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LIMINAIRE
Séance 209



Proposition d’écriture :

Faire son autoportrait, dans un texte miroir reflétant le moi de chaque lecteur, une aventure intérieure qui explore la construction de soi, la construction du je, bercé par le rythme irrégulier des paroles d’un récit introspectif où la forme compte autant que le fond. Introspection mais aussi observation minutieuse de tout ce qui nous entoure. En numérotant chacune des phrases, le narrateur tente de remettre de l’ordre dans ses pensées confuses, et invite à se perdre avec lui dans la complexité de son psychisme. Un regard plein d’autodérision sur son malaise, ses inquiétudes et sur la psychanalyse en général.



Continuez, Jérôme Gontier, Léo Scheer, Collection Laureli, 2007.

Présentation du texte :

Un homme se rend deux fois par semaine chez son analyste. La séance se déroule puis il rentre chez lui. Autoportrait, roman de l’infime dans lequel chaque microaction a valeur d’épopée, Continuez est un texte miroir reflétant le moi de chaque lecteur avec une écriture rythmée, jouant des niveaux de langue et des références. Les expériences, les introspections, les doutes, les menues joies, les angoisses font écho, dans une sympathie universelle qui a à voir avec les archétypes littéraires de la tragédie ou du roman d’initiation. Jérôme Gontier traite ce sujet s’examinant, s’écrivant, avec beaucoup d’humour. Il construit également une figure de l’analyste passionnante, à la fois humaine et fabriquée de toutes pièces par les fantasmes de l’écrivain.

Roman de l’analyse et analyse du roman. Un homme, à un moment charnière de sa vie, écrit l’analyse qu’il poursuit. Introspection mais aussi observation minutieuse de tout ce qui l’entoure.

Extrait :

« 70. – Et le curieux encore, voire le jubilatoire est que je tienne, immobile et debout attendant la sortie de ce que j’hésite à nommer mon extrait mais je crois que c’est ça, à éprouver irrésistiblement le voisinage du cabinet de mon docteur

71. Je veux dire par là qu’il existe un autre automate en vérité que je ne fréquente pas, lui, jamais même s’il m’arrive de le croiser durant mes déambulations quiètes et si je ne le fréquente pas, lui, donc, c’est parce que je le trouve loin, oui, trop loin de la tiédeur du cabinet et que ça me ferait presque peur et froid de m’y arrêter exilé en quelque sorte et c’est curieux, je sais mais c’est ainsi et s’accompagne et se pare voire, donc d’une certaine jubilation y advenant très immanquablement quand je le prends comme c’est.)

72. M’éloignant ensuite de l’appareil je glisse une partie de l’extrait dans une poche, manteau ou pantalon – cela dépend des heures, cela dépend des jours –, plie le reliquat dans mon portefeuille avec ma carte bancaire dont je connais le code par cœur.

73. J’effectue ces gestes d’un air très détaché, comme quelqu’un qui sortant du bureau s’apprête à aller faire une course, j’imagine.

74. Parfois aussi d’ailleurs en effet je vais de ce pas lent acheter un paquet de tabac ou des feuilles à rouler ou le journal ou un briquet ou quoi que ce soit qui coûte afin d’avoir la monnaie exacte tout à l’heure au moment de payer l’exécution de ma parole, ce qui fait que mon air très détaché emprunté à quelqu’un qui sortant du bureau s’apprête à aller faire une course, j’imagine n’est pas totalement joué je trouve – ou c’est que le jeu n’est pas où je le crois je ne sais pas vraiment.

75. (Ce que je sais en revanche est que voir juste ne veut rien dire, je veux dire n’apporte aucun salut, quelque détaché que j’aie l’air, si ne se déploie pas ou ne se déplie pas ma parole dans tous les sens qui ont un sens : la vue ne s’affine que dans la bouche, et la vue que j’ai de moi détaché ou pas mes extraits dans la poche ne se réalise, juste ou pas que dite, point.)

76. Autrefois je lisais le journal le temps qu’il me restait même s’il n’existait pas mais j’avais du mal, vraiment du mal à être physicien dans l’âme alors, et je marchais à pas toujours quiets dans les rues, fixé de l’œil.

77. Mais un jour j’ai trouvé que ce n’était pas très sérieux quand même d’arriver avec lui sous le bras au cabinet alors j’ai arrêté : ce n’était pas très sérieux et en même temps c’était grave, c’est curieux aussi mais c’est aussi ainsi.

78. Mon docteur a remarqué l’effet de ma résolution mais n’a rien dit ou il n’a rien remarqué du tout, c’est probable aussi lorsque je réfléchis un peu, je ne sais pas.

79. Cela ne m’en déplut pas moins toutefois même plus à vrai dire que s’il n’avait sciemment rien dit car s’il n’avait sciemment rien dit, et qu’aurait-il pu dire de toute façon qui n’eût frisé le ridicule : Tiens, vous avez mis le Monde dans votre poche ?

80. Où est donc votre Équipe ?

81. Qu’avez-vous fait de votre Humanité ? »

Continuez, Jérôme Gontier, Léo Scheer, Collection Laureli, 2007, p. 72.

Présentation de l’auteur :

Jérôme Gontier est né en 1970. Il vit et travaille à Rennes. Continuez est son deuxième livre, après ergo sum publié par les éditions al dante, en 2002. Il a également publié de nombreux textes en revues.

Liens :

Présentation et critique du livre par Philippe Boisnard sur le site de Libr-Critique

Présentation du livre sur le site de son éditeur Léo Scheer, avec une vidéo de Laure Limongi responsable de la collection Laureli

Présentation de la collection Laureli chez Léo Scheer

Sur le site de la revue remue.net : premier extrait de Continuez

Sur le site de la revue remue.net : deuxième extrait de Continuez

Sur le site de la revue remue.net : troisième extrait de Continuez

Jérôme Gontier : Continuez
Publié le 2 novembre 2007
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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