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LIMINAIRE
Séance 329


Proposition d’écriture :

Écrire de brèves proses poétiques sur les désespoirs présents et les échos de bonheurs passés. Deux époques, deux portraits en miroir. Sur la page de gauche, raconter au présent la vieillesse d’un parent, d’un ami, d’une écriture tendue avec des phrases nettes, sèches, courtes, sans emphase. Sur la page de droite, en italique, l’évocation nostalgique et pudique de souvenirs d’enfance. Dans cette tension tenter de traduire l’insupportable écart qui nous sépare, dans la vieillesse, de ceux que l’on aime.

Tu t’en vas, Magali Thuillier, L’idée bleue / Écrits des Forges, collection Le dé bleu, 2005.

Présentation du texte :

Dans Tu t’en vas, j’ai voulu dire, écrire comme un acte de désespoir. Ecrire le vieillissement, la décrépitude du corps, de l’âme. Ecrire pour ne pas rompre le peu qui me relie encore à mon aïeule et à ma propre enfance. Ecrire également les étapes de l’inéluctable disparition finale.

C’est pourquoi j’ai fait le choix d’une écriture tendue avec des phrases nettes, sèches, courtes sans emphase. De brèves proses poétiques mises en miroir pour marquer le passé et le présent. Cette écriture tendue me semblait être la plus justifiée pour traduire l’insupportable écart que la dégénérescence impose entre la petite fille qui grandit à peine et la grand-mère qui grandit en marche arrière. Mon soucis était de rester fidèle à une émotion tout en gardant une pudeur. Pas de voyeurisme ou d’aveuglement, mais dire cette relation difficile à la vieillesse et à la disparition d’un être aimé.

Extrait :

« Tu perds ton sac, ton manteau, tes lunettes, tes bagues, tes boucles d’oreilles, tes colliers, ton pantalon, ton dentier, ta culotte. Tu te perds.

Je venais d’arriver. Aussitôt, tu ouvrais la porte du placard à balais. Je m’y adossais. Tu inscrivais d’un trait noir ma taille avec la date à côté.

Un jour, tu m’annonças que je dépassais la porte. Je faisais partie des grands.

Tu marches sans fin. Tu marches. Tu marches. Tu marches jusqu’à ce que tu rencontres une voisine qui te ramène chez toi.

Pour une fois, je m’étais levée la première. J’entrai dans la salle de bain sur la pointe des pieds pour ne pas te réveiller. Je restai interdite devant tes dents posées sur le rebord de l’évier.

Une étrangère s’est glissée dans ton corps. Elle prend ta voix. Elle vit chez toi. Elle me vouvoie. Je ne lui réponds pas. J’attends que tu reviennes. Reviens. »

Auteur :

Magali Thuillier est née en 1972 à Déville les Rouen (76). Elle vit à Nantes depuis de nombreuses années. Elle anime l’association 3 petits points de suspension, dont l’objet est de faire connaître la littérature contemporaine en développant des projets autour de la lecture et de l’écriture. Elle a écrit plusieurs ouvrages de poésie : Tu t’en vas, Le dé bleu, L’idée bleue, 2004. L’attendu, éditions du Chat qui tousse, 2005. Qui que quoi donc, Contre-allées, 2005. Des rêves au fond des fleurs (illustré par Anah Merlet), le farfadet bleu, L’Idée bleue, 2006. Ta main autant que, Contre-allées, 2008. Potager d’amour (illustré par Morgane Isilt Haulot), La yaourtière éditions, 2008.

Liens :

Site de l’éditeur de l’ouvrage de Magali Thuillier

Extrait de « Tu t’en vas » et d’autres textes de Magali Thuillier

Critique de « Tu t’en vas » paru dans le Matricule des Anges

Tour du monde à bord d’un voilier imaginaire, dans le projet Œuvres vives, de Vincent Leray

Présentation de Magali Thuillier sur le blog Poètes au potager

Magali Thuillier : Tu t’en vas
Publié le 19 février 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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