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LIMINAIRE
Séance 292

 

Proposition d’écriture :

 

Laisser entrer le monde ou bien entrer en soi. Les pensées sont liées à la présence toujours unique d’un corps, à ses sensations. Dans le dénuement de l’instant, dans son vertige et dans la chance de la rencontre. Marcher c’est aller vers nulle part, sinon vers un renversement mystérieux, c’est aller vers la scansion juste, la phrase au plus près de nos déambulations. À l’éclat de la présence, à sa puissance, dans la richesse infinie du réel.

 

La mer à boire, Ludovic Janvier, éditions Gallimard, Collection Poésie, 2006.

 

Présentation du texte :

 

Ludovic Janvier fait entendre en poésie une voix qui ne se soucie d’aucune référence, d’aucune révérence : alliance d’un rythme affirmé, d’une rythmique, et d’une volonté de dire les éclats de mémoire, d’ironie, de fureur, les commotions soudaines. Il écrit au plus près du corps, s’investit sang et os dans une parole qui ne craint ni la violence, ni la gouaille, ni la dérision froide. Souvent, il semble parler comme pour se donner congé, comme pour se piéger. C’est un souffle qui entretient la forge et les braises, les cris, les murmures, qui fait que la bouche sort de l’ombre et que les muscles, doucement, transmuent de l’air pour créer une musique de mots. La poésie de Ludovic Janvier est une succession d’instants qui objectent, qui poussent au désespoir lucide, qui ne cherchent pas plus à adoucir le manque que les moeurs. Comme le suggère le titre de son recueil, il y a en toute chose, en toute action, en toute émotion, de La Mer à boire, de l’impossible à affronter, du défi à relever, mais sans oublier d’en sourire, sans oublier d’avouer mine de rien que ce n’est quand même pas la mer à boire.

 

Extrait :

 

Adage au ciel

 

Les pieds dans le fracas soit mais la caboche offerte

aux démarrages de lumière entre Seine et ciel

chaque pont comme une arche enjambe jusqu’au bleu

par la cavale au clair du fleuve entre ses rives

et par les crevés de nacre et par les froissements d’oiseaux

tirant au large du regard de traîne en découverte

de découverte en désert calme aussitôt refermé

c’est le vent qui rouvre en pleins nuages les nuages

escaladés depuis la cadence des ponts et retour

par le silence éblouissant sur des plages en débâcle

penser vous quitte à vau-l’air comme un souffle

(fais plutôt gaffe à ta casquette au lieu de te vanter)

ange par l’œil en monte au ciel entraîné par l’adage

 

Présentation de l’auteur :

 

Ludovic Janvier, né à Paris en 1934, est un romancier, essayiste, nouvelliste et poète français. Il est le petit-fils de l’écrivain et homme politique haïtien Louis Joseph Janvier. D’ascendance haïtienne, Ludovic Janvier est né à Paris en 1934. Il y vit le plus clair de son temps. Le projet d’écrire est chez lui très ancien, il remonte à l’adolescence. Après avoir écrit deux essais sur Samuel Beckett Pour Samuel Beckett, Éditions de Minuit 1966 et Samuel Beckett par lui-même, Éditions du Seuil, 1969 Ludovic Janvier a écrit des romans avant de se lancer en poésie : La Baigneuse, Gallimard 1968. Face, Gallimard 1974. Naissance, Gallimard 1984. La Mer à boire, Gallimard 1987. Monstre, va, Gallimard 1988. Entre jour et sommeil, poésies, Editions Seghers 1992. Brèves d’amour, Gallimard 1993. En mémoire du lit, Gallimard 1996. Doucement avec l’ange (poèmes), Gallimard 2001. Tue-le, Gallimard 2002. Bon d’accord, allez je reste !, inventaire/invention 2003. Des rivières plein la voix, Gallimard 2004. Une poignée de monde (poèmes), Gallimard 2006.

 

Liens :

 

Un extrait de « La mer à boire » sur le blog Terres de femmes

Biobibliographie sur le site Poezibao

Lecture d’une page d’un livre de Janvier par Jacques Drillon

Ludovic Janvier : La mer à boire
Publié le 5 juin 2009
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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