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LIMINAIRE
Séance 300


Proposition d’écriture :

Écrire un texte sur un point particulier d’un lieu banal accompagné d’une photographie en tentant de décortiquer, en textes courts et en images, la conscience composite et obsédante que l’on a de cet endroit, généralement mal aimé, pratiqué quotidiennement et haut-lieu de son histoire familiale. La langue affronte le monde immédiat, mais doit faire résonner dans l’arbitraire du quotidien tout ce qui intérieurement nous porte, exigence de décryptage, de mémoire, d’ouverture aux signes.

Montparnasse monde, Martine Sonnet, Publie.net, 2009.



Présentation du texte :

Dans son blog L’employée aux écritures Martine Sonnet s’est lancé le défi de mettre en ligne, chaque samedi matin, une chronique liée à un point particulier de la gare Montparnasse, accompagné d’une photographie. L’ensemble décortique, en textes courts et en images, la conscience composite et obsédante qu’elle a de cette gare, généralement mal aimée, pratiquée quotidiennement et haut-lieu de son histoire familiale.

L’édition numérique du texte permet de donner au travail de Martine Sonnet sa pleine dimension, après la première version, en mars 2009, aujourd’hui c’est 100 pages, 35 chroniques. Bientôt 40 en septembre.

« Et c’est bien plus que la gare qui surgit, nous dit François Bon dans sa présentation de l’ouvrage, des zooms sur des visages, paroles entendues, signes affichés, et les êtres qu’on croise, le désordre des heures. Ceux aussi qui travaillent dans le quartier, et, par les noms, d’autres pans de l’histoire de la ville : le sentiment de fiction qui prend à cet univers est une expérience qu’on recommande, et qui développe une véritable prouesse d’écriture – une réflexion sur le comment écrire qui donne à toute la réalité ici convoquée son double fond... »

Extraits :

Je m’aperçois maintenant que je ne dispose pas d’un vocabulaire de gare suffisant. Je manque de mots. Et dans certains cas, ceux auxquels je recours ne me satisfont qu’à moitié. Je cherche, par exemple, une expression générique qui voudrait dire mobilier urbain, mais appliqué à la gare, avec une typologie spécifique. Recoupant celle du mobilier urbain de la ville dans laquelle la gare est incluse, mais partiellement seulement, et lui imposant les extensions nécessitées par l’usage ferroviaire de cette enclave. Je peux, certes, déclarer que des bancs publics, des téléphones publics, des boîtes à lettres et des poubelles sont à la disposition des voyageurs dans les halls de la gare, mais la variété des édicules qui hérissent les quais, sans parenté sur les trottoirs parisiens, je ne saurai jamais la dire. Je n’en maîtrise pas le lexique ni la nomenclature.

Donc je désignerai, faute de mieux, sous le nom de rondelles, ces disques protecteurs qui vraisemblablement s’appellent, dans leur langue de gare, autrement. Elles s’empilent par cinq quand elles entourent des pieds de potences métalliques remplissant diverses fonctions, et dans ce cas sont moulées dans une matière qu’on devine caoutchouteuse, noir/gris poussière graisseuse. Mais par quatre quand elles perdent leur circonférence complète, se réduisent à des trois-quarts, demis, voire quarts de rondelles vissés/scellés à la base de piles en béton ou dans leurs encoignures. Découpées à l’emporte-pièce dans un métal peint couleur minium, écaillé. Troisième type, beaucoup plus rare, la rondelle unique, modèle caoutchouc noir/gris poussière graisseuse, encerclant de massives colonnes de béton en bouts de quais. Si je comprends bien que ces rondelles protègent le mobilier urbain de la gare des heurts violents de tout ce qui roule sur les quais, je ne comprends pas, en revanche, pourquoi les empiler tantôt par cinq, tantôt par quatre, sans parler des solitaires.

Présentation de l’auteur :

Martine Sonnet, née dans l’Orne en 1955 a toujours (moins ses six premiers mois) vécu tout près de Paris. Historienne des femmes et du XVIIIe siècle, elle a notamment publié L’éducation des filles au temps des Lumières (Cerf, 1987), le Que sais-je ? Chronologie de la France moderne (PUF, 1996), et collaboré à l’Histoire des femmes dirigée par Michelle Perrot et Georges Duby (Tempus, 2002). Tard venue à une écriture plus personnelle, même si elle avait compris depuis un certain temps que l’histoire lui servait de pré-texte à écrire, elle a publié en janvier 2008 Atelier 62 au Temps qu’il fait, un récit littéraire construit autour d’images d’enfance et de traces écrites brutes subsistant, quand plus rien ne reste du lieu, de l’atelier 62 de la Régie Renault à Billancourt, celui des forges, dans lequel son père a travaillé de 1951 à 1967. Attentive à la création littéraire liée à Internet Martine Sonnet est présente sur la toile depuis avril 2008 avec un site personnel, incluant son blog L’employée aux écritures.

Liens :

Le site de Martine Sonnet

Le blog L’employé aux écritures consacrées à Montparnasse monde

Présentation par François Bon de l’ouvrage de Martine Sonnet Montparnasse monde sur Publie.net

Article paru dans Télérama à propose d’Atelier 62

Texte de François Bon à propos de Montparnasse monde sur Tierslivre

Lectures de pages 48 de Montparnasse monde par Joachim Séné et Pierre Ménard

Martine Sonnet : Montparnasse monde
Publié le 31 juillet 2009
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
Ateliers d’écriture Langage Photographie Ville Quotidien






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