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LIMINAIRE
Séance 12


Proposition d’écriture :

Décrire un geste quotidien (prendre son petit déjeuner, se raser, se laver, prendre le train, lire son journal) en se concentrant sur la description de ce moment ordinaire vu sous un angle extraordinaire, hors du commun, à travers un détail sur lequel on se concentre tout en décrivant parallèlement le moindre de ses faits et gestes et les réflexions que nous amène à faire que l’on est en train de vivre. Le tout se mêlant, passant de l’un à l’autre, du détail à l’ensemble qui se dessine ainsi, sous forme d’échos et d’allers-retours.

L’épreuve du Prussien , David Lespiau, Le Bleu du Ciel, 2003.

Présentation du texte :

« À Thumerie en toutes saisons / on voit passer un bataillon / De jeunes filles / Qui fuyant l’aiguille / Vont toute la journée / Chez Béghin travailler / À la ca-la-ca-la casserie. »

Pour donner au sucre la dimension désirée, on le soumet à l’épreuve du Prussien, un broyeur impitoyable, qui s’achève en tamis.

Est-ce qu’une activité banale, un geste du quotidien, de l’ordre de l’intime, peut se comparer à quelque chose de plus grand, de plus vaste ? Est-ce que le café du matin et le sucre qu’on y plonge peuvent nous amener à réfléchir sur le monde qui nous entoure ?

« dans la foulée, accélérer pour dépasser le monde / le refaire dedans, par des coups de coudes projetés / devant, loin et fermés / alors rentrer pour noter la tension sonore / malgré les chutes et les blessures avec des images. »

C’est un peu ce qu’essaye de faire David Lespiau dans L’épreuve du Prussien. C’est une expérience, le titre le dit bien assez avec cette mention d’épreuve. David Lespiau n’y parvient pas tout à fait, mais il essaye et c’est le plus important. Son texte revient sans arrêt sur lui-même, sur ce qu’il veut dire. Il ne le cache pas du reste. Et tout l’intérêt de ce texte est dans cette tentative. Une tentation.

Ce geste tout simple qui est à l’origine du texte (un homme sucre son café le matin) me rappelle cette anecdote familiale de mon oncle qui a mis des années à comprendre (qu’on lui pardonne) le mystérieux phénomène (mystérieux selon son point de vue) qui conduisait son café, volontairement servi à ras bord de son bol, à déborder quand il y introduisait un sucre. Et c’est amusant cette Madeleine de Proust qui, si je peux dire, remonte à la surface, à l’évocation de ce texte de David Lespiau qui précisément se voudrait proustien.

« reprendre l’inventaire / des gestes atténués, la récupération / jusqu’à l’articulation d’un mot existant, la fin / de l’effort, de la force. »

Mais ici c’est plutôt l’épreuve du Proustien.

Extrait :

« Une nouvelle faim sur la table

en cercle devant la lassitude, refaire

le matin d’un réveil, après une toilette rapide,

des choix sommaires concernant l’habillement,

les décisions de rester dans la chambre puis

dans le salon, reprendre l’inventaire

des gestes atténués, la récupération

jusqu’à l’articulation d’un mot existant, la fin

de l’effort, de la force, le repose prononcé

déclenchant l’automatisme, franchissement

de l’intervalle jusqu’à la cuisine, respect du plan de

papier que la marche déplie, gesticulations de la place

à table

une grâce, un renversement inattendu

par de larges mouvements de vent, attirer la

cuisinière à la visite, la commande, abrégeant son

discours - attendant, considérant les lieux familiers

du monde, sa présence neuve, resserrée

une pièce voûtée, de la pierre et du sable, les

relations entre les portes, l’ouverture sur un jardin

à la fin de l’attente, une nouvelle faim

sur la table, des aliments dans un plat, de

morceaux rouges, des os, quelques couverts pour

se servir, et sur la chair des repères pour découper,

des plis

la faim et la soif, le retour de la salive

anticipant le lexique à dévorer - une liste de

notes, des ourlets

poursuivre la recherche de tels instants, blanc

d’une course autour de la maison »

L’épreuve du Prussien , David Lespiau, Le Bleu du Ciel, 2003, pp.11-12.

Auteur :

Né en 1969 à Bayonne, vit et travaille à Marseille. Publications en revue depuis 1996 dans la ’’Revue de Littérature Générale’’, ’’If’’, ’’Action poétique’’, ’’Action restreinte’’, ’’Hypercourt’’, ’’Amastra-N-Gallar’’, ’’Fin’’, ’’Le Bout des Bordes’’, ’’Java’’, ’’Nioques’’, ’’Espace(s)’’, ’’D’ici là’’…

Travail de chronique/critique poursuivi dans la revue CCP cahier critique de poésie (cipM) depuis 2001 ; participation au n°735/736 de la revue Critique consacrée aux poètes du XXIe siècle (2008).

Co-directeur de la revue ISSUE avec Éric Giraud et Éric Pesty (cinq numéros parus, 2002-2005).

Participation aux ateliers de traduction collective autour de Joan Retallack, Kristin Prevallet, Elizabeth Willis (cipM / Un bureau sur l’Atlantique). Traduction de Light travels, Keith & Rosmarie Waldrop, éditions de l’Attente, 2006.

Liste de ses ouvrages sur la fiche de l’auteur sur le site du cipM

Liens :

Le site des éditions Le Bleu du Ciel

Liste des ouvrages et fiche de l’auteur sur le site du cipM

David Lespiau : L’épreuve du Prussien
Publié le 19 mars 2004
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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