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LIMINAIRE
Séance 156



Proposition d’écriture :

Aborder de l’intérieur le poids des paroles et du regard des autres, le poids du jugement, du reproche, l’incompréhension comme le poids d’un regard muet et bienveillant. Décrire le quotidien d’une femme qui pourrait être notre voisine, se glisser dans sa peau comme pour lui faire un signe. Par les sens, comme en aveugle, faire ressentir les choses de son quotidien et puis, peu à peu, dévoiler ce qui lui arrive, par les odeurs, les sons, les couleurs, une sensualité des situations. Quelque chose de lumineux posé au plus banal du quotidien et qu’une menace vient rendre encore plus fragile.

Le tiroir à cheveux, Emmanuelle Pagano, P.O.L., 2005.

Présentation du texte :

Le Tiroir à cheveux raconte l’histoire d’une très jeune femme et de ses deux enfants dont l’un, Pierre, est handicapé, retardé à la suite d’un accident cérébral. Cela se déroule dans une petite ville du Sud. Le père de la jeune femme est gendarme. Très jeune elle a été enceinte, une première fois, puis une deuxième. C’est, comme on dit, une mère célibataire. C’est parce qu’elle a voulu cacher sa première grossesse puis retarder au maximum le moment d’aller à l’hôpital que son enfant est anormal. Une seule chose éclaire sa vie : un attachement viscéral aux cheveux qu’il s’agisse de les toucher, les laver, les coiffer, les couper ou tout simplement d’en conserver une mèche au fond d’un tiroir.

Ce livre est la description de sa vie dans ce village, avec ses enfants, comment elle s’organise matériellement, comment elle supporte et transforme en amour l’horreur et la fatalité, ses combats quotidiens, son indépendance farouche. Il est rythmé, écrit d’une belle manière fluide qui sait capter les sensations et les sentiments l’air de rien, sans effets trop visibles, mais avec beaucoup de précision et de proximité.

Le Tiroir à cheveux est le troisième roman d’Emmanuelle Pagano.

Extraits :

Premières pages au format pdf

« C’est un quartier compliqué. Les rues sont trop étroites pour venir en voiture (moi j’en ai pas de toute façon, j’ai même pas le permis). Entre chaque groupe de maisons, il y a des escaliers qui permettent de changer de rue, de prendre des raccourcis, ou juste de passer à l’ombre. Des rues entières en escaliers. Des rues qui ne sont pas des rues, mais des passages. Les touristes ne prennent ni les passages, ni les escaliers (c’est plein de chats et ça sent la pisse). Ils descendent en suivant la circulade jusqu’aux remparts. Il y en a de plus en plus, parce qu’on est presque en été. Ils s’arrêtent devant les porches, lèvent la tête vers les fenêtres à meneaux, s’écartent et prennent des photos. Ils hésitent devant Pierre attaché dehors, contre les marches de mon immeuble, au fond du long couloir obscur. Ces couloirs extérieurs qui conduisent de la rue aux maisons sont notés dans le guide, alors ils s’avancent un peu et regardent vite fait, ils ont une impression frileuse, presque hors du temps. Je les vois essayer de nous voir, je dis chut, je resserre la corde. Ils reprennent la visite du village médiéval, gênés, quand Pierre bouge et se montre. »

Le tiroir à cheveux, Emmanuelle Pagano, P.O.L., 2005.

Présentation de l’auteur :

Emmanuelle Pagano est née en septembre 1969 dans l’Aveyron. Mariée, trois enfants nés en 1991, 1995 et 2003. Elle a publié trois ouvrages : Pour être chez moi, récit, éditions du Rouergue, mars 2002. Pas devant les gens, roman, éditions de La Martinière, février 2004 et Le tiroir à cheveux, P.O.L., 2005.

Liens :

Présentation du livre sur le site de son éditeur P.O.L.

Le site de l’auteur : Les corps empêchés

Réflexion sur les ouvrages d’Emmanuelle Pagano dans la revue en ligne remue.net

Emmanuelle Pagano : Le tiroir à cheveux
Publié le 27 octobre 2006
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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