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LIMINAIRE
Séance 131



Proposition d’écriture :

Que voit-on quand on voit ? Qu’est-ce que le regard ? Qu’est-ce que le visible ? Entre nos mains et nos yeux, les mots s’interposent toujours, nous croyons voir mais ne faisons que lire. D’ailleurs le regard en lui-même n’est pas l’instrument d’information et de constat que l’on croit : il n’est pas qu’un aller et retour, c’est un espace, un espace sensible qui s’emplit du sentiment d’un toucher visuel.

Les Yeux, L’Envahissement des yeux, Jean-Luc Parant, José Corti, 2002.

Présentation du texte :

La poésie de Jean-Luc Parant, puissante, obsessionnelle, répétitive, relève de la scansion, de la performance - l’artiste avait rempli, il y a une dizaine d’années, le musée de Villeneuve-d’Ascq, de cent mille et une boules (en terre cuite). Il dérange l’écriture en la poussant à ses limites, c’est-à-dire aux points de contact avec une oralité rituelle, avec la danse, la musique, le pétrissement.

« De l’apparition au plus près de mes mains

à la disparition au plus loin de mes yeux. »

Extrait :

« Pour voir, il faudrait que tu suives des yeux ce que je vois et que tu tournes tout autour en reculant d’un pas à chaque tour, ainsi jusqu’au plus loin, jusqu’à ce que tu ne voies plus ce que nous voyons. Puis que tu continues à suivre des yeux ce que je vois et que tu continues à tourner tout autour de ce que l’homme voit en montant d’un pas à chaque tour, ainsi jusqu’au plus haut, jusqu’à ce que tu ne voies plus ce que la femme voit. Puis que tu continues encore à suivre des yeux ce que je vois et que tu tournes tout autour de ce que nous voyons en descendant d’un pas à chaque tour, ainsi jusqu’au plus bas, jusqu’à ce que tu ne voies plus ce que l’homme, la femme et les enfants voient car voir c’est aller jusqu’à ne plus voir, c’est ouvrir les yeux jusqu’à pouvoir les fermer. Voir, c’est aller jusqu’à faire disparaître l’image vue. Voir, c’est aller jusqu’où nous ne voyons plus, c’est aller partout, si loin et si près de ce que vous voyez que ce que vous voyez disparaît.

Voir, c’est comme s’être vu soi-même de partout : du dessus, du dessous, de tous les côtés, de tous les angles, à toutes les distances ; c’est avoir fait le tour complet de son corps entier jusqu’à ne plus voir que le bout de son nez, jusqu’à avoir été si loin et si près de soi que l’on ne se voie plus jamais en entier.

Voir, c’est comme s’être vu soi-même au plus près et au plus loin jusqu’à ne plus se voir soi-même qu’à travers les autres yeux qui nous voient. Voir, c’est aller du plus près au plus loin de ce que nous voyons jusqu’à ne plus voir ce que l’homme voit, jusqu’à voir ce que la femme ne voyait pas. »

Les Yeux, L’Envahissement des yeux, Jean-Luc Parant, José Corti, 2002.

Présentation de l’auteur :

Né à Tunis en 1944, écrivain et sculpteur. Vit dans l’Ariège. Se dit "Fabriquant de boules et de textes sur les yeux". Son œuvre est guidée par l’aspiration à créer une "forme vivante", intimement liée à l’harmonie céleste.

Liens :

Le site de Jean-Luc Parant

Dossier pédagogique sur le travail de Jean-Luc Parant

Un article paru dans « Le Matricule des Anges »

Jean-Luc Parant : Les Yeux, L’Envahissement des yeux
Publié le 5 mai 2006
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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