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LIMINAIRE
Séance 284


Proposition d’écriture :

Écrire un ensemble de poèmes qui forment un monde troué, celui de la page blanche que des signes d’encre noire viennent hachurer. Le corps de l’écriture y est mutilé d’espaces manquants, et dans cette nouvelle configuration du vers poétique qui perd sa linéarité, sa détermination presque physique d’objet grammatical correct et fini s’ouvre la finitude de la phrase. Le sujet vient à s’absenter, et c’est pourtant dans la réalité même de cette absence, son inexistence graphique, que semble se faire entendre une présence nouvelle, comme s’il fallait au discours un mourir immédiat qui permette la renaissance d’une langue, la sortie du néant.

Narration d’équilibre 6-7-8-9, Jean Daive, P.O.L., 1990.

Présentation du texte :

Perçu à New York en 1970 comme une série de bougés qui seraient des moments d’un apprentissage, Narration d’équilibre, très long poème de 767 pages, s’achève vingt ans après, avec l’expérience photographique, où les légendes, échos du vers, captivent l’enfant.

Une recherche d’identité dans la froide terreur de la retrouver, ici, maintenant, dans ce peu agité et touffu qu’accumule le jour et la nuit, le rêve et le manque de rêve, et le refus du rêve. Nous assistons, un peu saisis, à un accroissement de l’écriture dans la netteté, par une vitesse d’assimilation des figures par ce tranchant des images raccordées, petits mondes dissemblables que le poète perturbe et augmente à les mêler.

Extrait :

« Je suis a la forme du fond. Je dis a.

Objet. Murmure et.

Graisse de poisson.

2

Drap doublé de fourrure. Qui ?

Médecin ou enfant ?

Dieux légèrement martelés.

L’air fait se déplacer un pointeur.

Une pelle soulève la surface vide.

Oracle au fond d’une boîte d’allumettes.

Un centimètre de terre, toutes sortes d’articles.

Couvercle, objet de nature.

Temps humide et cette cuillère à boire.

La forme qui suit est celle d’une obtention.

3

Sol est un tambour.

Peaux couvrent une boisson et non usage.

Le plat, l’arrondi gonflent.

Cuillère à boire les lettres monbtre ce qu’elle brûle.

Alphabet d’un porteur d’eau.

Monde incurve. Preuve incurve.

a. »

Présentation de l’auteur :

Jean Daive est né le 13 mai 1941 à Bon-Secours. "Encyclopédiste et photographe" selon ses propres termes, producteur sur France Culture de l’émission "Peinture fraîche", Jean Daive compose ses poèmes depuis les années 1960 une oeuvre énigmatique - une manière d’enquête où alternent poésie narrative et prose réfléchie. Animateur au fil des années des revues Fragment, fig. et Fin, il a également été le traducteur de Paul Celan et de Robert Creeley.

Il a écrit de nombreux ouvrages : Une femme de quelques vies, Flammarion, 2009. Le Grand incendie de l’Homme, Le Seuil, 2007. La condition d’infini, POL, 1995-1997. Narration d’équilibre, POL, 1982-1990. Décimale blanche, Mercure de France, 1967.

Liens :

Présentation de Jean Daive sur le site de son éditeur P.O.L.

Le Corps poétique « entre énigme et génération » : un article sur le site Prétexte

Autour du CCP et autour de Jean Daive sur Poezibao

Présentation de Jean Daive et trois lectures de l’auteur sur le site du cipM

Jean Daive : Narration d’équilibre 6-7-8-9
Publié le 10 avril 2009
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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