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LIMINAIRE
Séance 250



Proposition d’écriture :

Une ville cela commence où ? cela se finit comment ? Difficile d’en saisir les limites, les frontières et la définition. Explorer la question urbaine comme l’on peut rêver la ville. Un endroit et son envers. À partir d’une question qui revient sans arrêt, jusqu’où cette ville ? tenter d’y répondre en gardant ses distances avec elle pour rester dans la fiction.

Jusqu’où cette ville ? Fabienne Swiatly, Publie.net, 2008.

Présentation du texte :

Voilà ce que dit Fabienne Swiatly de la genèse de ce texte : Cette ville, je la connais bien ou du moins c’est la ville de France que je connais le mieux. Je n’ai jamais pu dire que je l’aimais. Tout au plus que je m’y sens bien mais toujours avec le sentiment que quelque chose m’échappe. Une ville, une grande ville c’est difficile à saisir. Ses limites, ses contours sont imprécis, fuyants. Alors j’ai voulu la regarder avec en moi cette question : une ville cela commence où ? cela se finit comment ?

J’ai voulu être précise en m’appuyant sur du flou. Une tentative d’écriture qui m’amène à écrire : j’ai rêvé une ville. Elle a un nom. Je le garde à distance pour rester dans la fiction. »

« Ici, la ville n’est pas nommée, écrit François Bon dans sa présentation. Mais c’est la métropole d’aujourd’hui celle qui dérange les lignes, nous saisit par où nous sommes corps ou attention poétique. Le système d’écriture, par sa contrainte même, devient alors l’outil optique, qui révèle les figures, permet qu’elles nous surprennent. »

Le texte est accompagné de photos de Jean-Pierre Maillet.

Extrait :

« Jusqu’où cette ville...

Jusque dans les camionnettes rouillées sur le terrain chaotique des chantiers, ville éventrée. La terre qui remonte à la surface, obstination des machines dans l’éboulis des cailloux. Là des femmes ouvrent leur sexe pour quelques euros. Bougies allumées derrière le pare-brise pour signaler la disponibilité. Madones des terrains vagues qui attendent les hommes le long des entrepôts abandonnés. Peinture écaillée sur des murs taciturnes. D’autres hommes ici, avant, raffinaient le sucre, fabriquaient le ciment, chargeaient les péniches. Maintenant le commerce des corps sur le quai qui échappe aux regards.

Jusque sous le drapeau français où attend la file des visiteurs de la prison qui porte le nom d’un saint. Mouvement paresseux du tissu tricolore malgré le vent. A bout de bras des sacs plastiques aux couleurs vives, la marque lisible au centre. Le linge propre amené aux hommes que l’odeur de lessive émeut sans qu’il puisse trouver un lieu où pleurer. Le muscle énervé du peu d’espace. Cour de promenade plus petite que la fosse aux ours du parc. Sous le ciel prisonnier du grillage, des hommes réunis avec ce qu’il y a de plus difficile à partager en eux.

Jusqu’où cette ville...

Jusque dans les cours rénovées du vieux quartier, à l’image des prospectus où l’on invite à découvrir la pierre figée dans l’histoire. Le passé que l’on met au propre. Et l’on vient voir, l’œil collé au viseur. Puis l’on s’arrête devant les tourniquets alignés sur le pavé qui proposent la vieille ville en carte postale - cadrage impeccable. Et on achète par cinq ou par six pour se souvenir et envoyer aux autres. Faire signe à ceux qui sont restés, donner une preuve et dire j’étais là - dans la vieille ville. La photo à la marge blanche et le nom inscrit comme un sourire sur le côté, l’emplacement du timbre pré-imprimé. La ville vendue aux touristes.

Jusque sur le parvis de la cathédrale, la lumière qui se libère enfin des ruelles étroites. L’esplanade où les voitures cherchent malgré l’interdit à se faire une place. Et la scène ancestrale des pauvres réunis à l’extérieur, devant l’immense porte qui mène vers la croix. Groupe de jeunes aux chiens sans laisse qui boivent à même la bouteille l’alcool acheté dans un hard discount. La main tendue vers ceux qui marchent persuadés que Dieu saura les entendre malgré le vacarme des moteurs. Sous les gargouilles aux visages de la peur, le monde semble aussi vieux que les pierres qui le cernent. »

Jusqu’où cette ville ? Fabienne Swiatly, Publie.net, 2008.

Présentation de l’auteur :

Fabienne Swiatly est née en 1960 à Amnéville, Moselle et vit à Lyon. Elle a publié plusieurs ouvrages : La Cendre des mots, L’Harmattan, 2004. Boire, Éditions Terre Noire, 2006. Gagner sa vie, La Fosse aux ours, 2006. Stimmlos - Sans voix, Éditions en forêt, 2006. Jusqu’où cette ville ? Fabienne Swiatly, Publie.net, 2008. Une femme allemande’’, La Fosse aux ours, 2008.

Liens :

Le livre sur le site de Publie.net

Présentation du livre Gagner sa vie sur le site de la revue Le Matricule des anges

Première présentation du projet en ligne de Jean-Pierre Maillet et Fabienne Swiatly sur Remue.net

Galerie photo de Jean-Pierre Maillet

Présentation du livre Gagner sa vie paru aux éditions La fosse aux ours sur Remue.net

Fabienne Swiatly : Jusqu’où cette ville ?
Publié le 15 août 2008
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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