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LIMINAIRE
Séance 1


Proposition d’écriture :

Dresser l’inventaire de tout ce qui ne nous nous appartient pas et que nous nous sommes cependant appropriés (faits historiques, références culturelles, slogans publicitaires, savoirs et techniques, etc...). Chaque proposition doit tenir en une phrase relativement courte dont la terminaison sonore constitue le début de la phrase suivante.

Souvenirs de ma vie collective , Michelle Grangaud, P.O.L., 2000., pp. 7-8.

Présentation du texte :

C’est assez rare un remake réussi en littérature, Michelle Grangaud y parvient haut la main en écrivant ses "Souvenirs de ma vie collective" sous-titrés non sans humour "Sujets de tableaux sans tableaux", des oeuvres en attente d’une éventuelle réalisation et dont il ne nous reste que les cartels. 2357 Je me souviens à sa manière iconoclaste, c’est-à-dire avec l’humour d’un Georges Perec revisité par Claude Closky ou mieux encore par Edouard Levé. Un exemple au hasard : "Tour du pâté de maisons effectué au petit trot chaque matin. Tintamarre incessant qui porte sur les nerfs. Energie populaire que la victoire galvanise. Nizan interdisant de dire que vingt ans, c’est le plus bel âge de la vie." C’est Page 101, et tout est ainsi, à la suite, à la marabout-de-ficelle... Jusqu’à la page 168.

Magnifique.

Extrait :

« Le temps, déguisé en temps voulu, sort de la nuit des temps.

Étendue sans limite des jours qui déclinent.

Clignotant rouge du répondeur téléphonique, luisant dans l’obscurité, vers deux heures du matin.

Atteint de somnambulisme, le boulevard vagabonde sombrement et en solitaire entre les grands lampadaires.

Derrière le monde, il y a du monde et d’autres mondes.

Ondulation permettant de remettre ce qu’on peut faire le jour même dans la poche du lendemain.

Main tenant l’extrémité du tuyau d’arrosage, comprimée par le pouce pour mieux diriger le jet d’eau et en augmenter la portée.

Portée de canetons se dirigeant en file indienne vers la mare aux canards, avec la dignité d’une troupe qui s’exerce pour le passage en revue.

Revue des deux Mondes placée, en double exemplaire, entre deux miroirs qui se font face.

Facéties satanico-divines proposées en exemple.

Employé à la Bibliothèque nationale ouvrant pour la dernière fois aux lecteurs les portes de la salle des Imprimés, rue de Richelieu.

Lieux-dits semés un peu partout dans la campagne. »

Souvenirs de ma vie collective , Michelle Grangaud, P.O.L., 2000., pp. 7-8.

Auteur :

Michelle Grangaud est née en 1941. Elle vit et travaille à Paris. Membre de l’OuLiPo, elle a publié une douzaine d’ouvrages. Parmi les plus récents, Poèmes fondus (traductions de français en français) (P.O.L., 1997), Etat civil (inventaires) (P.O.L., 1998), Souvenirs de ma vie collective (P.O.L., 2000).

Liens :

P.O.L.

Biobliographie de Michelle Grangaud sur l’encyclopédie Wikipédia

Page 48 : lecture versatile par Béatrice Camenoff

Le livre vu par Xavier Lainé à la manière de Michelle Grangaud

5 commentaires
  • Michelle Grangaud : Souvenirs de ma vie collective 6 juillet 2010 14:27, par Pierre Ménard


    Tac à tac saccadé de perforatrice en chantiers

    Entier comme le cheval promis à l’avenir de reproducteur en stalle

    Allez la France, cri de tout un peuple regardant onze bonshommes sur un carré de verdure

    Dure la réalité de vivre, sorti du cocon familial

    Ha le désir d’être soi envers et contre tout

    Tout ce peuple qui bouge, marche ou recule dans un mouvement désordonné

    Né pour la vie, se battre et mourir,

    Rire de tout cela et avancer

    C’est assez.

    Cétacé voguant sur la lagune de nos rêves

    Ève du début des temps

    Temps qui nous échappe parfois dans un grand bruit d’esbroufe et de parlotte

    Otes toi de mon chemin et poursuis,

    Suis ta route avec fleurs en bouquet cueilli pour ou contre toi

    Toits rouges sur les murs de briques rouges de mon enfance partagée

    Agée, très vieux, ancien les souvenirs qui remontent

    Remontent les mineurs de charbon dans un paysage de terrils, somptueux tremplin de glissade

    Sade, marquis et ses livres défendus qu’on découvre en cachette

    Hachette du bois cassé et du feu allumé

    Mais où sont donc enfouies tous ses souvenirs d’enfance qu’il nous faut ressortir pour se savoir vivant

    Vent de la vie qui nous entraîne

    Traîne souvent bien loin

    Loin de chez soi pour un amour, pour un travail

    Vaille que vaille marche et tais toi ou couche sur le papier ta peine

    Haine du mal vécu si vite oublié pour un plaisir qui nous arrive

    Rive de fleuve avec pêcheur

    Pêcheurs de Lune

    Lunatique et changeant, c’est la vie qui avance

    Avance de bric et de broc

    Roc qu’on attaque

    Tac à tac saccadé.

    JEAN-FRANCOIS DUMEZ

    Voir en ligne : Tête à queue

  • Michelle Grangaud : Souvenirs de ma vie collective 6 juillet 2010 14:35, par Pierre Ménard


    Viennent les souvenirs et le temps qui passe

    Passereaux constituent une grande famille

    Millet a déifié les nobles travaux des champs

    Chante l’oiseau là-haut perché sur un poteau

    Tonneaux bien alignés dans la cave voûtée

    Thé café ou rien du tout premier choix du matin

    Tintinnabulent fort les grelots des chevaux

    Vaut mieux passer le temps que s’asseoir au salon

    Long discours enflammé plaît bien à l’assemblée

    Blessé dans son orgueil veut venger son honneur

    Neurones s’affaiblissent en ne travaillant pas

    Passé un certain temps les airs anciens reviennent

    Viennent les souvenirs et le temps qui passe

    Passerelle sur l’eau fait un bel arc de cercle

    Cerclé de bracelets le poignet étincelle

    Céleri à côtes n’est pas céleri raves

    Ravenelle à l’oreille n’a rien de très piquant

    Cantinière avenante comme la Madelon

    Long long long long tout un poème

    M’aimes-tu vraiment dis ou est-ce pour le fric

    Fric frac clair net et beau comme Arsène Lupin

    Pingouins toujours très chics en tenue de soirée

    GERARD DOUCE

    Voir en ligne : Le temps qui passe

  • Michelle Grangaud : Souvenirs de ma vie collective 6 juillet 2010 14:40, par Pierre Ménard


    Le temps déguisé en temps voulu sort de la nuit des temps

    Tant mieux sortir de soi c’est renaître en pleine lumière

    Hier grise chrysalide, aujourd’hui papillon multicolore

    L’aurore salue ton vol bleuté dans les jardins des secrets alanguis

    Guirlande de jasmin, de roses d’Ispahan, parfum d’Arabie

    Billes tendres de rosée glissant sur les fleurs caressées

    Et offertes à la douce chaleur du soleil renaissant poussant

    Sans retenue dans la nuit des temps incertains et troublants

    La blanche lune entrant à son tour dans la nuit des temps.

    PIERRE RANUCCI

    Voir en ligne : Le Temps

  • Michelle Grangaud : Souvenirs de ma vie collective 6 juillet 2010 14:53, par Pierre Ménard


    La terre fertile de nos contrées

    Contre et sans pitié pour l’étranger

    Trancher l’étendue bleue sans limite

    Mythe du sang et du sol

    Soleil à qui le travail nuit

    Nuit sans sommeil et sans rêve

    Eve effrayée par Adam

    Dans le doute met les voiles

    Voile blanc de colère

    Ere de la honte

    On te dit que c’est ça la Terre.

    ZABOU M

    Voir en ligne : La Terre

  • Michelle Grangaud : Souvenirs de ma vie collective 8 février 2011 17:24, par brigetoun

    Les grandes compagnies ont battu les remparts

    Par ma cornette a dit Soeur Marie-Lucie vous exagérez

    Gérer votre peine, faire votre deuil avec notre aide

    Et de un coup, et de deux, et de trois !

    - Trois beaux canards s’en vont nageant -

    Gens de sacs et de cordes, passez votre chemin, nous avons bâti murs...

    Murmures sont sur le mur murant.

    Rangez-vous sous mon panache !

    Hachoirs modernes, couteaux et beaux moletons, trouvez tout sur le catalogue de la Manufacture de Saint-Etienne.

    Tienne et mienne, la terre est belle.

    Bel-Ami au programme du théâtre.

Michelle Grangaud : Souvenirs de ma vie collective
Publié le 3 janvier 2004
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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