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LIMINAIRE
Séance 42


Proposition d’écriture :

Les cafés sont des lieux très particuliers. Lieux de passage, de rencontre. Bruyants, parfois déserts. Décrire l’un de ces lieux où l’on a ses habitudes, à travers une anecdote, un souvenir très précis. « Langue perdue. Retrouvée en ces lieux où les larmes me traversèrent de haut en bas : jusque sur le dessus de mes chaussures noires à larges lacets. »

Hourra les morts !, Franck Venaille, collection Les solitudes, Obsidiane, 2004.

Présentation du texte :

Franck Venaille renoue avec le lyrisme ordinaire de « Journal de bord ». Il y décrit dans une langue éblouissante, l’enfance dans le 11e arrondissement, les révoltes ouvrières, le compagnonnage au PC et la fascination du Red Star. La vie quotidienne prise entre dérisoire et dérision, et vue comme un mythe.

« Sans fin je m’interrogeais sur ma naissance, certain que la vieille dame saurait bien me faire comprendre l’origine de mes hennissements mes plaintes de collier cette manière d’être différent des autres cavaliers des autres chevaux et leur semblable pourtant... »

Extrait :

« LA GALLIA : L’HOMME QUI CRIE

C’était grand naufrage !

Que cet homme hurlant à pleines mains devant le zinc.

Toute la coque de La Gallia brûlait d’enfer.

Quand, derrière son journal, le mutin rugissait.

C’en était un carnage de cris ! de grognements !

Bientôt il se calmait, toussait, essuyait sa forte bouche, se jetait dans la rue.

Ô, Commandement de bord abandonnant votre navire vous ne m’avez jamais remarqué.

Certains jours pourtant j’aurais pu être votre mousse, le savez-vous ?

Commandant de l’anxiété.

Commandant pestiféré. »

Hourra les morts !, Franck Venaille, collection Les solitudes, Obsidiane, 2004.

Auteur :

Franck Venaille, né le 26 novembre 1936 à Paris XIe, est un poète et écrivain français. Sa poésie se caractérise par sa puissance expressive, cherchant à faire ressortir la part animale de l’homme, ses pulsions et ses angoisses. Il a obtenu de nombreux prix, notamment le prix Mallarmé en 1996 pour La Descente de l’Escaut. Dernièrement, le prix de poésie 2009 Robert Ganzo ainsi que le prix Alain Bosquet 2009 lui ont été remis pour son ouvrage intitulé Ça publié au Mercure de France. Derniers ouvrages parus : Hourra les morts !, Obsidiane, 2003. Algeria, Melville / Léo Scheer, 2004. Chaos, Mercure de France, 2007. Ça, Mercure de France, 2009. La Descente de l’Escaut suivi de Tragique, Poésie/Gallimard, 2010.

Lien :

"Ça" de Franck Venaille (lecture de Jean-Pascal Dubost)

Franck Venaille, un aventurier du verbe sur le site Altritaliani.net

« Au plus près de Franck Venaille » sur Remue.net

Franck Venaille, un aventurier du verbe sur le site Altritaliani.net

1 commentaire
  • Sur le zinc 2 septembre 2010 10:55, par _chsanchez

    Le troquet du coin, le refuge du besogneux, est planqué dans un virage à l’entrée du bourg. Bourgeois, bourgeoises n’y sont pas légion. Ici, règne la ruralité, l’esprit communautaire des terriens, de ceux qui usent leurs godasses sur les hauts coteaux de schiste. C’est dans cet endroit qu’on trouve le repos du juste, qu’on racle la boue et dépose la poussière des vignes. Après avoir travaillé à la fraîche – matinée de cinq à sept – on étanche sa soif, imbibe son gosier séché par le souffre. La bière-pression jaillit sur le zinc. Sur les sous-bock, elle trace un rond parfait et perle le frais des galopins du matin. Trop tôt pour l’apéro, trop tard pour le café, l’envie de griserie est grande mais les contenants petits, comme pudiques. Il faudra les multiplier à l’abri des regards pour satisfaire son intempérance et délier sa langue. Perchés sur des tabourets et arc-boutés sur le bar, on se raconte qu’il fait chaud en exhibant son bronzage agricole et on se félicite de s’être levés avant le soleil pour aller désherber les vivaces.

    Dans les mains, le bleu du roundup. Dans les narines, l’odeur des pesticides. Et dans les palais, trémousse l’amertume du houblon.

    Les heures et les tournées défilent. A toi, à moi, personne ne partira sur une jambe ni sans celle du patron. Dehors, le gros jaune au plus haut envahit la terrasse, la bâche se baisse et les bocks disparaissent au profit du petit jaune. Caillou de glace dans la liqueur, quatre volumes d’eau et les cœurs se réjouissent de la sieste à venir. L’odeur de terre traitée s’évanouit dans l’anis mélangé à la transpiration des braves. Les habitués se collent au bouchon pour éviter de basculer du tabouret. Sous leur nez, défilent les verres, coupelles de cacahuètes et olives noires. La chaleur et les paroles montent d’un cran, les discussions fusent et les désinhibés deviennent les plus beaux orateurs. Quelques cols blancs rejoignent les prolétaires les moins imbibés et improvisent une partie de belote au comptoir. L’ivresse est sur le zinc et le labeur oublié.

    Voir en ligne : Sur le zinc

Franck Venaille : Hourra les morts !
Publié le 15 octobre 2004
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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