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LIMINAIRE
Séance 72



Proposition d’écriture :

« Dans le souvenir clos d’une personne, il y a tout un monde. Les existences croisées se suivent, se suivent. Des abscisses et des ordonnées très personnelles. Il s’agirait de cerner, cela suppose des contours. Nous ne percevons que des fragments. Les bribes qui forment une constellation, réunies en album. Ce n’est pas une histoire. Ce n’est jamais l’histoire. »

Je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle Jacques, Laure Limongi, Al Dante, 2004.

Résumé :

Roman d’amour. Excessif, paradoxal. Anti-roman (d’anti-amour ?). La logique du suspens (c’est aussi un roman policier), les réflexes romanesques y sont constamment désamorcés au profit de développements qui font bifurquer le récit vers d’autres possibilités narratives. Une structure labyrinthique qui laisse au lecteur le choix de déambuler à sa guise dans les réseaux de ce roman critique et passionnant.

C’est aussi un roman sur la capacité que chacun a d’échapper à sa propre destinée (sa psychologie, son milieu social et géographique…), sur notre capacité, dans nos sociétés normatives, à infléchir ce qui semble inscrit de manière imperturbable. C’est un roman de l’énergie, à la fois incroyablement noir (il emprunte au thriller) et optimiste, euphorique, d’une fureur paradoxale. Roman virtuose qui n’a pas d’équivalent formel, à l’écart de toute production romanesque et de toute expérimentation poétique : une perturbation dans l’apathie du roman contemporain. L’écriture en est dense, captivante, baroque. Sensuelle et emportée. Elle associe développements romanesques, fragments de récits, exposés théoriques, dictionnaire, chansons, vers… Laure Limongi poursuit le travail commencé avec éros peccadille, travail de déstructuration baroque : comment continuer à raconter une histoire aujourd’hui ? Je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle Jacques y répond comme une entreprise de renouvellement et de réévaluation de la forme romanesque ; l’amour ou la destruction ne peuvent pas emprunter la forme d’un développement unilatéral.

Présentation du texte :

« Nous ne percevons que des fragments. Les bribes qui forment une constellation, réunies en album. Ce n’est pas une histoire. Ce n’est jamais l’histoire. »

Dans le livre de Laure Limongi il y a tout un monde, et cette phrase liminaire dessine parfaitement le cahier des charges de ce livre singulier.

Comment peut-on encore raconter une histoire aujourd’hui ? Comment s’y prendre ? Quelle forme lui donner ? Et quel héros pour une telle entreprise ? Le héros ici c’est Jacques/Jack. Mais qui est Jacques au juste ?

Le texte de Laure limongi s’attaque au roman par tous les bouts, sous toutes ses formes. A la recherche d’un personnage, ce « Jacques » du titre dont finalement le nom ne nous apprend rien. Jacques remplit toutes les fonctions du récit, à la fois narrateur, amant, tueur, observateur, sans jamais se laisser réduire à un seul de ces rôles des conventions romanesques. « L’hégémonie du personnage décidera des pas de danse et des leurres. L’agencement du récit en dépend, son trajet. »

Extraits :

« La fille de l’air est un obstacle. Un rien qui fait rebut, excès, vie. Des déterminations généalogiques en angle mort. Mes lances, mes haillons, mes précipices. Des accidents. Dans le souvenir clos d’une personne, il y a tout un monde. Les existences croisées se suivent, se suivent. Des abscisses et des ordonnées très personnelles. Il s’agirait de cerner, cela suppose des contours. Nous ne percevons que des fragments. Les bribes qui forment une constellation, réunies en album. Ce n’est pas une histoire. Ce n’est jamais l’histoire. »

Je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle Jacques, Laure Limongi, Al Dante, 2004, p.9.

« Parfois, elle se demandait aussi combien de temps elle devrait encore subir les polos blancs ou roses ou bleus côtelés et les cours de physique-chimie.

Voilà donc la solitude : personne qui partage mon oui.

Souvent, le plus souvent, elle ne pensait à rien. »

Je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle Jacques, Laure Limongi, Al Dante, 2004, p.46.

Présentation de l’auteur :

Laure Limongi est née en 1977 à Bastia. Elle vit et travaille à Paris. Dirige la collection & (critique) aux éditions Al Dante.

Elle a publié : Doublement Sexie (Derrière la salle de bains, 2000), Eros Peccadille (Al Dante 2002) et Je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle Jacques (Al Dante, 2004), ainsi qu’en revues et collectifs. Elle développe des extensions visuelles et sonores de son travail (lectures, performances, vidéos...).

Liens :

Article sur le livre de Laure Limongi

Interview vidéo de Laure Limongi par Philippe Boisnard

"Nos amis les chiens ne sont pas admis" : un texte inédit de Laure Limongi sur T.A.P.I.N.

rougelarsenrose, le blog de Laure Limongi

Laure Limongi : Je ne sais rien d’un homme quand je sais qu’il s’appelle Jacques
Publié le 8 avril 2005
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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