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LIMINAIRE
Séance 293


Proposition d’écriture :

Au départ, la fascination pour un mot, Aube, pour sa rondeur et douceur, pour ce qu’il a de plein : Aube, d’abord, un point qui s’allume sur la paroi noire, un cercle lumineux dans la nuit, une nébuleuse blanche. Puis, son dispersement, sa fusion dans le jour. A partir de tel manque, imaginer l’intervalle, le passage de la nuit au jour, entre la nuit et le jour. La page vide, blanche, métaphorique est le support, le tableau, le plan où tout apparaît, se forme, se transforme et s’efface, écran mouvant.

Aube, Joseph Julien Guglielmi, éditions P.O.L., 1984.

Présentation du texte :

À la fois fragmentaire et continue jouant sur la durée du poème, sa longueur, tout autant que sur la discontinuité, les écarts et les ruptures nées, entre autres, du surgissement des langues la poésie de Guglielmi se bâtit toute entière sur sa valeur subversive : « vers à vif & acrostiche : / imaginer une feinte / où basculerait la phrase ». Elle privilégie donc, comme en musique, le rythme avant tout, la vitesse de ses accords, parfois violente et sombre dans le vertige de sa chute, parfois ivre de sa jouissance, toujours relancé comme d’une fuite en avant perpétuelle : tentative pour rendre acceptable, peut-être, la finitude.

« Ce qui se joue, ici, dans la diversité, ce qui bée, qui jouit du privilège des orifices (donc, ce qui s’échappe), n’est rien d’autre que la mise en acte de la perte du sujet laquelle, métaphoriquement, travaille à mort la métaphysique du livre ».

Cette citation, extraite du recueil d’essais de Joseph Guglielmi intitulé Le Dégagement multiple, pourrait être reprise en exergue de l’ensemble de l’œuvre poétique propre au poète. Œuvre qui, depuis Aube (1968) jusqu’à Origine de la mer (1993), s’écrit, se récrit, s’expand, dans la diversité des livres et des langues, pour converger en un seul chant d’amour et de mort : le mouvement d’une parole hantée par sa fin mais qui ne cesse de redire son désir de vie.

Extrait :

« Je marche

où la lueur recule...

(la fable se défait du temps...

la nuit comme l’aube disperse

le dessin à peine entrevu

que tient « l’intervalle multiple »)

Je ne vois rien

en ce feu extérieur

mais la pluie

lisse et nue

mais le feu sans rencontre ?

un moment le cercle s’éteint

renversement de l’aube inachevable

Toute approche est ici une mort

qu’on répète

mais d’où le jour se vide

ne parle qu’un peu plus

de nuit ; le monde qu’en est-il

sinon

la flexion de l’image ?

- tout se joue dans l’absence de voir

Je marche

où il n’est rien, dans l’aube

je dis dans l’aube

parce que c’est vide

et blanc dans l’incertitude des lignes

Un regard fonde le discours

et son revers inentamable

le long de ce larmier

dehors

avec la peur »

Auteur :

Né à Marseille de parents italiens (Ligurie), longtemps instituteur, vit et travaille à Paris et à Ivry-sur-Seine. Poète et traducteur, essayiste et diariste, il pratique couramment des lectures publiques de sa poésie et des animations dans le domaine scolaire. Voyages au Japon et aux USA. Nombreux livres avec des artistes : Arman, Groborne, Slacik, Deck, Charpin, Bouderbala, Poivret, Bonnelalbay...

Il a publié de nombreux ouvrages aux éditions P.O.L. : Travelogue (2000), Grungy project (1997), K ou le dit du passage (1992), Joe’s bunker (1991), Le Mouvement de la mort (1988), Fins de vers (1986), Aube (1984).

Liens :

Joseph Julien Guglielmi sur le site de son éditeur P.O.L

Biobibliographie de l’auteur sur le site Poezibao

Lecture et bibliographie sur le site du cipM

Récital de poésie de Joseph Julien Guglielmi à l’ENBA de Lyon

Joseph Julien Guglielmi : Aube
Publié le 12 juin 2009
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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