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Séance 46



Proposition d’écriture :

Mettre des mots sur ses morts, les achever pour qu’on en parle plus. Continuer sa propre usure en usant des mots. Arracher les masques, l’un après l’autre, rien ne demeure que le crâne et la nuit qu’il enferme, ce crâne dont il faut soutenir le regard aveugle.

Pensées des morts, Ludovic Degroote, Tarabuste, 2002.

Présentation du texte :

Pensée des morts de Ludovic Degroote entame un dialogue entre poèmes et réflexions sur les morts, leurs mémoires, et tous leurs maux, les mots : « sales petits morts qui ont laissé des mots partout. » Un dialogue non sans un certain humour noir et une langue sèche qui fait jouer les mots, les fait littéralement sauter en l’air et retomber à terre comme de simples osselets. Avec ce bruit si particulier. Celui d’une page qu’on tourne.

Extrait :

1

« achever mes morts, qu’on n’en parle plus

gravats de mots gravats de sens

anticipant l’écho de ces pierres tombales

au milieu de la mousse qui les efface

ils affichent leur morgue jusque dans leurs mains »

p.15

« notes, fragments, poèmes, bouts de tout, mais en serrant les dents comme un crâne, bien serrer les dents pour lâcher le moins, le moins le mieux, on a beau penser à sa santé, trop de forme vous tue

sales petits morts qui ont laissé des mots partout

comment tirer une forme non tronquée d’un tel état de décomposition, d’où une forme libre si forme libre possible en cas de non tronquerie ou non décomposition de soi-même

Ils en sont venus aux vers »

p.45

« je pense à eux

eux moi eux

dans leur caisson étanche qui

fait flaque

d’eux-mêmes vidés

suintants et décomposés

liquéfiés par le dessous

augmentés d’eux-mêmes

qu’est-ce qui nous reste

quand on ne sent plus rien »

p.51

« j’ai peur du froid

de mots sans espace

dans une bouche dure

et sans mâchoires

de mots qui ne montent plus

jusqu’à la salive

qui s’enfoncent dans le ventre »

p.70

Pensées des morts, Ludovic Degroote, Tarabuste, 2002.

Présentation de l’auteur :

Ludovic Degroote est né en 1958 et habite l’agglomération lilloise.

La digue, éditions Unes, 1995.

Barque bleue, éditions Unes, 1998.

Ciels, éditions Unes, 2000.

Sans se retourner, Le Pré Carré, 2000.

Langue trou, éditions des Sept Dormants, 2001.

Pendant, éditions de l’Oiseau-Noir, 2002.

Pensées des morts, éditions Tarabuste, 2003.

Liens :

Courte présentation de Ludovic Degroote sur le site du Centre International de Poésie de Marseille

Présentation de Ludovic Degroote dans le cadre du Prix des découvreurs de Boulogne-sur-Mer

Atelier d’écriture sur Marelle autour de l’ouvrage 69 vies de mon père de Ludovic Degroote

2 commentaires
  • Ludovic Degroote : Pensées des morts 14 février 2011 20:11, par maryse hache

    les mots la mort

    1. pense à toute la horde de mes morts montant en nombre au fur et à mesure que mon âge monte

    2. les mots la mort marmot / ils étaient là dans leur boîte à morts sans mots

    3. achever les mots pour parler de mes morts

    4. qui est au-dessus déjà — ça commence par les trois minet tout au fond — au-dessus ce sont les trois briqué — l’arrière grand tante ernestine est couchée sur le cousin lucien — puis vient la cousine andrée — puis couchés dessus les morceaux réunis pour coucher le grand-père — puis les deux sœurs — et la couche supérieure vide c’est pour moi —

    5. il y a des mots à l’étoffe usée à force — ils manquent — de la tendresse des débuts — de l’éclat de jeunesse — de la grâce des aurores —

    6. ombres poudreuses

    7. toujours tu tombes dans ton avalanche près de grenoble — toujours tu tombes dans ta robe blanche de communiante rue de plélo — toujours tu tombes dans ta maison houdart de la mothe gaz à tous les étages — toujours tu tombes grillé électrifié rue des quatre frères peignot — toujours tu tombes cocotteminutée aux quatre coins d’la cuisine éparpillée façon puzzle rue des favorites — toujours tu tombes ton ulcère à la jambe rue jean-pierre timbaud — toujours tu tombes au bout du couloir jaune quelle rue déjà oubliée — toujours tu tombes sifflant avenue d’alfortville — toujours tu tombes nez de travers dans ton frigo de la saint-valentin avenue marie lannelongue —

    toujours tu tomberas où —

    8. les mots la mort les sorts disaient jeanne favret-saada — les mots disait foucault — la mort disait jankélévitch la jeune fille et la mort disait schumann — hourrah les morts disait franck venaille — le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face disait pascal — les mots maintenant et à l’heure de notre mort —

    9. encore il boit la cigüe — encore elle s’ouvre les veines de la cheville — encore il pose le fusil et tire sur sa tempe — encore elle saute par la fenêtre — encore il s’overdose — encore elle s’est pendue encore il est chaiseélectrifié — encore elle est lapidée — encore il est décapité — encore elle est noyée — encore il est éviscéré — encore elle saute par la fenêtre — encore il se jette sous un train —

    écrit à caen pendant quintette-brouette #2 le 13 février 2011

    maryse hache

  • Ludovic Degroote : Pensées des morts 15 février 2011 15:00, par maryse hache

    les mots la mort (codicille)

    1.
    des fois la mort de la jeune fille tombe dans schuman
    des fois la mémoire tombe dans un guet-de-mots-apens
    des fois l’amour tombe dans la mort
    des fois les mots tombent de leur pan la mort les guette
    des fois notre projet tombe dans celui des mots
    des fois une jeune fille tombe dans une femme
    des fois schubert tombe dans schuman

    2.
    le schmerz tombe dans la mort
    nun hast du mir den ersten schmerz getan

    3.
    frauenliebe und leben écrit schumann
    der tod und dans mädchen écrit schubert


    maryse hache remercie florence trocmé de lui avoir signalé le glissement de terrain

    Voir en ligne : la mort les mots (codicile)

Ludovic Degroote : Pensées des morts
Publié le 17 octobre 2004
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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