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LIMINAIRE
Séance 113



Propositions d’écriture :

Décrire un lieu à la manière d’une recette de cuisine.

Raconter un voyage qu’on n’a pas encore fait au futur antérieur.

Les nuages dans le ciel forment d’étranges et fugitifs tableaux, tenter d’en dresser l’inventaire.

Anthologie nomade, Michel Butor, Gallimard, Collection Poésie / Gallimard, 2004.



Présentation du texte :

On peut distinguer trois phases dans la production littéraire de Michel Butor, les romans publiés aux éditions de Minuit (La modification, L’emploi du temps), puis les grandes séries poétiques telles Répertoire publié chez Minuit (5 volumes d’essais et conférences), Le génie du lieu publié chez Grasset pour le premier volume, puis chez Gallimard pour les suivants (5 volumes de critique géographique), "Matière de rêves" publié chez Gallimard (5 volumes d’onirographie), "Improvisations" publié par La Différence (7 volumes d’enseignement universitaire sur Flaubert, Michaux, Rimbaud, Balzac et Butor lui-même) et Avant-goût (2 volumes de poèmes) et ces dernières années, la « poussière de livres » de toutes sortes que publie Michel Butor.

Ce recueil d’anthologie nomade rassemble un échantillonnage de ses principaux textes et cycles poétiques, en vers ou en prose. Leur agencement, leurs styles et leur rythmes différents, sont un début d’explication, une magnifique entrée en matière dans l’œuvre protéiforme de Michel Butor.

« L’une des inventions capitales de cette poésie, écrit Frédéric-Yves Jeannet, dans sa préface, est l’utilisation de "matrices d’écriture" dans la composition et structuration du texte. "Ces structures permettent au lecteur l’agencement de recueils modulables qui dépassent les volumes individuels et jettent des ponts de lianes à travers l’œuvre entière, recueils en "kit", prêts à monter, d’une grande flexibilité. »

L’art poétique de Michel Butor est un art de l’assemblage.

Extraits :

« Pour réussir votre (vraie) salade du comté, selon les conseils du Député-maire, grand spécialiste en cuisine locale,

vous couperez pour six couverts dix tomates moyennes en quartiers et les salerez légèrement une première fois sur la planche,

couperez aussi trois œufs durs en quartiers ou rondelles, détaillerez 12 filets d’anchois en trois ou quatre morceaux chacun,

mais vous n’oublierez pas les églises à dentelle de marbre, les eucalyptus et les mimosas venus d’Australie,

le fantôme des carnavals de jadis et des hommes de Terra Amata qui chassaient l’éléphant, le rhinocéros et le cerf,

sur un fond d’arrière-pays à grandes solitudes ;

et hâtez-vous d’en profiter, la pollution monte. »

Carnaval Transatlantique : Ballade municipale (Nice), in Boomerang (Génie du lieu 3), p.227.

« Des calèches nous attendront à la gare et nous traverserons les rues plantées d’orangers où des jeunes filles en chapeaux de paille et robes à rayures nous jetteront de petits œillets blancs, et nous arriverons au-dessus de la mer qui lèchera les rochers vertigineux. Les portes de fer forgé s’ouvriront devant nos chevaux. Sur la longue terrasse le thé sera servi par notre hôtesse à traîne de dentelle, taille de guêpe et ombrelle brodée de perles de jais. Nous aurons des lits d’albâtre et des baignoires de marbre rose. Nous rencontrerons dans les corridors sombres des servantes muettes aux tabliers amidonnés qui transporteront des aiguières d’eau chaude. »

Futur antérieur (Quand nous descendrons sur la côte), p.293.

1)

Traces de dinosaures dans la boue le long des fleuves de laves parmi les cendres de sigillaires dévastées par la tornade, nuages.

2)

L’horizon fait le gros dos comme un fauve tandis que les troupeaux dévalent parmi les haies dans les chemins creux mouchetés de touffes de laine, nuages.

3)

Village de ruches parmi les ombelles au creux de la carrière abandonnée entre les tas de bûches qu’enlacent ronces, clématites et viornes au bord des tourbières, nuages.

4)

Arène avec foule en chemises claires, chapeaux gris et noirs, éventails, mantilles, garçons passant plateaux de limonades et glaces, envols d’écharpes, fumées de cigares, nuages.

5)

Villes avec dômes et flèches sur promontoires successifs battus par des raz de marée, séparées par de calmes baies et des rades resserrées avec ports et aéroports surmontés de phares et de tours de contrôle, nuages.

Mille et un plis (Matière de rêves 5) : 120 nuages, pp.341-342.

Anthologie nomade, Michel Butor, Gallimard, Collection Poésie / Gallimard, 2004.

Présentation de l’auteur :

Né en 1926 à Mons en Baroeul. Après des études de lettres et de philosophie, il part enseigner en Egypte où se confirme sa vocation d’écrivain. Prix Renaudot en 1957 pour La Modification paru aux éditions de Minuit, il apparaît alors comme une des figures emblématiques du nouveau roman. Après son séjour aux États-Unis, au début des années 60, il délaisse définitivement le roman et ouvre à la littérature des champs d’exploration nouveaux d’écritures polychromiques. Installé en Haute-Savoie, non loin de Genève où il a enseigné pendant de longues années, il cherche désormais selon ses propres termes à : « mettre un peu d’ordre dans ses affaires et sa tête. »

Liens :

Textes et bibliographie de Michel Butor

Dictionnaire Butor

Michel Butor sur Remue.net

Michel Butor et ses artistes : thèse de Marie Chamonard

Michel Butor : Anthologie nomade
Publié le 30 décembre 2005
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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