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LIMINAIRE
Séance 237



Proposition d’écriture :

Dresser la liste de nos certitudes qui n’en sont pas comme autant de notes brèves, menues observations, souvenirs, et réflexions qui forment un autoportrait fragmentaire.

Je sais, Ito Naga, Cheyne, 2007.

Présentation du texte :

Ito Naga nous propose une collection surprenante, insolite et touchante. Un drôle de catalogue dressé dans l’esprit des I remember et des Je me souviens de Joe Brainard et Georges Perec. Il s’agit d’une énumération de 469 certitudes qui n’en sont pas. Plutôt de menues observations, des souvenirs, des réflexions teintées d’une pointe d’humour et d’impertinence. Une énumération où la poésie naît du mystère, de l’insolite et du décalage.

Une méthode s’affirme au travers de la diversité de ces 469 annotations, comme le note Jean-Pierre Siméon, « celle du scientifique qui s’apparente à celle du poète ou celle du philosophe : un affût intense qui met en examen tout ce qui tombe sous le regard, l’ordinaire, l’infime, l’incident de préférence. Où se vérifie cette loi heureuse : sous chaque observation, mille énigmes nouvelles. »

Extrait :

« 10. Je sais qu’on se représente toujours l’au-delà comme le cosmos. Pourquoi pas comme un terrier de lapin ?

11. Je sais que, dans le vide cosmique, les anges n’ont pas besoin d’ailes. Il n’y a pas d’air pour les porter.

12. Je sais qu’un ange sans ailes, ce n’est pas tout à fait un ange.

27. Je sais que les grosses colères fatiguent, qu’une vie n’en permet peut-être qu’un nombre limité.

28. Je sais que, pour retrouver son calme, Sôseki décrivait ses colères sous forme de haïkus : toute sa fièvre résumée dans 5 + 7 + 5 syllabes !

97. Je sais qu’on emprunte souvent les mots des autres.

98. Je sais que le monde est comme un immense écho, que les mots se répètent à l’infini comme un jeu de miroirs dans un palais persan.

99. Je sais que je ne suis pas le seul à dire La descente est plus difficile que la montée

103. Je sais que la difficulté de s’exprimer consiste avant tout à trouver un angle d’attaque.

160. Je sais qu’avec la fatigue, le corps apparaît comme une malle à traîner : de métro en autobus, d’escalier en escalier.

161. Je sais que curieusement, transporter le corps dans d’autres endroits du monde le repose. »

Je sais, Ito Naga, Cheyne, 2007.

Présentation de l’auteur :

Né en 1957, Ito Naga est astrophysicien. Il collabore régulièrement à la revue italienne Sud. Je sais est son premier livre.

Liens :

Présentation du texte d’Ito Naga sur le site de son éditeur

La couverture du livre

Un article du Journal La Croix sur les éditions du Cheyne

1 commentaire
  • Ito Naga : Je sais 28 décembre 2010 11:12, par brigetoun

    Je sais que j’aimerais voler, pour m’éloigner de moi, sans me quitter

    Je sais que voler est grisant, c’est pourquoi les pigeons qui sont des oiseaux marchent dans nos rues

    Je sais que j’existe, je me regarde dans tous les reflets pour m’en assurer

    Je sais que j’existe, mais je ne sais pas ce qu’est je

    Je sais que je n’aime pas l’effort, mais que je me mets dans des colères auxquelles participe tout le corps

    Je sais que la colère et la peur me tétanisent, mais que cela ne dure pas

    Je sais que c’est si bon quand cela finit, sauf la crainte que cela recommence

    Je sais que j’aime des gens mais que je n’ose le dire, sauf quand ce n’est que partiellement vrai

    Je sais que j’aime les gens, comme j’aime les chiens, et que j’ai peur des deux

    Je sais que j’aime donner mais que, comiquement, je déprécie toujours ce que je donne, parce que ce n’est jamais ce que je voudrais

    Je sais que je veux tant que je me contente d’un rien

    Je sais que j’ai petite opinion de moi mais que je déteste que l’on me critique

    Je sais que j’aime encore moins juger qu’être jugée

    Je sais que m’agace d’être jugée, mais que j’aime cela parce que c’est preuve qu’on me regarde

    Je sais que j’aime regarder la mer, surtout peut être quand elle respire calmement et ne varie qu’avec la lumière

    Je sais que vivre en face d’une montagne m’ennuie, même quand les nuages la transforment

    Je sais que j’ai toujours cru que j’aimerais arrêter de vivre, et que je me bats dès que suis malade,

    Je sais que le moi est détestable, et qu’il importe de se connaître

    Je sais que j’aime qu’un spectacle soit intelligent, construit, marqué par une conjonction ou un affrontement entre l’auteur et les interprètes ce qui permet d’oublier la construction etc...

    Je sais que j’arrête là parce que cela peut continuer et être de moins en moins sincère.

Ito Naga : Je sais
Publié le 16 mai 2008
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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