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LIMINAIRE
Séance 308


Proposition d’écriture :

Écrire, jour après jour, sous la forme d’un triptyque de textes courts, petits récits de quelques lignes, aphorismes, simples vers de mirliton, parfois des éclats de vie, de fiction, de rire, des petites écritures libres de toute injonction, brèves échappées de la table de travail ou tombées du livre de chevet, chronique nerveuse ou énervée d’une vie dans la tension particulière de chaque jour. Jouer des forces intérieures aux trois textes, pour les rendre autonomes.

L’autofictif, Éric Chevillard, Éditions de l’Arbre vengeur, 2009.

Présentation du texte :

« En septembre 2007, sans autre intention que de me distraire d’un roman en cours d’écriture, j’ai ouvert un blog, quel vilain mot, j’ai donc ouvert un vilain blog et je lui ai donné un vilain titre, plutôt par dérision envers le genre complaisant de l’autofiction qui excite depuis longtemps ma mauvaise ironie. Rapidement j’ai pris goût, et même un goût extrême, à cet exercice quotidien d’intervention dans le deuxième monde que constitue aujourd’hui Internet et à ces petites écritures absolument libres de toute injonction. Mon identité de diariste est ici fluctuante, trompeuse, protéiforme. Je me considère à mon tour comme un personnage, je bascule entièrement dans mes univers de fiction où se rencontre aussi, non moins chimérique, le réel. Je ne m’y interdis rien, c’est le principe, ni la sincérité ni la mauvaise foi, ni même à l’occasion l’assassinat. Ces pages pourront être lues ainsi comme la chronique nerveuse ou énervée d’une vie dans la tension particulière de chaque jour. » « Cette tension est un éclatement, écrit François Bon, où la contrainte de format (contrainte d’ailleurs purement Internet : on ne déborde pas de la page écran, on la rythme par le triptyque), et la contrainte de temps (mise en ligne quotidienne, en général à minuit dix), impose à Chevillard une pluralité d’univers-sources où on prend le même plaisir qu’au Journal de Kafka : grâce à la contrainte, à ce mot vie, la littérature retrouve son effectivité en prise avec l’écriture elle-même, en prise avec le temps et l’observation du quotidien, en l’occurrence une ville de province plutôt secrète, Dijon, et la bibliothèque même de l’auteur, avec bestiaires et fantastiques, ou son propre journal de travail. »

Extrait :

18 septembre

J’ai compté 807 brins d’herbe, puis je me suis arrêté. la pelouse était vaste encore.

Et la journée bien avancée. Je me suis assis pour penser. Il se publie trop de livres, c’est certain. mais les miens, imprimés en petit nombre, peu vendus, encombrent moins que d’autres. Je me plais à le faire remarquer. j’écris pour occuper moins de place.

Plus tard encore, j’ai songé à acheter une vache. Sans mentir, j’avais sorti l’argent. elle était blanche et rousse. Et puis je ne sais quelle hésitation au dernier moment.

20 septembre

Son silence a suscité tant de commentaires, de considérations et de bavardages que Rimbaud ne put tout bonnement plus en placer une, ceci expliquant cela.

Dans la rue, ce matin, deux gros messieurs parlaient. Moi, je n’aime pas beaucoup Buster Keaton, dit l’un. Ni moi non plus, acquiesça l’autre. ils étaient bien d’accord sur ce point. Plus tard, je les vis se disputer âprement à propos d’autre chose.

Mais le plus triste, c’est que l’on ne peut qualifier de précoce ma calvitie naissante.

Présentation de l’auteur :

Éric Chevillard est né en 1964 à La Roche-sur-Yon. Il est l’auteur d’une vingtaine de romans et textes brefs. Mourir m’enrhume, roman (Minuit, 1987). Le Démarcheur, roman (Minuit, 1989). Palafox, roman (Minuit, 1992 et « double » n°25, 2003). Le Caoutchouc, décidément, roman (Minuit, 1992). La Nébuleuse du crabe, roman (Minuit, 1993). Oreille rouge, roman (Minuit, 2005 et « double » n° 44, 2007). Démolir Nisard, roman (Minuit, 2006). Sans l’orang-outan, roman (Minuit, 2007). Dans la zone d’activité (Dissonances, 2007). L’Autofictif (L’Arbre vengeur, 2009). En territoire cheyenne, avec des illustrations de Philippe Favier (Fata Morgana, 2009). Et si la main droite de l’écrivain était un crabe et Dans la zone d’activité, diffusé par Publie.net en 2009.

Liens :

Présentation de l’ouvrage d’Éric Chevillard sur le site de son éditeur L’Arbre Vengeur

L’autofictif site, l’autofictif livre, de François Bon sur Tiers livre

Article sur l’ouvrage sur le site du Désordre

Éric Chevillard qui fait blog à part de Pierre Assouline

Extrait sur le blog Lignes de fuite

Article sur le livre d’Éric Chevillard dans La revue des ressources

Chronique du livre sur le site Libr-Critique

Éric Chevillard : L’autofictif
Publié le 24 septembre 2009
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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