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LIMINAIRE
Séance 264



Proposition d’écriture :

Faire le portrait de son père, de sa mère, évoquer la mort d’un de ses parents, sans effusion, en allant au plus précis, au plus juste de ce que fut son existence, ce qu’il en reste, en un récit proche de l’oralité, volontairement éclaté en autant de séquences que d’années vécues par celui dont on retrace le parcours.

69 vies de mon père, Ludovic Degroote, Champ Vallon, 2006.

Présentation du texte :

Comment parler de son père en 69 chapitres alors que ce dernier est parti en ne laissant que des fragments de sa vie ? Ludovic Degroote écrit sur son père mort, en le faisant parler. La voix du père se mêle alors à celle du fils, évoquant tous les morts de la famille, ses racines, ses traditions, son histoire au jour le jour, et la guerre qu’elle traverse, au quotidien.

Après Pensées des morts, texte en vers, en fragments de quelques lignes, Ludovic Degroote aborde une forme qui est plus longue mais se rapproche dans l’esprit de celle du fragment. 69 vies de mon père est le prolongement de Pensées des morts. Ces deux livres ont le même thème. La famille se perpétue à travers les générations, les morts dont nous sommes issus, se continuent à travers nous sans que nous les ayons vraiment connus, et ils se transmettent la mémoire familiale.

Extrait :

« 65

Il n’y a que la mémoire...

Il n’y a que la mémoire qui ne se partage pas, celle que tu voudrais sauver et qui ne se désemplit pas de son vide, celle que tu prétends fixer et qui ne délivrera à son tour que le vide que tu laisses, qu’au fond tu passes toute ta vie à consolider, tant c’est impossible de clouer celui du départ, et tu peux toujours continuer à accumuler mot à mot ce qui devrait nous empêcher de mourir, ce qui devrait nous rassurer d’être né, il y a toutes ces matières défaites et expulsées qui ont fini de t’occuper et qui sont mortes d’un cri. Oui, tu peux toujours continuer, mette à bas la simple peut d’être là, grossir pour éloigner ta peau de ton centre, et puis écrire, abîmer tes petites histoires, poser un bruit qui prend du temps, tu peux essayer de prendre ça pour toi, de le garder comme quelque chose qu’on vit mal et qui finit bien par descendre, ça ne changera rien à l’immense solitude dans laquelle il nous faut attendre et qui nous empêche de dire les choses seules qui ont de l’importance pour nous. C’est un peu pour ça qu’on regarde nos cendriers, à cause de cette façon qu’ils ont d’accrocher ton regard, depuis tout le temps, de retenir la part du dedans, pour ça qu’on partage, pour sauver ce qui ne peut pas l’être, même si c’est plus difficile pour certains, parce que plus on avance plus c’est impossible pour eux de renoncer, non par aigreur ou par égoïsme, mais par haine de cette mémoire qui les écrase, et les écrase mal. »

69 vies de mon père, Ludovic Degroote, Champ Vallon, 2006, p. 136.

Présentation de l’auteur :

Ludovic Degroote, né en 1958 ; habite La Madeleine, près de Lille. Il a publié divers recueils et livres d’artistes et de nombreux textes dans des revues. Il a reçu le Prix des découvreurs 2005. Il a publié La digue, éditions Unes, 1995. Bleu sur Bleu, Le Pré Carré/Hervé Bougel, 1997. De longues plages de silence, éditions Unes, 1998. Barque bleue, éditions Unes, 1998. Ciels, éditions Unes, 2000. Langue Trou, avec Jean-Marc Scanreigh, Éditions des Sept Dormants Saint - Claude, 2001. Pendant, avec Jean-Marc Scanreigh, L’Oiseau noir, 2002. Pensées des morts, Tarabuste, 2003. 69 vies de mon père, Champ Vallon, 2006.

Liens :

Site de l’éditeur de Ludovic Degroote

Présentation du livre par Jacques Josse sur le site Remue.net

Chronique sur le livre paru sur le site de Francopolis

Bibliographie de Ludovic Degroote sur Poezibao

Un entretien avec Cécile Guivarch sur Francopolis

Atelier d’écriture sur Marelle autour de l’ouvrage Pensées des morts de Ludovic Degroote

Ludovic Degroote : 69 vies de mon père
Publié le 21 novembre 2008
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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