /

    la vie coulait dans les vacances /

    il se tenait dedans comme il pouvait /

    l’eau des fleurs commençait à sentir le croupi mais il était loin de la maison /

    le fil de pêche la canne à pêche dans son étui de toile de lin et quelques hameçons attendaient l’heure de l’eau /

    bientôt la salée du bassin d’arcachon et le départ à la fraîche dans la barque /

    s’éloigner un moment de la vie qui prend déjà l’eau et il écope il écope, c’est sa force de tendre /

    une année de mer et de bretagne le chabadabada des essuie-glace (http://yzabel2046.blogspot.com/2010...) il pleut sur un homme et une femme /

    les crevettes grises les tourteaux il les prépare pour sa femme et ses filles /

    pas de réfrigérateur dans cet appartement là-bas mais un garde-manger /

    pas de baignoire ni de douche mais un tub gris qui recueille l’eau versée sur les épaules de ses fllles ; c’est l’heure de la grande toilette dans le cabinet de toilette, eau chaude eau froide eau mitigée ; c’est l’heure de l’ablution du bonheur asperges me /

    le bassin ses eaux d’urine et d’excréments /

    à quel moment le vin a-t-il tourné au vinaigre, à quel moment est-il devenu indispensable à l’infortune /

    il nage il nage loin vers l’horizon il s’amuse dans les vagues il se repose le temps d’une vague lui vient l’envie de nager nager nager abandonner la rive il nage /

    elles pataugent dans des petites flaques tièdes un instant il retourne la tête il voit leur foulard coloré il revient et nage vers la plage /

    la baignoire c’est plus tard ; la sabot d’abord jusqu’à la dernière, dans une salle aseptique ou aseptisée, celle en zinc avec une porte, secourable aux corps trop fatigués pour enjamber /

    quand a-t-il eu l’idée du bassin d’arcachon plutôt que la bretagne habituelle /

    au bord de la rivière il ne sait pas que le zinc dernier sans gewurz viendra à la place de la faïence offrir la dernière baignade /

    bateau sur l’eau la rivière est tombée dans l’eau /

    Voir en ligne : semenoir

Philippe Annocque : Liquide
Publié le 9 juillet 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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