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LIMINAIRE


Proposition d’écriture :

Décrire ce qui est en jeu dans nos perceptions visuelles plutôt que d’en décrire l’objet. « Guette mobile, sans dire, perçois tout, prends l’apparition ou viens et. Je, nomade, débute comme brute et je suis, suis : observation de la transformation de toutes sensations physiques en émotions totales, vite saisies, impossible que jaillit. » Utiliser pour y parvenir une écriture diffractée, en forme de mosaïque, avec des phrases hachurées usant d’une syntaxe disjonctive, et une attention toute particulière à la ponctuation et au substantif.

Lent, Éric Suchère, éditions Le Bleu du ciel, 2003.

Présentation du texte :

« Je suis né le 25 octobre 1967 : depuis le mois d’octobre 1997, j’envoie, chaque mois, une carte postale à un nombre fixe de correspondants. Ce projet, commencé le jour de mes trente ans, devrait s’achever en 2028 après mes soixante ans ; il sera alors, constitué de 365 textes. 365 textes pour : une correspondance, une éphéméride, un autoportrait en continu, un journal, un résumé, un condensé, un précipité, une commémoration.

Ce livre regroupe les textes des cinq premières années. »

« Littérairement, écrit Jérôme Game, sur le site Inventaire/Invention, Lent est composé de soixante textes courts, en prose, d’une demi-page à une page et demi. Dans un art prononcé de la syntaxe, et faisant usage d’un lexique à la fois courant et recherché (je veux dire : précis plutôt que technique), cette écriture s’attache à manifester ce que le sens de la perception visuelle doit à une objectivation du langage et de son usage. Résolument matérialiste et pongienne (Éric Suchère a notamment publié un Souvenir de Ponge), elle tente d’abstraire toute instance subjective des énoncés, notamment par un usage très novateur de la ponctuation et du substantif, hachurant la phrase non pas pour signifier une perception parcellaire ou saccadée mais mosaïque, on pourrait même dire pixelisée, des objets du monde. C’est-à-dire que cette écriture trouve son unité dans un diffracté assumé par une syntaxe disjonctive plutôt que synthétique. »

Extrait :

N°23 (août 1999)

Le quotidien inquiète

« Reprise de jour à l’identique, chaque, où s’exerce, vide, l’emploi du temps, semblable au quotidien. A, jusque nuit, m’échappe au désœuvrement, structure le vide en découpes d’heures comme régule le similaire, sécable. S’occuper s’éprouve en anecdotes - assume le rythme biologique et les affaires courantes - ajout : l’impulsion surmonte l’insomnie habituelle. Le soir, en acte réflexe, accepte à toutes, invites externes où, par l’accumulation calorifique, défile : de jambes dénude et le plaquage des décolletés, d’épaules serties de débardeurs, si résiste aux nombrils encadrés autonomes - l’imagination augmente que, dans chaque fête, se rencontre la fatale. en dépit, le jour invective à haute voix - la maladie de la Tourette - celle : du motif Albertine, adoucie à la résurgence de celui : la perte. »

Lent, Éric Suchère, éditions Le Bleu du ciel, 2003.

Auteur :

Éric Suchère est né en 1967. Il vit et travaille à Paris. Il est membre du comité de rédaction d’Action Poétique et collaborateur à Art Press et aux CCP. Outre de nombreuses publications sur les arts plastiques, il a publié dans le domaine de la poésie L’image différentielle (Voix éditions, 2001), Le motif Albertine (éditions MeMo, 2002), Lent (éditions Le Bleu du ciel, 2003), Le souvenir de Ponge (CIPm/Spectres Familiers, 2004) et ’’Surface’’, (Contrat Maint, 2004).

Il a collaboré à l’anthologie Autres territoires (Farrago, 2003), et a publié dans plusieurs revues (Action Poétique, DWB, If, Il Particolare, Issue, Java, Le Cahier du Refuge, Quaderno, Quid).

Liens :

Un texte de Xavier Person sur Lent dans Le Matricule des Anges

Éric Suchère sur le site de la revue Remue.net

Le site de l’éditeur Le Bleu du ciel

Le site de l’éditeur Le Bleu du ciel

1 commentaire
  • Éric Suchère : lent 11 octobre 2010 17:14, par brigetoun

    Avance dans la rue familière – pense à la lettre à écrire - absente – juste les obstacles éventuels – perçois lumière sur le haut des façades – en tire gaîté. Mouvement... je tourne la tête vers un chien qui déboule. Vérifie rituellement l’heure affichée par la grosse pendule - auto-ironie. Yeux qui filent vers le haut de la rue à la recherche de mon ami mendiant. En approchant de l’ouverture sur l’escalier de l’église, cherche l’effet de lumière, m’arrête pour photographier l’ombre de l’arbre. Du coin de l’oeil, les légumes sur l’étal du fruitier, rien qui convienne. Regarde les vitrines des chausseurs en préparant la monnaie. En répondant au bonhomme, j’enlève ma main pour éviter qu’il la baise, et regarde vers la place, les yeux glissant au dessus des galets - montrer que je suis en retard. Le trottoir est plus étroit, les passants plus nombreux, attentive. Le début du testament de Villon comme on dit son rosaire. Une vie sans relief notable. L’occuper pleinement.

Éric Suchère : lent
Publié le 3 décembre 2004
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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