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LIMINAIRE
Variations sur le goût


Mardi ça fait désordre est un magazine critique et poétique. On y traite des questions de société avec des interventions ludiques, poétiques ou artistiques en écho. Après avoir fait danser la vie, s’être demandé qu’avons encore à faire ensemble ou tenté de voir le monde autrement et s’être interrogés sur notre sécurité…

Mardi ça fait désordre n°5

Gastronomie, distinction, domination, goût et dégoûts, vous allez vous régalez. N’hésitez pas à diffuser ce mail autour de vous. Le bouche à l’oreille est un bon média.

Rendez vous à l’espace Jemmapes, 116 quai de Jemmapes – Métro Jacques Bonsergent.

Plat chaud à partir de 19h.

Prises de paroles goûteuses des habitants du 10e

À l’occasion du deuxième atelier d’écriture sur la ville mis en place dans le cadre de ma résidence d’écrivain soutenue par la Région île-de-France, j’ai demandé aux participants de décrire un lieu à la manière d’une recette de cuisine, reprenant une piste d’écriture trouvée dans l’Anthologie nomade de Michel Butor.









Voici quelques textes écrits lors de cet atelier et qui seront lus lors de la soirée de mardi, ça fait désordre :

Une recette du dixième, pour l’été.

D’un cri, saisissez 2312 kilos de touristes desquels vous aurez préalablement égrené les Lonely Planet et autres Routards.

Émincez 1821 kilos de banlieusards qui veulent se croire du quartier.

Exprimez de leurs appartements et studios étroits 2967 kilos d’indigènes du dixième (moitié étudiants moitié trentenaires sans enfants), et si ça ne passe pas, beurrez couloirs et cages d’escalier.

Battez l’ensemble avec du pain, vin, fromage, vin, chips, vin.

Réduire en incorporant 85 décibels de prune (d’un côté du plat) et 96 décibels de cheddar et ses gobelets plastiques de bière (de l’autre côté du plat).

Ajoutez un grand tag mural, en pignon, et quelques accords de guitare.

Versez enfin l’eau croupie et ses nuées de moustiques, dans laquelle vous répandrez en pluie quelques tongs, espadrilles, tire-bouchons et téléphones portables.

Laissez reposer jusqu’à 2h22 du matin, et dégustez l’émulsion ainsi obtenue, délicieux pique-nique tête de bois à la belle étoile.

Joachim Séné


136 rue du faubourg du temps ou recette de salade humaine.

Pour parvenir a ce type d’officine, il est nécessaire de disposer d’une forte dose de participants : 2/3 mâles 1/3 femelles, 30 à 40, et à forte affluence la centaine. Ils seront de toutes les couleurs avec une assez forte proportion d’asiatiques, car il en est ainsi du patron de ces lieux (ses amis le nommant Kim mais il s’appelle en réalité Samuel) (ou David) (ou Moktar).

On vit par là que cette préparation se composera aussi d’arabes (un petit tiers identifié) et de juifs (la moitié d’un quart).

On pourra aussi y croiser des noirs (Créoles ; Îliens ou Malgaches, selon la saison), complétez avec ce qui viendra, réservez la préparation.

La surface assez étendue du local permettra d’y disposer un certain nombre de tables et de chaises, ainsi que quelques banquettes agencées) le long des murs. Au fond on intègrera deux portes, l’une vers les toilettes l’autre vers un réserve. Entre elles deux on calera un des meubles conséquent, en forme de demi-cercle recouvert si possible de zinc.

A droite de l’entrée , enfin, un guichet derrière lequel seront aménagées de nombreuses petites étagères.

Dès le matin sauf le lundi vers sept heures, après avoir préalablement garni les étagères de petits paquets qui tuent comme le proclament leurs emballages, on ouvrira les portes et on y intègrera la préparation toutes lumières allumées.

Piero Cohen-Hadria


Les madeleines de la mer

Une plage de sable fin dans une baie découverte,

Au nord, une ville, un port, un phare,

La Manche, calme à agitée,

Une vallée sauvage au sud, derrière la falaise,

une dune au vent dans le dos.

Pour la décoration : quelques grappes de varech, coquillages en frise légère, verres roulés en miettes.

Planter le paysage vers dix heures le matin.

Laisser peu à peu les habitués sortir leurs chiens, les enfants intrépides se baigner. Goûter l’iode à pleines narines.

Puis rejoindre les pêcheurs de crevettes, glaner avec eux coques, sable, bouquets, algues, à l’épuisette.

Laisser reposer.

Si le temps le permet, s’assoupir une heure.

Découvrir la plage noircie de familles. Couvrir alors avec un parasol.

Laisser mijoter quelques instants.

Quand la mer devient frémissante, se jeter dans l’écume, baigner à petit feu.

Rouler dans un linge propre, laisser glisser le temps.

Puis regarder le couchant.

Caroline Diaz


Par une fenêtre carrée, à store mécanique, observer le vis à vis.

Isoler deux fenêtres fermées aux volets identiques.

Trouver un adjectif pour décrire ces volets : blanc crème, sale, passé, peut-être un peu rouillé, à quatre pans très minces. Observer au balcon ce qui reste suspendu : une jardinière et un pot couleur terre. Isoler les plantes qui poussent – mortes, hélas, et pendantes, et sèches, et jaunies.

Imaginer la vie derrière : la chambre et son lit défait, la salle de bain abandonnée. Supposer encore le couloir, les toilettes, l’entrée ; l’escalier qui permet peut-être d’accéder à une terrasse, plein ciel, chaises longues, cocktails.

Et pourquoi pas pique-nique, fête, rires, parasols au-delà des volets fermés.

Anne Savelli


Prenez un enduit ocre-jaune, parsemé de paillettes de mica qui réfléchissent la lumière.

Appliquez sur les murs en respectant les ouvertures préformées.

Laissez sécher sous les intempéries jusqu’à la formation de quelques fissures.

Garnissez de pots, de plantes, de fleurs.

Arrosez régulièrement pour la croissance, surtout l’été.

Ramassez les feuilles mortes à l’automne.

N’oubliez pas de protéger du froid lors des hivers rigoureux.

Laissez trainer une poussette, un ballon, parfois un prospectus échappé d’une boîte à lettres, un papier de bonbon.

Garez deux ou trois scooters, mais pas plus, au risque de subir les plaintes des voisins ronchons. Un vélo oublié est mieux accepté.

Laissez parfois un pigeon, ou un chat, s’égarer.

En saison, profitez du rayon de soleil qui passe par dessus le toit.

Aux beaux jours, saupoudrez de cris d’enfants le mercredi après-midi, assaisonnez de conversations impromptues jusque tard dans la nuit.

A tous moments, appréciez un échange de sourire avec vos voisins.

Anne Ventura


un peu ou deux

tilleuls

accommoder

où est la ville

cela doit chanter

préférer les pinsons aux grives

toujours possible

si le temps le permet

de disperser quelques fleurs

crocus violettes ou primevères

accommoder

se servir de la grille

au cas où les invités sont nombreux

disposer les bouquets de buis en rectangle

avant de servir

recette à la française d’un petit jardin

accommodé en ville

de rien du tout

Maryse Hache


Il faut être en forme, c’est la première condition. Avoir de bonnes chaussures aussi pourrait aider. La curiosité est de mise. Pour commencer, il y a une église, c’est le point de départ, un repère aussi pour les amateurs. On prend le boucher à droite et la quincaillerie grand luxe à gauche. Aller de l’un à l’autre si l’on veut, ça peut être un bon début, une base pour ainsi dire.

Après c’est au feeling :

6 boulangeries,

6 coiffeurs,

4 épiceries fines,

4 primeurs,

2 fromagers,

2 poissonniers,

2 vendeurs de journaux,

1 seule librairie, 1 seul pressing,

1 seul loueur de vidéos

Touiller le tout et voir ce que ça fait. Se dire aussi qu’on a tout le temps de les essayer l’un après l’autre (On n’est pas obligé de mettre tous ses œufs dans le même panier).

Éviter l’indigestion à tous prix en optant pour le charme de ce va-et-vient incessant de 8h à 20h même le dimanche. Si ça se passe un dimanche, attention les voitures sont interdites jusqu’à 13h. Tout est donc permis et on peut faire des entorses à la recette en occupant tout le terrain.

Les autres jours, je préconise un zeste de prudence et beaucoup de plaisir. D’une manière générale, fermer les yeux et goûter au temps qui passe à la terrasse d’un café. S’il fait soleil, c’est encore mieux.

Isabelle Morel


Prenez une pincée de Révolution ;

Mélangez une cinquantaine de personnes hétéroclites ;

Ajoutez-y des kebabs ouverts tard la nuit ;

Laissez mijoter de côté et à feu doux les petits magasins de la Roquette ;

Battez en neige la bagarre nocturne du samedi ;

Assaisonnez à votre goût de manifestations, festivals ou autres rassemblements, selon votre humeur ;

Goûtez votre mélange comme on se délecte au Café de l’Industrie ;

Si besoin, rajoutez des étudiants en quête d’ivresse, des bobos qui ne veulent pas vieillir ou des clodos qui tentent leur chance ici ou là ;

Rassemblez vos préparations armé d’un sourire ;

Laissez cuire une centaine d’années ;

Il ne vous reste plus qu’à savourer les délices de Bastille !

Emmanuelle Carré


Recette pour 5 personnes : une sauce

Attention : tous les ingrédients sont indispensables et irremplaçables.

sucre

farine

piment

sel

Ustensile : une grosse cocotte minute fera l’affaire, le fait que la vapeur puisse s’échapper à un moment est indispensable.

Prendre les 3 premiers ingrédients, les faire mijoter 1 heure sur feu doux, couvercle fermé.

Remarque : la notion du temps de cuisson reste aléatoire.

Mettre le feu au maximum pendant 10 minutes et ouvrir pour laisser échapper la vapeur (indispensable).

Observer l’aspect de la sauce, si elle a trop diminué, surtout ne pas rajouter d’eau. Il vaut mieux tout recommencer.

Ajouter le 4e élément, selon votre goût, attention, de lui dépendra l’équilibre du plat.

Certaines personnes tatillonnes vont vouloir la passer au chinois, à vous de voir, certes elle sera plus claire mais pas forcément plus digeste.

Il vous reste à trouver l’élément principal sur lequel vous allez pouvoir la répandre.

Nom de la sauce : La réunionite.

Magali Joannelle


Prenez une grande quantité de terre posée là au milieu d’un bassin ; étalez là de manière irrégulière en formant trois buttes et trois monts.

En haut à droite, creusez un puits façon carrière, parsemez d’herbes fraiches et de graines de fleurs colorées. Plantez-y une bonne dose d’arbres exotiques et familiers afin d’y former un grand parc. Convoquez l’esprit de Napoléon et celui des architectes grecs ; soufflez, et donnez une saveur légèrement surannée à l’ensemble.

Creusez une fontaine un peu plus bas dans laquelle vous y plongerez canards cols verts et poules d’eau parisiennes. Déposez délicatement tout autour de petits personnages chaussés de baskets légères et vêtus de joggings noirs. Faites les tourner…

Enfin, avant que la pâte ainsi obtenue ne sèche, creusez un trou dans lequel vous verserez en cascade de l’eau fraiche et sonore.

Glissez le tout dans le four sous le regard bienveillant de Rosa Bonheur…

Votre parc des Buttes Chaumont est prêt !

Sybille Chevreuse


Préparer une julienne de petites frimousses coupées finement.

Incorporer un zeste d’autorité préalablement blanchi.

Mixer 100 grammes de billes et 3 brins de Pokemon (que vous trouverez dans les bonnes épiceries asiatiques).

Ajouter à cette pâte une émulsion de bagarre et le jus d’un à deux jeux pressés.

Mélanger le tout.

Porter à feu doux, surtout pas à ébullition.

Après 10 minutes, l’ensemble doit être joyeux.

Arrêter la cuisson dès la fin de la récrée.

Assaël Adary


Il y a d’abord le bruit de la mer plutôt sa couleur, bleu profond voir abyssal. Du riz, du curry, des crevettes, du ragout de cabri, un lieu, qui malgré sa banalité, incite à y pénétrer.

On y ajoute un accueil chaleureux, un accent du sud-ouest, un rosé de la famille provenance direct de la propriété.

Une fois l’effet de l’accent du sud-ouest passé on saupoudre d’odeur des îles, posters au mur des îles, rhum arrangé et sucre de canne.

Chacun à sa place, point trop n’en faut.

Pâtisserie confectionnés par Monsieur du Sud-Ouest

cuisine typique et familiale des iles confectionnée par Madame.

Un petit zeste d’eau de vie de la famille du Sud-Ouest... Direct propriété.

Odeur de la campagne, du fruit et de l’alcool.

On y ajoute une attitude et le ton est bientôt donné.

Le patron, il tutoie tout de suite ou presque mais tout de suite demande des nouvelles.

Un peu d’utilité sociale.

Plat à emporté (prix très raisonnable), petits vieux le samedi midi avec cuisine française...

Rue du Faubourg Saint-Martin, entre les Iles Maurice et le Sud-Ouest... Petite cuisine délocalisée... Recette dont les ingrédients malgré tout reste un mystère.

Bon appétit.

Pierre Baldini

Mardi ça fait désordre
Publié le 14 mars 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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