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LIMINAIRE
Séance 185



Proposition d’écriture :

Ecrire un monologue qui s’amuse avec la langue, la déplie et la déploie, noue avec l’expérience sensible, l’interprète à la manière du musicien à mesure qu’il s’emballe, casse ses rythmes, à toute vitesse les varie, puis les syncope doucement, dans un décalage permanent, le déséquilibre toujours affleurant, jusqu’à nommer ses accentuations, sa stéréophonie plastique. Chercher sa voix, une forme de réponse à la question : quelle histoire se raconter ?



Je suis une grande Actriste, Cécile Mainardi, Éditions de l’Attente / association Cuisines de l’Immédiat, 2006.

Présentation du texte :

Septième livre depuis Grièvement (1992) au récent La Blondeur (2006), Je suis une grande actriste confirme selon Emmanuel Laugier, dans le "Matricule des Anges", la singularité de la voix de Cécile Mainardi, à même hauteur que celle de Véronique Pittolo, Caroline Dubois ou Isabelle Pinçon, par exemple. C’est la vitesse, le décalage permanent, et, tout compte fait, le déséquilibre toujours affleurant, qui caractérise peut-être le mieux ce qu’elle cherche dans la prosodie de ses phrases. Elle y répond par l’habitacle d’un poème qui, à mesure qu’il s’emballe, casse ses rythmes, les varie, les syncope doucement, jusqu’à nommer ses accentuations, sa stéréophonie plastique. À bout de souffle, on peut visionner ce que l’on entend, comme dans un film : " alors/ si je vous demande d’une traite quel est/ le film qui détient le plus long baiser du/ cinéma/ le baiser le plus long,/ dites-moi un peu où vous en êtes de ce/ que je vous dis/ là/ où/ et quand se lacent les/ fils de votre mémoire. "

Ce livre est présenté comme un cabaret phonologique. Il embrasse littéralement le lecteur par amour de la langue et des langues, de la multiplicité des accents ou au contraire de leur absolue neutralité, de la sonorité improvisée des mots qu’il en ressort.

« Je ne sais pas quand je comprends,/ mais ça fait passer le présent comme un/ courant désaimanté dans ma voix // comment on passe d’une chose à/ une autre. »

Extraits :

« Je vous prononce n’importe

quel mot

pour savoir s’il est prononçable

(à vrai dire presque seulement

pour ça/cette évidence que

personne ne pense jamais à

vérifier, des fois qu’un jour le

phénomène cesserait)

et je me fais disparaître avec

lui

c’est à ça que je passe mon

temps/à rien d’autre qu’à

disparaître en même temps

que je prononce les mots

« disparaître »

« apparaître »

« enfiler la combinaison fluotactiles »

au moment qu’il y a à être

embrassée

(puisque embrasser suppose la

nécessité du moment

pas l’inverse, pas le moment la

nécessité du baiser)

dans le noir torrentiel

torrent/dans le courant noir

produit

to be kissed to be dead to be

burned

je tiens des rôles de

décomposition

et vous parle (en dernière

analyse de derrière la barrière

de corail

ça me fait la voix hyperchangeante

hyper-instable

hyper-inutile

et qui rutile dans vos oreilles

(comme si vous l’écoutiez les

yeux plongés dans un liquide

dont on filme le scintillement

au super-zoom

-pastilles éthérées-diluviennes,

surplace-)

et le corps avec des jambes de

sirènes

(évidemment que vous ne le

croyez pas

quand on embrasse au

moment de la décision

ça n’est pas plus l’un que

l’autre

qui décide quoi que ce soit à la

voix qu’il va ne plus avoir/c’est

encore une voix, la preuve on

en a déterré la statuette

je suis une grande actrice

dès que je lâche l’idée,

l’image des radiateurs tombe

allez reprends une gorgée

de philtre express avec moi (dis-moi

enfin ton vrai nom de prononciation/et

appelle-moi par mon nom de réaction

le plus/vif et retourné/qu’on ne se rate

plus de part et d’autre de l’écran de baie

vitrée analogique/où luit la

dénomination du ciel/qu’on s’endorme

/s’informe

en un seul corps

- spooned -

à l’intérieur du caisson bio-entoptique

Je suis une grande Actriste, Cécile Mainardi, Éditions de l’Attente / association Cuisines de l’Immédiat, 2006.

Présentation de l’auteur :

Cécile Mainardi est née dans la région parisienne où elle a passé son enfance et son adolescence, un œil néanmoins toujours tournée vers le sud, l’horizon italien... Après de brèves années d’enseignement dans la région de Nice, un livre chez Jean-Michel Rabaté et François Dominique l’emmène à Rome à la Villa Médicis, elle y passe six années. De retour en France, elle se réinstalle dans le sud, où sa fréquentation des artistes modèle sans nul doute son inventivité et son rapport à l’écriture.

Elle a publié plusieurs ouvrages parmi lesquels : L’Armature de Phèdre, éditions Contre-Pied, 1997. La forêt de Porphyre, éditions Ulysse Fin de Siècle, 1998. La blondeur, éditions Contre-Pied, 2004. La Blondeur, les Petits Matins, Paris, 2006. Je suis une grande Actriste, l’Attente, 2006. L’eau super-liquide (à paraître en 2007).

Liens :

Présentation de Cécile Mainardi sur le site de l’Association Autres et Pareils

Un inédit d’Edith Azam sur le site de la revue 22 montée des poètes

Cécile Mainardi - L’immaculée conceptuelle (extrait) sur le blog La poésie et ses entours d’Alain Freixe

Bibliographie de Cécile Mainardi sur le site du cipM

Un inédit de Cécile Mainardi sur les Cahiers de Benjy

1 commentaire
  • Cécile Mainardi : Je suis une grande Actriste 2 novembre 2010 16:14, par cjeanney

    Raconte-moi une histoire

    je commence

    une femme

    ce serait une femme

    rousse

    je veux dire rousse pour volcanique

    volcaniquement rousse

    les rousses le sont

    avec de grandes jupes

    du drap

    du drap volant qu’elles tournent

    on voit le drap quand je dis drap ?

    drap bleu pétrole – pétrole derricks grandes plaines Arkansas les rousses vivent toutes en Arkansas -

    elles sortent

    un mouchoir de leur manche

    fins poignets

    la dentelle apparaît quand on dit fins poignets

    blancheur festons les rousses s’essuient le front

    une mèche (rousse !) rabattue

    bien sûr collante

    la sueur décorative

    coincée dans le chignon

    remplir le seau

    car elles désaltèrent

    le cheval

    le cheval pommelé de John Wayne souvent lui

    dans la Siera madre ou autre part

    John-Wayne-souvent-lui se retourne

    main sur la hanche le bras plié léger

    poids du corps sur une jambe

    bottes botté

    regarde les rousses de bas en haut

    de haut en bas

    pense

    John-Wayne-souvent-lui pense

    « what a beautifull woman ! »

    très fort

    parce qu’on l’entend

    puis s’éloigne

    et les rousses qui sont une femme

    se retrouvent seules

    seule

    la main en visière

    regarde John-Wayne-souvent-lui partir

    C’est un drame cette histoire

    Raconte-moi une autre

    une meilleure

    avec un cheval noir je préfère

Cécile Mainardi : Je suis une grande Actriste
Publié le 18 mai 2007
- Dans la rubrique ATELIERS D’ÉCRITURE
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