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LIMINAIRE
Séance 170



Proposition d’écriture :

Analyser des situations paradoxales et des événements tragico-hilarants, en ayant recours à la parodie, à la pratique de l’absurde et à la dérision, pour interroger les débordements de notre société. La déstabilisation engendrée par la répétition de signes d’écriture épidémique, un immense collage/assemblage qui prend la forme d’une litanie de Je voudrais, l’énergie décalée des mots, un langage détourné, en rébellion permanente, avec des hoquets ou des toux incongrus, une parole totale et ouverte, témoignent de la singularité du regard que l’on veut porter sur le monde qui nous entoure.



Put-Put, Epidemik, Joël Hubaut, http://joelhubaut.jujuart.com, 1997.

Présentation du texte :

L’humour et la versatilité de Joël Hubaut envers les courants de l’art actuel le place en marge de toutes les tendances nouvelles bien qu’il embrasse chacune d’elles. Comme un immense collage/assemblage, son art d’attitude basé sur le langage détourné est en rébellion permanente. Joël Hubaut pose le problème de la liberté de création à notre époque sans chercher jamais de conclusion et de vérité.

Joël Hubaut a sans doute été, selon Pierre Restany, « un des premiers artistes de sa génération à sentir intuitivement que le monde changeait et que le langage, lui aussi, changeait. »

C’est pourquoi, dés 1970, il a commencé à inventer des signes d’écriture épidémique, dont le Portrait de Barbey d’Aurévilly, œuvre acquise par le FRAC Basse Normandie en 1984, est une véritable illustration.

« Les bribes de discours, dit l’artiste, ne peuvent fonctionner qu’avec des hoquets ou avec des toux incongrus pour former une parole totale et ouverte, car pour moi la communication, c’est aussi cette toux, ce hoquet, tous ces non-dits virtuels qui produisent des formations de réalité... Par conséquent, j’use de cette idée de purulence du langage dès le début de mes activités en m’appropriant des signes (des éléments qui sont plus proches du pictogramme ou du hiéroglyphe et que j’ai extirpé du Constructivisme russe), croix, cercles, flèches, carrés, triangles, sortes de lettres bactéries. »

Extrait :

« Je voudrais faire des Re-Mot et re-Mot et re-Momo

je voudrais remotiver chaque mot-mot

et je voudrais remotiver les mots entre les buildings et les infos-routes

avec toutes ses putains de pancartes à la grecque

je voudrais laisser voler les mots indicador en éclats avec les pigeons latins goitreux

je voudrais baguer les mots doxa et praxis pour les expédier en Afrique

je voudrais que les mots chantent avec des sacs de farine dans la tête

je voudrais faire danser les mots comme des serpents à roulettes

pour la théorie de l’immanence entortillée autour du pot

je voudrais qu’ils s’échappent des attachés-cases

et qu’ils s’excitent comme des saucisses avec les abeilles du pèse-nerf

je voudrais qu’ils se rappellent des paralloïdres et des mots-valises

je voudrais qu’ils flânent avec les paraphrases polaroïds entre les guillemets

je voudrais qu’ils copulent dans les manuels en reZutant

et pourvu qu’ils reZaum et reDerviche et reMaldoror

je voudrais une érotisation totale des idiomes avec les prétérits bambolear

et j’organiserais une partouze de références et de citations du tombeau de Pierre Larousse

avec une ponctuation pornographique pour les rats de bibliothèques

et je les étoufferais poétiquement en remégapneumant avec une cadence digitalisée

et je voudrais les écrabouiller à la pelleteuse re-Pin-Pin en roulant les RR

et j’enfoncerais mes doigts au fond d’la gorge

et je redébobinerais la r’Ursonate et les re-sonies et les re-permutations

et je voudrais qu’on remix les re-crirythmes ultras re-verbo

et j’arracherais les plumes des mots cut cut cut doc(k)s doc(k)s doc(k)s

et je voudrais ne pas arrêter de vouloir motiver les re-mots dans les cavernes du fond du trou

pour la potentialité et l’alternative des ladillas universitaires amorphes adidas

je voudrais les remotiver Full Full hors des structures de récit

et je taperais Tam Tam en re-tapant avec mon clavier Tam Tam

je voudrais les disperser dans les gâteaux Tam Tam du traitement automatisé re-Tam Tam

je voudrais les re-saouler avec un vocabulaire-sangria

et chaque mot sera découpé dans les bananes sémio-mio

et je voudrais qu’on patauge dans cette langue juteuse

avec des mots flottants Ch’i Ch’i en dérive à contre courant des théories

je voudrais que tous les mots soient complètement pétés à la téquila

et que le lexique dyslexique m’excite comme au Mexique

je voudrais que les mots soient nus sous une pluie d’endives paradiscursives

je voudrais que les mots s’enlacent et qu’ils abandonnent ce comportement raisonnable

je voudrais que les mots se défoncent à la sécotine et qu’ils s’éclatent

je voudrais augmenter leurs sens avec des pastilles fluo manoseo dans les colloques

pour les extirper du contexte économico zozo

je voudrais toujours le vouloir dans l’inversion aspectuelle concreta

je voudrais que les mots Mau Mau se redébinent en radiotaxi vers Vaduz

je voudrais qu’ils se barrent à toute berzingue loin de la mafia

je voudrais toujours m’acharner à cette motivation d’une manière générale ambiguë

pour la destruction du programme de la langue dans les circuits d’affaires... »

Put-Put, Epidemik, Joël Hubaut, http://joelhubaut.jujuart.com, 1997.

Présentation de l’auteur :

Joël Hubaut est un artiste français né en 1947 à Amiens, France. Il vit à Réville en Normandie et enseigne à l’école des Beaux-Arts de Caen depuis 1978. Il débute son travail à la fin des années 60. Mixant toutes ces sources hétéroclites, il oriente son activité vers un mixage hybride et monstrueux qu’il qualifie avec humour de « Pest-Moderne ». Il crée à partir de 1970 ses premiers signes d’écriture épidémik qui envahissent tous les supports, objets-corps humains-véhicules-sites-etc. développant un processus « rhizomique » pluridisciplinaire et intermédia sous forme d’installations et de manœuvres.

Il crée et anime un espace alternatif : « NOUVEAU MIXAGE » de 1978 à 1985 (installation-vidéo-peinture-poésie-concert-performance), En 1986 il réalise une performance avec Felix Guattari au Café de la Danse à Paris. Il fonde en 1987 les éditions de la C.R.E.M. (conceptuelle rapide et maximale). 1er. Livre avec Ghérasim Luca. (10 publications : poèmes /photos /dessins et textes théoriques). Il dirige la revue sonore « FRACTAL MUSIK »sur CD audio produite par la Station Mir, 3 albums de musiques d’artistes : « Sati-Tati-Kaki »- « Opérette d’artistes », "No repeat-No repeat" et anime à partir de 1996 les soirées Hiatus (cabaret-café littéraire) au Frac de Basse Normandie.

Joël Hubaut est un artiste difficilement classable. Réalisant surtout des installations, des dessins, des peintures et objets divers, il est paradoxalement d’abord connu pour ses performances et ses textes poétiques. Il expose et performe régulièrement en France et a l’étranger. Il travaille avec la galerie Lara Vincy Paris depuis 1980 et à participé à de nombreux festival Polyphonix. Nombreuses manifestations en Europe, mais aussi aux États-Unis, Canada, Russie, Mexique, Japon, Chine. Depuis 1994, il est représenté par la galerie du Jour-Agnès B.

Liens :

Le site de Joël Hubaut

Espace Myspace de Joël Hubaut

Little Rabits aux Abbatoirs de Toulouse

Un livre sur l’oeuvre de Joël Hubaut paru aux Presses du réel

Joël Hubaut, Rêve-Île, dans la collection Tapin

Des inédits de Joël Hubaut, sur Libr-Critique

Joël Hubaut : Put-Put, Epidemik
Publié le 2 février 2007
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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