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Ateliers d’écriture à Sciences Po Paris #2



Une série de douze ateliers d’écriture durant le premier semestre 2011/2012 des étudiants en deuxième année de Sciences Po, ayant pour but de procéder à l’écriture collective d’un récit numérique géolocalisé à partir des images de Google Street View sur Google Documents et sur le blog Le tour du jour en 80 mondes.

Google Street View est un révélateur de notre expérience du monde et de notre rapport au temps et en particulier, de la paradoxale tension entre notre indiffère,ce quotidienne aux choses qui nous entoure et notre incessante recherche de connexion et d’interaction. C’est l’occasion de porter sur Google et le monde qu’il dessine, un nécessaire regard critique, une analyse de la représentation du monde que nous proposent Google Maps, Google earth et Google Street View.

 

 

 

 

 

 

 

Textes des participants 2013 :



Textes des participants 2012 :

8h10-8h40 de la rue des Saints Pères à la rue de Grenelle

Agitation par procuration

Un fil à la patte

Il court, je suis

Un homme à Paris

L’homme en vert et la petite dame qui marchait trop vite

« Ça n’improvise plus à cet âge là »

Sens unique

Un homme dans la ville

Filature…

De Saint Germain des Prés à Rivoli, une jupe rose dans la ville

Photo de l'atelier filature 2012 par Clem. P.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les textes des participants en 2011 restent disponibles sur le site du Tour du jour en 80 mondes entre Tous les scénarios possibles et Le temps d’une filature…


Suite vénitienne et La Filature : Récit à double-voix

L’artiste française Sophie Calle mêle ses propres récits de sa vie à ceux fournis par d’autres personnes, ou encore se plie à l’image que l’on a d’elle, de sorte qu’entre le réel et l’imaginaire, les frontières sont abondamment brouillées.



L’artiste invente ainsi en partie son autobiographie qui fonctionne comme une interface où se rencontrent les différentes visions et versions de sa vie telles qu’elles sont formulées par d’autres.

 

 

 

 

 

 

 

Dans Suite vénitienne, Sophie Calle suit un étranger jusqu’à Venise puis dans les rue de cette ville. Se glissant dans la peau d’un détective privé, elle talonne de près l’inconnu et s’implique de plus en plus affectivement dans l’affaire. Dans La Filature, le jeu s’inverse et c’est l’artiste qui est suivie, cette fois par un véritable détective embauché à sa demande par sa propre mère : il doit la pister dans Paris une journée entière et remettre un rapport circonstancié de son emploi du temps, étayé par des photographies. Dans les deux œuvres on retrouve un inventaire détaillé des faits et gestes de la personne - inventaire dressé, respectivement, par l’artiste et par le détective - ainsi qu’un moment où tout se croise.

 

 

 

 

 

 

 

Sophie Calle transpose sa vie dans le champ de l’impossible, celui de la mise en images ou de l’écriture. Elle se sert des photos comme des preuves de l’authenticité des événements et de sa propre existence,mais elles ne prouvent que ce qui est décrit par le texte, tandis que celui-ci se borne à décrire que ce que montre la photo. Photos et commentaires s’authentifient mutuellement mais, en aucun cas, ils ne prouvent les faits.

Extraits du livre :

Suite vénitienne

« Je suivais des hommes dans la rue. Pour le plaisir de les suivre et non parce qu’ils m‘intéressaient… À la fin du mois de janvier 1980, dans les rues de Paris, j’ai suivi un homme dont j’ai perdu la trace quelques minutes plus tard dans la foule. Le soir même, lors d’une réception, tout à fait par hasard, il me fut présenté. Au cours de la conversation, il me fit part d’un projet imminent de voyage à Venise. Je décidai alors de m’attacher à ses pas, de le suivre. »


La Filature

« Mercredi 13 février 1980

11 heures. Je porte un imperméable beige, un foulard et des lunettes noires...

21 heures. Ce soir, c’est ma première sortie en blonde...

Jeudi 14 février 1980

Minuit. Depuis le pont de l’Académie, je crie son nom...

Samedi 16 février 1980

11h10. Après trois heures d’un va-et-vient continuel, je crois l’apercevoir. Je m’élance. Ce n’est pas lui.

Mardi 19 février 1980

15h20. Au beau milieu du Camp San Angelo, je le vois. Il me tourne le dos et photographie un groupe d’enfants qui jouent. Vite, je l’imite... J’ai peur qu’il ne fasse brusquement volte-face et me voie accroupie dans les ordures. Je décide de passer silencieusement derrière et de l’attendre plus loin. Je baisse la tête et traverse prestement le pont. Henri B. Ne bouge pas. Je pourrai le toucher. »

La filature, Sophie Calle

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pour cet atelier, avec l’ensemble des étudiants nous allons travailler sur un exercice inédit (les deux premières années nous allions travailler en extérieur et décrivions la filature in situ) :

Dans un premier temps, chaque étudiant décrit la filature d’un inconnu dans la ville invisible qu’il a inventé au premier atelier. Il décrit son parcours, ses sensations à suivre ainsi quelqu’un dans la rue, expose ses motifs, et tente de rendre sensible la ville telle qu’il la découvre distrait par la personne qu’il fuit, espérant ne pas être repéré par elle.

Dans un second temps, chaque étudiant découvre le texte de la filature d’un autre étudiant et s’en empare pour tenter de se mettre dans la peau de celui qui est suivi, et, à partir de ce qui a été écrit par l’autre, raconter ce parcours avec ses propres mots jusqu’au moment où il découvre qu’il est suivi.



Cette vidéo est tirée du film Following de Christopher Nolan. Le film raconte l’histoire d’un chômeur, écrivain en herbe qui, s’ennuyant, commence à suivre des gens dans la rue. Ce qui rappelle l’histoire que décrit Edgar Allan Poe dans son histoire “L’homme des foules” (Nouvelles histoires extraordinaires, traduction de Charles Baudelaire, réédition Gallimard, coll. Folio) : L’Homme des foules (The Man of the Crowd) parut à Philadelphie, en décembre 1840, dans le premier numéro du « Graham’s Magazine ». La nouvelle attira l’attention particulière de Charles Baudelaire, lui-même auteur d’un court poème en prose Les foules (in Le Spleen de Paris, 1862), de Walter Benjamin qui lui consacre un long commentaire dans son Charles Baudelaire- Un poète lyrique à l’apogée du capitalisme (1955).

Plus proche de nous Jean-François Mattéi en tire l’épigraphe et le titre de son essai Le regard vide –Essai sur l’épuisement de la culture européenne (Flammarion, 2007). Il en dégage une saisissante proximité avec les analyses de Tocqueville (De la démocratie en Amérique 1835 et 1840), concernant la nature de « l’homo democraticus », l’homme moderne perdu dans la multitude, dans l’innombrable foule, ne pouvant vivre que dans son cœur, prêt à disparaître dans « une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et de vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. » Poe, quant à lui, écrivait, au même moment, dans L’Homme des foules, parlant du même homme, « il entrait successivement dans toutes les boutiques, ne marchandait rien, ne disait pas un mot, et jetait sur tous les objets un regard fixe, effaré, vide. »



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