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Séance 97



Propositions d’écriture :

Se livrer à une méditation poétique en forme de variation sur une couleur de son choix en l’approchant tour à tour sous un angle plutôt abstrait, et sous un angle plus concret, charnel même, la couleur, les objets, les sensations nées de cette couleur.

Une histoire de bleu, Jean-Michel Maulpoix, Mercure de France, 1999.

Dresser l’inventaire de tous les passants que l’on a croisé dans la rue, en les décrivant (silhouettes, détails vestimentaires, gestuels, bribes de dialogues, environnement). Chaque proposition doit tenir en une phrase relativement courte commençant systématiquement par le pronom démonstratif : "ceux".

Une histoire de bleu, Jean-Michel Maulpoix, Mercure de France, 1999.

Présentation des textes :

Neuf chapitres de neuf textes, soit quatre-vingt une variations sur le bleu, la couleur bleu, courtes proses autour du : « Pas vraiment une couleur, plutôt une tonalité, une transparence, une résonance de l’air. »

« L’objet d’Une histoire de bleu telle que le décrit Jean-Michel Maulpoix, est précisément d’explorer ce regard, ce tête à tête singulier de l’homme avec une apparence d’infini, ce dialogue hésitant qui se poursuit aussi bien dans l’amour et face à la mort que sous les voûtes des églises ou sur les rivages de la mer... »

La poésie de Jean-Michel Maulpoix est curieuse de tout, à la fois ludique et encyclopédique, elle prend tour à tour la forme du cahier (du jour), du journal (privé), celle du piéton en ville ou du voyageur aux États-Unis (carnet d’envol). Jean-Michel Maulpoix prend soin de flécher son parcours avec des aphorismes, des références poétiques, des descriptions prosaïques ou lyriques, et un regard toujours critique sur le monde dans lequel il vit. Son écriture, où dialoguent sans cesse prose et poésie, se réclame volontiers d’un « lyrisme critique ».

Jean-Michel Maulpoix poursuit une oeuvre où la mélancolie vient en permanence teinter la célébration du quotidien :

« Écrire est un dimanche. Un après-midi de neige et de suie. Une histoire contée à mi-voix. Il n’y a là personne, pas même celui qui tient la plume. On entend des bruits à l’entour et le crissement du métal sur la feuille : le travail impersonnel et secret d’un peuple de fourmis.

Cela souvent se passe ainsi : on est attablé dans la chambre où le couvert est mis pour un singulier repas. Juste une rame de papier blanc. »

Extraits :

« Le bleu ne fait pas de bruit. C’est une couleur timide, sans arrière-pensée, présage ni projet, qui ne se jette pas brusquement sur le regard comme le jaune ou le rouge, mais qui l’attire à soi, l’apprivoise peu à peu, le laisse venir sans le presser, de sorte qu’en elle il s’enfonce et se noie sans se rendre compte de rien. »

Une histoire de bleu, Jean-Michel Maulpoix, Mercure de France, 1999.

« Il y a ceux qui promènent un cornet de glace au chocolat

Ceux qui se tiennent la main, ceux qui se laissent pousser la barbe

Ceux qui portent un sac en plastique, avec des courses, des livres ou des bouteilles

Ceux qui mettent un chapeau, ceux qui balancent les bras

Ceux tee-shirt rayé, ceux polo vert et short rouge. »

Une histoire de bleu, Jean-Michel Maulpoix, Mercure de France, 1999, p.40.

« 23 novembre

New Orleans

Amour en poudre, en cendre, en pleurs. Le monde me redevient opaque et ordinaire.

Poulet au chocolat. Sandwich de dinde aux huitres frites. Je tire un rideau de larmes sur le Mississippi.

Assise en tailleur dans l’herbe, béate et souriante, une femme me masse la plante des pieds avec une bouteille de Coca.

L’Amérique est aussi, comme cette histoire qui nous lie l’un à l’autre, une discordante bande son. »

Une histoire de bleu, Jean-Michel Maulpoix, Mercure de France, 1999, pp.50-51.

Présentation de l’auteur :

Né à Montbéliard, le 11 novembre 1952, Jean-Michel Maulpoix est l’auteur d’ouvrages poétiques, parmi lesquels Une histoire de bleu, L’Ecrivain imaginaire, Domaine public, et Pas sur la neige, publiés au Mercure de France. Il a également fait paraître des études critiques sur Henri Michaux, Jacques Réda et René Char, ainsi que des essais généraux de poétique (entre autres : La poésie malgré tout, La poésie comme l’amour et Du lyrisme).

Jean-Michel Maulpoix dirige la revue trimestrielle de littérature et de critique Le Nouveau Recueil (éd. Champ vallon). Il enseigne la poésie moderne et contemporaine à l’Université ParisX-Nanterre.

Liens :

Le site de Jean-Michel Maulpoix

Entretien avec Jean-Michel Maulpoix sur le site de Fluctuat

Jean-Michel Maulpoix sur le site Remue.net

Deux écrivains, deux professeurs face à la justice

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1 commentaire
  • Jean-Michel Maulpoix : Une histoire de bleu 10 avril 2012 15:55, par brigetoun

    La couleur des creux n’est pas une couleur, elle est une ombre ou une lumière, une clarté, comme le rose infiniment délicat, pâle, presque une blancheur qui s’éveillerait, telle le vieillissement d’une pétale, alors qu’elle est juste aurore - le creux délicat, la si fine peau lisse légèrement marbrée - que l’on découvre en dépliant doucement, avec précaution et respect, le poing résolument fermé d’un nouveau-né.

    La couleur des creux n’est pas une couleur, elle est une idée d’abri, de corbeille pleine d’air, la peau tachetée, mélange de gris vert et de beige bruni ou infiniment clair, formes redessinées par la lumière et les ombres, aisselle d’un platane, source dont se détachent les fortes branches.

    La couleur des creux n’est pas une couleur, elle est un gouffre qui les détruit toutes, quand l’oeil plonge dans un puits comme un abîme où se dissout la vue dans une pénombre plongeante jusqu’à se heurter à une obscurité plate que n’anime que l’idée de lueurs vagues mouvantes en reflet.

    La couleur des creux n’est pas une couleur, elle est un assombrissement de l’ocre du mur, dessinant la courbe d’une embrasure profonde jusqu’au mur de plus en plus clair, quand la lumière est libérée, au delà de l’arrête, le mur taloché, d’un blanc d’or pâle où s’ouvre une petite grille, branchie de la cave obscure.

    La couleur des creux est assombrissement, au bas du rocher, là où la mer creuse, où la roche jaune, ocrée et verdie de lichens, vire au brun teinté par le glauque sombre de l’eau privée de lumière, par le reflet dans l’ombre de la profondeur, et l’oeil glisse sur cette frontière jusqu’à la zone que frappe le soleil, qui n’est plus que scintillement mêlant le vert tendre, l’or et le bleu, avant que s’étende vers le large le dégradé des bleus frissonnants

    La couleur du creux est absence, brume, flèches violettes, quand la pensée se solidifie dans une hébétude migraineuse.

    La couleur des creux est reflet sali mais lumineux, quand ils sont remplis d’eau après l’averse qui a inondé le chantier et les a remplies d’une eau lentement bue par l’argile.

    La couleur au creux de la niche est de caramel clair, là où l’ocre miel du mur se troue d’un peu d’ombre pour envelopper la vierge absente, dont ne reste que le clou qui la fixait mais ne l’a pas retenue, et cette douce paume incurvée n’est qu’attente remplie de la caresse de l’air tiède.

Jean-Michel Maulpoix : Une histoire de bleu
Publié le 9 septembre 2005
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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