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LIMINAIRE
Séance 309

Proposition d’écriture :

Faire tenir le monde dans un texte, raconter ce qui s’y est passé à une date précise, ou tout au moins une journée du monde, à travers une sélection d’articles de différents journaux et revues. Composer à partir de ce matériau varié un vaste portrait polyphonique d’une journée de la planète, encyclopédie absurde et splendide, flux d’information, de situations qui se croisent, se relayent, se mélangent, et qu’il faut mettre en mouvement pour que l’on entende la multiplicité des histoires.

L’invention du monde, Olivier Rolin, Éditions du Seuil, 1993.

Présentation du texte :

En 1993, Olivier Rolin publiait L’Invention du monde, immense projet littéraire autour duquel, depuis, tourne toute son œuvre. Tentative d’enfermer le monde dans un livre, tout en soulignant que ce sont les paris impossibles qui font vivre la littérature. Le projet était grandiose, mais plein de pièges : raconter ce qui s’est passé dans le monde à une date précise, en l’occurrence le 21 mars 1989, et en opérer la synthèse globalisante sur le mode d’une fiction planétaire. « J’ai formé le dessein de conter, en un récit continu, les métamorphoses qui composent la figure innombrable de ce jour. » Ce sont en fait quarante-huit heures qui sont ainsi appréhendées, par l’effet des décalages horaires – et le roman tire un remarquable parti de ces décrochements où la simultanéité des faits et des réalités entre en contradiction avec les partages institués du temps. On pouvait craindre le catalogue, ou le tour de prodige qui ennuie, ou une idée systématique qui s’épuise vite, ou la velléité, ou la lourdeur, ou la fadeur. Il n’en est rien. Rolin a accumulé les journaux du monde entier, relatifs au même jour, il en a tiré le matériau d’une encyclopédie absurde et splendide, qu’il a réussi à mettre en mouvement, dans une rotation progressive et fulgurante, jusqu’à la chute finale dans la folie, tribut payé à la démesure, aboutissement de l’impossible.
Le narrateur de L’Invention du monde brasse les flux d’information, de situations qui se croisent, se relayent, se mélangent.

Extrait :

Fuir la police est comme autruche cachée

(mythologie-science-fiction)

On se demande peut-être, des esprits vétilleux, comment j’en vins à lire dans le monde comme au travers d’une grosse flaque limpide. Faut-il retracer, au risque d’ennuyer, les chemins emmêlés que mon esprit embrassa d’abord au sein d’un vaste et 6blouissant paysage conjectural, et qui me conduisirent a découvrir un aleph autogène et en quelque sorte portatif ? Cependant que nous continuions a jouer aux cartes, je m’efforçais, sans rien laisser paraitre, d’analyser les effets étranges que le discours du télésophe, en lui-même assez banal et creux, avait déclenchés en moi. Je ressentais, je l’ai dit, une excitation et même un enthousiasme anormaux, inexplicables, ou que - si j’excluais Phypothèse de la folie - je ne pouvais expliquer que par la présence, derrière le voile des stéréotypes contemporains, d’une vérite jamais encore aperçue et que, la dissimulant, d’une certaine manière ils désignaient (combien de fois les hasards des infinies combinaisons de la langue ont-ils fait passer un idiot - qu’illustre la fiction du singe dactylographe - à proximité d’une thèse profonde, d’un vers admirable auxquels d’ailleurs, les eut-il effectivement proférés, il n’eut pas prêté attention ?). Oui, j’étais dans la situation d’un homme qui pressent qu’un feu brille au fond de la brume, qu’un certain trouble ambre" de la brume, à peine discernable, et dont il se demande aussi s’il ne l’a pas rêvé, annonce un fanal ou un phare. Et soudain, je compris ! Il n’était pas vrai de dire que le monde n’existait pas. Il existait bel et bien - constamment crée" par les mots.

Présentation de l’auteur :

« Olivier Rolin (Boulogne-Billancourt, 1947 – Bakou, 2009) est entre autres l’auteur de récits de voyage et de romans aux Editions du Seuil : Phénomène futur, Seuil, 1983, et “Points”, n° P581. Bar des flots noirs, Seuil, 1987, et “Points”, n° P697. En Russie, Quai Voltaire, 1987 et “Points”, n° P327. L’Invention du monde, Seuil, 1993, et “Points”, n° P12. Port-Soudan, Seuil, 1994, et “Points”, n° P200. Prix Femina. Mon galurin gris, Seuil, 1997. Méroé, Seuil, 1998, et “Points”, n° P696. Paysages originels, Seuil, 1999. La Langue, Verdier, 2000. Tigre en papier, Seuil, 2002. Prix Louis Guilloux et prix France Culture 2003, prix Ciné roman 2004. Suite à l’hôtel Crystal, Seuil, 2004. Rooms, (collectif), Seuil, 2006. Un chasseur de lions, Seuil, 2008.

Liens :

Le site d’Olivier Rolin

Entretien de l’auteur avec Bernard Comment, paru dans Art Press, n° 183, et repris dans Corbières Matin, n° 43

Article de Jean-Yves Masson paru dans Corbières Matin, n° 45

Article paru dans le Matricule des Anges

Vidéo d’Olivier Rolin pour le spectacle de Michel Deutsch au théâtre de Bobigny

Olivier Rolin : L’invention du monde
Publié le 2 octobre 2009
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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