| Accueil
LIMINAIRE
Séance 158



Proposition d’écriture :

Faire défiler dans un long monologue de très nombreux personnages qui se rencontrent, se coupent, s’entrechoquent ou ne se rencontrent pas : un voisin, une amie, un père, un fils, et tous les autres, qui prennent corps et langue, tout autant pour le plaisir de la lecture que pour celui du théâtre, pour former un roman théâtral. Le bruit du monde passe par une seule bouche, un seul corps, une somme de voix dont le personnage serait le porte-parole. La vie et ses cahots.



Ma Solange, comment t’écrire mon désastre, Alex Roux, Noëlle Renaude, Éditions Théâtrales, 2005.

Présentation du texte :

Cette nouvelle édition de Ma Solange, comment t’écrire mon désastre, Alex Roux rassemble aujourd’hui en un livre unique la somme d’une œuvre qui, en s’inventant au fil de quatre années de « livraisons », a fait naître une forme littéraire atypique : le feuilleton théâtral.

Au cours des pages, le théâtre d’Alex Roux prend corps, engendrant près de deux mille figures, êtres d’écriture destinés dans le même temps à la scène.

À propos de ce texte fleuve, le metteur en scène Robert Cantarella a écrit, comme une manière de mode d’emploi ou d’entrée dans l’écriture de Noëlle Renaude :

« Ouvrez. Il faut débuter comme ça, en regardant les pages de loin, en feuilletant, en “feuilletonnant”. Vous verrez les séquences, les découpes, les lieux où se loger le temps d’une escale ou d’une prise, selon votre humeur.

En y regardant de plus près, au plus près, comme pour remonter les vents, vous entendrez la fouille : le lieu commun, le registre, la chronique, les familles, les sources du mot, les replis de nos effusions, les écorchures de nos sensations, mises en rythme, les fuyantes lignes de vie.

Et si ce texte (en déversant son ciel ?) retenait la vie au fil du conte ? Comme si, au moment de la fin de l’Histoire (Où est l’histoire ?), devait s’éteindre le vivant ? »

Œuvre insolite, à lire autant qu’à jouer, Ma Solange s’affirme comme un étonnant roman théâtral.

Extrait :

« On s’échauffe au café de la Grand-Place. Les uns s’ébraillent après le diable. Les autres frémissent pour l’Esprit saint. Quelques uns n’en démordillent point se hérissent qu’il n’y a rien du tout du tout que nous-mêmes. D’autres sont là à fourgotter dans leur cervelle à la recherche d’une idée et éternuent bravement qu’il faut de tout un peu pour faire un tout je crois. Ils sont cependant le meilleur nombre à émettre que dans la trouille mieux vaut ramper comme les taupes dans leurs tunnels. Les premiers reprennent l’attaque. Les troisièmes en appellent au progrès. bref le patron du café de la Grand-Place se tait er ressert tournée sur tournée. Soit il manque d’opinion soit il en a une qu’ils s’est enfoncée un beau soir dans le fond du gosier avec un tampon d’ouate par-dessus et des tics de la nuque qui le font opiner aux idioties des uns à la merdaille des autres.

Ma Solange

Je t’ai. Toute la nuit.

C’est même elle qui.

Toutes les avances.

Je t’ai tenue sur moi, balancée.

Tu voulais.

Oui, bon, c’était mon rêve, Solange.

Un dimanche au Mont Venteux.

Un fils engueule son père qui a pissé dans l’auto. Un cycliste se verse le contenu d’une gourde sur la tête. Une femme brune cloque au soleil. Un marcheur dévale vers les sous-bois. Une colonie d’enfants réclame à grands cris un yaourt à la fraise. Un pédagogue interroge une fillette sans grâce - La France ! Superficie ! Nombre d’habitants ! Capitale de la Colombie ! Combien font vingt-trois plus douze ! »

Ma Solange, comment t’écrire mon désastre, Alex Roux, Noëlle Renaude, Éditions Théâtrales, 2005, p.205.

Présentation de l’auteur :

Noëlle Renaude est née à Paris en 1949. Dramaturge française contemporaine, auteur de nombreuses pièces : Rose, la nuit australienne (Éditions théâtrales, 1989), L’Entre-deux (Éditions théâtrales, 1989), Divertissements touristiques (Éditions théâtrale, 1989), Le Renard du Nord (Éditions théâtrales, 1991), Blanche Aurore Céleste (Éditions théâtrales, 1994), Petits rôles (Éditions théâtrales, 1994), Lunes (Éditions théâtrales, 1994), Les Cendres et les lampions (Éditions théâtrales, 1994), Le Prunus (Éditions théâtrales, 1994), Géo et Claudie (1995), À tous ceux qui (1995), Ma Solange, comment t’écrire mon désastre, Alex Roux (Éditions théâtrales, 1996-1998, 3 vol.), Madame Ka (Éditions théâtrales, 1999), Fiction d’hiver (Éditions théâtrales, 1999), La Comédie de Saint-Étienne (texte inédit, 2000).

Liens :

Le site des éditions Théâtrales

Présentation de la pièce, journal de création, entretien avec Frédéric Maragnani, metteur en scène

Noëlle Renaude : Ma Solange, comment t’écrire mon désastre, Alex Roux
Publié le 10 novembre 2006
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
Ateliers d’écriture Langage Voix Théâtre Parole Corps






© LIMINAIRE 2011 - Créé par Pierre Ménard avec SPIP - Administration - Sur Publie.net - contact / @ / liminaire.fr - RSS RSS Netvibes Liminaire Suivez Pierre Ménard sur Facebook Suivez Pierre Ménard sur Twitter