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LIMINAIRE
Séance 99



Proposition d’écriture :

Travailler le chaotique et l’informulé de la langue, dans un suspens des mots qui disent à la fois l’être au monde et son acte d’écrire sans que la lecture puisse décider d’un partage bien tranché. Ecrire, sans objet sinon celui qui s’écrit, ainsi de ces marches pour le seul mouvement régulier où le pas se perd sans dessiner de chemin : "Ne rien dire. Ne rien taire. Ecrire cela."

Le corps clairvoyant (1963-1982), Jacques Dupin, Gallimard, Collection Poésie / Gallimard, 1999.

Présentation du texte :

Comment dire ? est le titre du premier texte de Jacques Dupin publié en revue. Durant toute son œuvre l’interrogation du poète s’est peu à peu déplacée. Ce ne sont plus les formes ni le mode de l’écriture qu’il s’agit pour lui d’éclairer, mais l’écriture elle-même dans son geste sans cesse repris. Le poète interroge l’acte d’écrire dans le mouvement même de son écriture, dans le cours même de son texte, en le mettant en scène.

« L’acte d’écrire comme rupture, écrit Jacques Dupin dans son recueil Moraines, et engagement cruel de l’esprit, et du corps, dans une succession nécessaire de ruptures, de dérives, d’embrasements. »

« Si l’on prend le langage en tant que tel, entité autonome, corps vivant, et qu’on le dégage de sa fonction utilitaire, outil de communication et d’échange entre les hommes pour le fonctionnement de la société, la langue est nue, mise à nu dans la lumière, et sa nudité est pure violence. Les mots cessent d’être de la menue monnaie qui circule, valeur d’usage et valeur d’échange. Les mots sont les étoiles scintillantes d’une constellation à l’état naissant. Ou les gouttes d’eau d’un torrent rapide. Ou les grains de sable d’une grève insoupçonnée. »

Ecrire, sans objet sinon celui qui s’écrit, ainsi de ces marches pour le seul mouvement régulier où le pas se perd sans dessiner de chemin : « Ne rien dire. Ne rien taire. Ecrire cela. »

L’ouvrage Le corps clairvoyant regroupe les quatre premiers recueils de Jacques Dupin publiés entre 1963 et 1982.

Extrait :

« Une goutte de ton sang

des senteurs

de préhistoire »

« Meurtre non savoir

un effet de surface

et de soufre »

« Une encoche

dans le buis

seule

signe »

Le corps clairvoyant (1963-1982), Jacques Dupin, Gallimard, Collection Poésie / Gallimard, 1999, pp.318, 320, 331.

Présentation de l’auteur :

Jacques Dupin est né en 1927 à Privas. Il vit à Paris depuis 1944. Cofondateur en 1966 de la revue L’Ephémère avec Yves Bonnefoy, Paul Celan, Louis-René des Forêts, André du Bouchet, Michel Leiris et Gaëtan Picon, Jacques Dupin occupe une place majeure dans la poésie contemporaine. Il obtient le Prix national de poésie en 1988.

Liens :

Sélection de textes et de liens sur Jacques Dupun sur le site Remue.net

Sémiotique et sémantique du style chez Jacques Dupin, dans la revue Texto (fichier pdf

Présentation de Jacques Dupin sur l’encyclopédie Wikipédia

L’impossible catharsis, un texte de Bernard Simeone

1 commentaire
  • Jacques Dupin : Le corps clairvoyant 30 septembre 2010 18:47, par brigetoun

    Cailloux de miel, tus

    En silence, mots.

    Vérité

    en vrille, fouille,

    ce qui est

    cailloux de miel ou

    fange, roc, clarté,

    le poser

    inscrit et figé,

    poursuivre l’élan

    les mots comme une perte

Jacques Dupin : Le corps clairvoyant
Publié le 23 septembre 2005
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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