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LIMINAIRE
Séance 361


Proposition d’écriture :

À partir de dépêches de journaux, de fait-divers extraits de ce qu’on appelle couramment la rubrique des chiens écrasés, élaborer de courtes fictions écrites comme des poèmes, si l’on entend qu’un poème a, sur la page, une disposition plus ou moins différente de la prose. Le vers est court, très court, hoquetant même. Le mot final peut être rectifié, coupé en deux, rejeté en début de ligne suivante. D’une architecture plus poétique que prosaïque, cette poésie-fiction s’apparente aussi à ce mouvement par son côté narratif, son humour noir, son souci de concision extrême et sa façon de déstructurer les liens de cause à effet.

La plus grande civilisation de tous les temps, Jean-Luc Caizergues, Flammarion, Collection Poésie, 2004.

Présentation du texte :

« Légèrement moins consternant peut-être (on s’habitue à tout), écrit Claude Vercey, mais tout aussi glaçant, d’un humour au scalpel, de chirurgien qui opère sans anesthésie, les textes passant de l’univers du fait-divers sanglant (le matériau était alors tiré de Libération) et de la série noire vers un univers familial non moins meurtrier. Poésie-fiction est-il indiqué néanmoins sur la couverture, de crainte sans doute qu’on prenne ces divers épisodes comme biographiques. »

Tout cela serait insupportable sans la concision et les exquises manières qu’emprunte la narration, grâce auxquelles l’auteur, dont on devine la jubilation, se tient à distance. Jean-Luc Caizergues se définit ainsi : « aucun style, aucune imagination, je n’écris pas, je copie. »

Le matériau de référence de ces micro-nouvelles de Jean-Luc Caizergues est le journal Libération, du 13 novembre au 31 décembre 2000.

« le journal écrit mon journal

c’est un miroir brisé brisé

fiction ≠ fiction »

Extrait :

1

la porte, poussée

en en trant, déclen-

che le démarrage fu

rieux d’une boule

d’acier qui court

le long d’une glis-

sière métallique

fixée au mur

et qui achève son

trajet en tombant

du plafond sur le

crâne du visiteur.

2

L’endroit est

accessible seu-

lement depuis la

bibliothèque.

Une veste pen-

due à une patère

exhale la fade

nostalgie

d’un lecteur

absent. Pas de hé-

ros, pas d’anecdo-

te, pas de fable.

3

Reclus sur la

montagne ennei-

gée qui domine

la ville,

transi de haine

et de ressentiment

il rêve d’un pas-

sé, d’un pays,

d’un monde

qui n’existent

plus que dans sa

tête.

4

On finit par

le laisser en-

trer. Il se ré-

chauffe un peu,

mange un mor-

ceau, se désaltè-

re. Puis on tire

les rideaux

et on décroche

le nerf de bœuf

pendu derrière la

porte.

La plus grande civilisation de tous les temps, Jean-Luc Caizergues, Flammarion, Collection Poésie, 2004, pp.95-98.

Auteur :

Né en 1954, Jean-Luc Caizergues est machiniste à l’opéra de Montpellier. Il n’a entrepris d’écrire « sérieusement » – mais avec une application sans faille – que depuis quelques années et a collaboré aux revues Fin, La Polygraphe, Arsenal, La Revue littéraire notamment, ainsi qu’au volume collectif 49 poètes (Flammarion, 2004). Il travaille actuellement à la rédaction d’un roman. La plus grande civilisation de tous les temps, qui regroupait ses premiers écrits, est paru en 2004 dans la collection Poésie/Flammarion.

Liens :

Critique du livre de Jean-Luc Caizergues, Mon suicide

Extrait de « Mon Suicide » sur le site de Philippe Annocque

Sans anesthésie, article de Claude Vercey sur la revue Décharge

Jean-Luc Caizergues : La plus grande civilisation de tous les temps
Publié le 1er octobre 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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