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LIMINAIRE
Séance 358


Proposition d’écriture :

À la mort d’un être cher, nous reste ce qui reste en partage. Ne jamais cesser de surveiller la nuit, ne pas laisser le jour sans traces. « Le poème chez Paul Celan, est le caillou mémoriel que les juifs déposent sur la tombe. » Entre la rose et le caillou que l’on dépose sur la tombe du disparu, sans réponse ni répondant, le poème surgit d’une perte avec laquelle il se tient dans un rapport d’horreur et de joie. Comme « le poème d’amour réalisé du désir demeuré désir » dans l’infigurable de la mort s’inscrit en filigrane la mémoire d’une langue porteuse d’un trouble perpétuellement prolongé.

Éblouissements, Martine Broda, Flammarion, 2009.

Présentation du texte :

Après Poèmes d’été, qui réunissait ses tout premiers textes et son recueil le plus récent Eblouissements vient compléter l’édition intégrale (mais bien sûr toujours en devenir) des poèmes de Martine Broda. L’ouvrage s’ouvre ainsi sur l’ensemble inédit qui lui donne son titre puis redonne à lire Grand jour, publié en son temps par Michel Deguy chez Belin. Il se clôt sur la suite Tholos, composée par l’auteur à la mémoire de sa sœur disparue récemment.

Ainsi livré dans une manière de dispersion chronologique (mais où patienterait un ordre plus secret), ce regroupement en deux volumes devrait éclairer l’évolution d’une œuvre qui est parvenue à conjuguer un lyrisme intemporel, ou si l’on préfère impersonnel, et les grandes inflexions formelles des dernières décennies. Travail d’amour et de science, de chair comme de sang, où s’inscrit en filigrane la mémoire d’une langue porteuse d’un trouble perpétuellement prolongé.

Martine Broda (1947-2009), n’est pas uniquement la traductrice de Rose de Personne de Paul Celan en 1979. Elle est avant tout un auteur de première importance. Dès 1975, elle publiait ses premiers poèmes. Elle fut tour à tour accueillie par les éditions Belin et Flammarion. Son dernier titre, Éblouissements exprime à lui seul la hauteur de son œuvre. Cette dernière est placée sous le signe du lyrisme et de la lyrique amoureuse. À lire son essai L’amour du nom, paru en 1997 chez José Corti. Martine Broda a manifesté toute sa vie une passion pour l’œuvre de Pierre-Jean Jouve à qui elle a consacré un essai en 1981. Ses passions, son amour de la poésie et de la littérature, ont fait d’elle une essayiste, traductrice hors pair, poète avant tout. Elle qui a écrit : « Lueurs de la bonté/retenez-moi sur terre », est morte en 2009.

Extrait :

un tholos de cyprès enflammés

rayés par la pluie

oblique

ils brûle en moi comme le cierge noir

*

à la date

zugedacht

juillet

inoubliable

*

ta mère

ton père

bouleversant

au bord de

la tombe, une petite

caresse

*

tes tendres pieds nus marcheront sur du verre

et le fouet rougira tes frêles épaules

et je brûlerai pour toi le cierge noir

mais il me sera défendu de prier

*

qu’un tholos de paroles disséminées au vent

poèmes

sus par cœur oubliés »

Éblouissements, Martine Broda, Flammarion, 2009.

Auteur :

Martine Broda (née à Nancy le 17 mars 1947 et morte à Paris le 23 avril 2009) est une poétesse, critique littéraire et traductrice française. Après avoir suivi parallèlement des études de lettres et de philosophie, Martine Broda s’est principalement consacrée à la poésie, faisant notamment partie du collectif de la revue Action poétique, et, en tant qu’attachée de recherches au CNRS, son travail a porté sur la poésie moderne. Ses ouvrages : Éblouissements, Flammarion,2003. Poèmes d’été, Flammarion, 2000. Huit pages à propos de la Shoah dans Robert Antelme, Gallimard, 1996. Poèmes d’Éblouissements dans 29 femmes/une anthologie, Stock, 1994. Grand jour, Belin, 1994, (l’Extrême contemporain). Ce recommencement, Unes, 1992 (avec Frédéric Benrath). Passage, Lettres de Casse,1985. Tout ange est terrible, Clivages,1983 (avec André Marfaing). Double, La Répétition, 1978 (avec Gisèle Celan-Lestrange).

Liens :

Un poème de Martine Broda sur le site de Jean-Michel Maulpoix

Martine Broda : à tant marcher vers la lumière sur Terres de femmes

Bibliographie de Martine Broda

"L’amour du nom" de Martine Broda sur le site de l’éditeur José Corti

1 commentaire
  • Martine Broda : Éblouissements 13 septembre 2010 18:42, par maryse hache

    #

    l’herbe se lève dru

    depuis ton en allé

    et fermé

    petit tiroir de bois

    du moulin à café

    tout ton tendre

    à la poudre

    et tes yeux bleus cassés

    paroles soupirs et pleurs

    dans les pissenlits

    #

    soleil sur bouquets

    horizontal sur jardin

    c’est février sur tombe

    #

    tes mains sont dans les miennes

    mais plus que génétique

    ta peau a disparu

    #

    ta musique repose

    sur le mur aux roses

    bleues de papier

Martine Broda : Éblouissements
Publié le 10 septembre 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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