| Accueil
LIMINAIRE
Séance 17


Proposition d’écriture :

Reprendre des articles publiés par des quotidiens et des agences de presse, et en effacer les référents historiques, géographiques, et patronymiques. Mettre l’ensemble au présent de l’indicatif. Réécrire certains passages et en supprime d’autres afin de blanchir une écriture déjà anonyme et collective.

Édouard Levé, Journal, P.O.L., 2004.

Présentation du texte :

C’est un journal où l’on retrouve tout ce qui constitue l’actualité, c’est-à-dire, le terrorisme, la politique, l’économie politique, l’agriculture, la religion, les pages people, la vie sociale, la vie locale, les transports, la justice, l’économie, la science, la technologie, les annonces immobilières, les annonces de décès et de naissance, les offres d’emploi, la météo, l’actualité du sport, de la littérature, de l’art, la musique, le théâtre, la danse, le cinéma et la télévision.

Édouard Levé propose dans ce livre une version textuelle de la série photographique « Actualités », qui reconstituait des archétypes de photographies de presse. Il reprend des articles publiés par des quotidiens et des agences de presse, et il en efface les référents historiques, géographiques, et patronymiques. Il met l’ensemble au présent de l’indicatif. Il récrit certains passages et en supprime d’autres, de manière à blanchir une écriture déjà anonyme et collective, celle du journalisme mainstream.

Cette réécriture produit un effet de soudain éclaircissement, non pas sur l’événement dont il s’agit, mais sur la manière dont on le traite. Lorsqu’on lit le journal, on cherche à être informé : qui, quand, où ? En lisant Journal, on est informé sur la manière d’informer. La mise à distance et le « décalage » de ces textes produisent un effet d’inquiétante étrangeté.

Extrait :

« Quatre policiers sont tués et vingt personnes blessées dans une attaque contre le centre culturel d’un pays étranger. L’attentat, qui n’est pas revendiqué, est perpétré par quatre hommes circulant sur deux motos. Ils ouvrent le feu au fusil d’assaut sur les policiers de garde qui effectuent leur rotation. Les assaillants réussissent à s’enfuir. Depuis la vague d’attentats, la sécurité est considérablement renforcée devant tous les bâtiments officiels de pays étranger. À l’approche de la fête nationale, la police municipale les contrôle. Le ministre de l’Intérieur du pays étranger affirme que cet attentat est l’œuvre de factions d’extrême gauche, très présentes dans l’est du pays. »

Édouard Levé, Journal, P.O.L., 2004.

Auteur :

Édouard Levé est un écrivain, artiste et photographe français né le 1er janvier 1965, mort le 15 octobre 2007 à Paris. Artiste, son travail, essentiellement photographique, comprend plusieurs séries, parmi lesquelles : Homonymes, Angoisse (Portrait d’un village français, typique hormis son nom), Rêves reconstitués (Tableaux vivants reconstituant des rêves de l’auteur avec les personnes réelles qui y sont apparues), Actualités (Photographies génériques illustrant des archétypes d’événements, dont les signes de reconnaissance sont supprimés. Ni date, ni lieu. Modèles anonymes. Titres abstraits : la conférence, la visite officielle, l’inauguration, l’accord, la déclaration... Restent les vêtements, des accessoires, et une chorégraphie où poses et gestes codifient la représentation du pouvoir), Pornographie (Des modèles habillés et inexpressifs rejouent des scènes tirées de revues pornographiques).

Édouard Levé est représenté par la galerie Lœvenbruck.

Il a précédemment publié Angoisse (éditions Philéas Fogg/Galerie Loevenbruck, 2002), portrait d’un village qui porte ce nom, et Œuvres (éditions P.O.L, 2002), dans lequel il décrit 533 œuvres dont il a eu l’idée, mais qu’il n’a pas réalisées.

Liens :

La page de P.O.L. consacrée au « Journal »

La page de la Galerie Loevenbruck consacrée à Edouard Levé

Lecture vidéo d’un extrait d’Œuvres

Portrait d’Édouard Levé

2 commentaires
  • Édouard Levé : Journal 15 mars 2011 13:18, par brigetoun

    La région, longtemps synonyme de pauvreté, aux rudes conditions de vie, fait partie de ce front pionnier remontant vers le nord progressivement intégré par le sud. Il existe un poème : « La sente étroite du bout du monde », sorte de journal où un poète, parti à pied sur les traces des pélerins, consigne ses impressions, au fil d’un long périple jusqu’à cette extrémité des terres fréquentées.

    En dépit de la beauté de ses paysages montagneux et boisés, la région à fort enneigement en hiver ne tient pas une grande place dans les guides touristiques pour étrangers. Avec ses élégantes maisons traditionnelles en forme de L, où vivent souvent deux à trois générations, ses dialectes parfois difficilement, elle a conservé un discret cachet traditionnel.

    En raison de ses paysages et de son arriération, elle est restée une terre d’hommes et de femmes durs à la tâche, peinant dans la rizière.

    A la gare de la ville proche, débarquent des groupes d’une centaine d’adolescents, ayant tout juste fini l’école obligatoire, pour travailler en usine. On appelle cela l’" embauche collective ". Les pères, eux, séjournent pendant des mois dans la capitale sur des chantiers de construction, proies de marchands de travail liés à la pègre. (d’après un article de Philippe Pons sur le Monde du 15 mars 2011)

  • Édouard Levé : Journal 15 mars 2011 13:27, par brigetoun

    Dans le quartier de la jeunesse dorée, le café est à moitié plein. Le cuisinier étranger est parti depuis le début du mouvement et les jeunes, en petits groupes, pianotent nerveusement sur leurs portables. Ils expriment à leur façon le mal-être d’une partie de la jeunesse qui doute de son avenir en ces heures sombres. Ils disent passer le plus clair de leur temps à la maison, en famille, à suivre les informations jusqu’au petit matin, « comme tout le monde ». Dehors, sur la place jouxtant le palais, une voix nasillarde et crachotante sortie d’un haut-parleur répète à qui veut l’entendre qu’"il ne faut pas croire ce que disent les médias". Dans la nuit, des détonations et des coups de feu ont été entendus à plusieurs reprises.

    à partir d’un article de Nicolas Bourcier

Édouard Levé : Journal
Publié le 23 avril 2004
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
Ateliers d’écriture Écriture Quotidien Information Inventaire Histoire Politique Journal






© LIMINAIRE 2011 - Créé par Pierre Ménard avec SPIP - Administration - Sur Publie.net - contact / @ / liminaire.fr - RSS RSS Netvibes Liminaire Suivez Pierre Ménard sur Facebook Suivez Pierre Ménard sur Twitter