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LIMINAIRE
Séance 324


Proposition d’écriture :

Tenir un journal sur son expérience d’écriture et de lecture. Des réflexions, des notes sur les livres, sur les écrivains ou sur l’écriture côtoient des poèmes, des textes de création. Chercher ainsi à rendre compte de ces « dépôts qu’ont laissé ou y laissent lectures, activités présentes ou passées, rêves, souvenirs, pulsions poétiques. »

traces, sillons, Claire Malroux, José Corti, collection en lisant en écrivant, 2009.

Présentation du texte :

Claire Malroux publie un livre-journal qui mêle des réflexions sur le temps, l’écriture, la poésie et des poèmes.

Traces. Ce sont, avant de devenir le mot associé à René Char et pour ainsi dire la signature de tout écrivain, les empreintes laissées par une bête sauvage, loup traversant un bois, ou les marques semées par un être humain afin, non seulement de se repérer dans l’univers obscur, mais de retrouver le chemin du retour aux origines. L’écrivain, en même temps qu’il crée les siennes, déchiffre celles qui jalonnent la littérature. Il creuse ainsi des sillons, cherchant sous la végétation qui a levé au passage l’élan initial profond imprimé en lui, sa permanence, son mystère.

« De la confrontation entre les langues j’ai appris ceci, écrit Claire Maloux dans traces, sillons : le mot n’est pas unique ni univoque, le mot n’est pas solitaire, le mot n’est pas individuel.Il est collectif. A la limite ou idéalement, il rassemble en lui tous les autres.

Qu’on essaie d’en creuser un, et l’on constate qu’il a quelque chose en commun avec un autre et cet autre à son tour avec un autre, comme chaque individu se retrouve chez son voisin et celui-ci chez un autre voisin. L’onde de partage se propage à travers tout le vocabulaire, les mots s’allument au contact les uns des autres, chaque texte est une traînée de poudre.

Le mot ne prend sens qu’en relation ou en opposition avec ses congénères. Le travail de l’écrivain consiste à l’insérer dans un ensemble de manière à faire reconnaître la plénitude de toutes ses significations réunies, ou au contraire à en isoler la nuance la plus précise, en révéler la nuance encore inédite.

La poésie est le genre qui pousse le plus loin cette double tentative. »

Extrait :

« 28 septembre

De trace ? Le geste d’une silhouette sans visage en haut d’un escalier, à l’instant de pénétrer dans l’oubli. Elle se retourne sur son passé, doublement tel pour qui cherche à la retenir. Son avenir aussi est passé, atomisé par la mémoire broyeuse de la personne qui se souvient. Gestes, paroles sont mués en fantômes, énigme trébuchante, oracle, illimité écho dans un espace sans parois. Ils n’iront pas plus loin. Tôt ou tard la courroie se rompt.

La courroie se rompra. Relier est vain. Tout se disperse après un temps aux quatre vents. Mais peut-être la chaînette en or, cadeau de mes grands parents, perdu dans un caniveau lorsque j’étais enfant, repose-t-elle intacte dans la mémoire de la mer ? »

Auteur :

Claire Malroux est née à Albi. Enfant, elle quitte rapidement le sud de la France pour s’installer avec sa famille à Paris où son père a été élu député au moment du Front Populaire en 1936. Claire fait ses études à l’École Normale Supérieure puis part pour un séjour en Angleterre qui sera à l’origine de sa connaissance de l’anglais et de la poésie anglaise. C’est en 1983 qu’elle découvre vraiment en profondeur l’œuvre d’Emily Dickinson ce qui aura pour double effet de l’engager dans la traduction de ses œuvres (chez l’éditeur José Corti) mais aussi de la confirmer dans sa vocation de poète, alors même qu’elle avait auparavant écrit trois recueils (sous le nom de Claire Sara Roux). Elle mène aujourd’hui une double carrière de traductrice et de poète, vit à Paris et à Cabourg. Elle est lauréate du Prix Maurice Edgar Coindreau, du Prix Laure Bataillon et du Grand Prix National de la Traduction en 1995. Elle est membre du Comité de rédaction de la revue PO&SIE, du jury du prix Nelly Sachs (traduction de poésie) et du jury du Prix de la Vocation Bleustein Blanchet (poésie). Parutions sous le nom de Claire Sara Roux : A l’arbre blanc, Rougerie, 1968. Les Orpailleurs, Rougerie, 1978. Au bord, Rougerie, 1981. Aires, Rougerie, 1985. Entre nous et la lumière, Rougerie, 1992. Sous le nom de Claire Malroux : Reverdir, Rougerie, 2000. Soleil de jadis, récit-poème, préface d’Alain Borer, Le Castor Astral, 1998. Suspens, Le Castor Astral, 2001. Ni si lointain, le Castor Astral, 2004. Chambre avec vue sur l’éternité (essai sur Emily Dickinson), Gallimard 2005. La Femme sans paroles, Le Castor Astral, 2006. Traces, sillons, José Corti, 2009.

Liens :

Présentation de l’ouvrage de Claire Malroux sur Poezibao

Fiche du livre de Claire Malroux sur le site de son éditeur José Corti

Une rencontre avec Marilyn Hacker et Claire Malroux autour de la traduction réciproque

Présentation de l’ouvrage de Claire Malroux, La Femme sans paroles, sur Poezibao

Lisant Claire Malroux, « traces, sillons » par Florence Trocmé sur son blog Le flottoir

Claire Malroux : traces, sillons
Publié le 15 janvier 2010
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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